CHAPITRE QUINZE : LE PRIX DE L'ILLUMINATION
2027 heures, 18 septembre 2552 (calendrier militaire) / base secrète humain de l'installation 03, section
de refroidissement de l'installation 03.
Le canyon gelé dans lequel s'étaient retranchés les spartans était beaucoup trop
étroit pour y faire débarquer de l'armement lourds tels que des chars ou des batteries d'artillerie, et c'est pourquoi les covenants allaient sans doute y envoyer leur infanterie en masse. Des
transporteurs Phantoms arriveraient bientôt par dizaines pour déposer leurs chargements de troupes sur l'unique pont menant à la base des humains. C'était un pont large, construit sur deux
niveaux dans l'architecture élégante et froide des forerunners, dont les nombreuses irrégularités de surface empêcheraient l'usage de tout véhicule, mais offriraient autant de protections pour
les soldats qui s'y trouveraient.
Malheureusement, les spartans ne disposaient d'aucun armement anti-aérien lourd
leur permettant d'abattre efficacement les transporteurs de troupes. Dans un engagement standard, Fred aurait tout simplement fait sauter le pont afin de priver l'ennemi d'une zone de
débarquement, mais le métal hyper-dense des forerunners était bien trop résistant pour leurs explosifs. Cela aurait été comme jeter des œufs contre un mur de béton. La seule option qui leur
restait était d'affronter les innombrables vagues de guerriers qui seraient envoyées contre eux, et cela signifierait sans doute leurs morts à tous.
Ce combat allait être rude, extrêmement rude. Et c'est pourquoi Fred sentait
que ses frères et sœurs avaient besoin d'être encouragés s'il voulait les voir garder toute leur efficacité. Il se plaça donc sur le haut de la rampe qui menait vers la partie haute du pont et se
tourna vers ses amis pour déclarer :
- OK, spartans ! On y est. Il n'y a plus
d'échappatoire. L'ennemi sera là d'une minute à l'autre avec suffisamment de forces pour nous anéantir et il ne s'arrêtera pas avant de nous avoir tous vaincu jusqu'au dernier. Mais même si
cela doit être notre dernière bataille, nous ne disparaîtrons pas aussi facilement ! Nous sommes des spartans, les meilleurs soldats de cette galaxie ! Aucun ennemi ne peut espérer nous
vaincre sans en payer le prix ! Et le prix pour nous vaincre aujourd'hui sera colossal !
Alors qu'il prononçait ces mots, Fred voyait ses compagnons passer de
l'hésitation à la détermination, relevant haut la tête et serrant plus fort les armes dans leurs mains.
- Je veux que vous inondiez ce pont avec
le sang de nos adversaires ! continua-t-il. Je veux que chacun d'entre vous abatte une armée entière de ces salopards qui veulent exterminer l'Humanité ! Que leurs cadavres forment une
montagne sanglante qu'ils pourront voir depuis l'orbite dans leurs puissants vaisseaux, afin que la peur de nous affronter les possède tous !
Même à travers leurs visières réfléchissantes, Fred pouvait ressentir la
fureur brûler en chacun de ses compagnons. Il avait réussi à leur remonter le moral, mais ce n'était pas encore suffisant. Jusque là, ils avaient seulement l'impression de défendre un artéfact
extraterrestre bizarre qui, pour une raison ou un autre, était la clé du destin de l'Humanité. Mais Fred avait une dernière chose à leur dire, une raison de se battre qui dépasserait tous les
devoirs qu'ils avaient envers le CSNU et leur donnerait la force d'affronter toutes les armées de l'univers :
- Et même si nous disparaissons tous
aujourd'hui, il restera toujours un spartan protéger la Terre et ses colonies. Car nous venons d'apprendre que John est en vie ! En se moment même, il se bat contre les covenants sur un
autre anneau-monde comme celui-ci ! Faisons-lui honneur ! Que cette bataille montre à tous nos ennemis combien il est suicidaire de vouloir affronter un spartan, et qu'elle leur donne
un avant-goût de l'enfer que John déchaînera sur eux ! Ils nous appellent Démons, hein ? Et bien donnons-leur une bonne raison pour cela !
Tous les spartans approuvèrent en hochant la tête énergiquement. Plusieurs
d'entre eux levèrent même le poing comme pour défier les ennemis qui étaient sur le point d'arriver. C'est alors que les premières navettes de transport surgirent des nuages et se rapprochèrent à
grande vitesse. Il y en avait tellement que le ciel sembla s'assombrir. Alors que Fred observait ces appareils, il voyait déjà les cadavres en sursis qu'ils apportaient et sentait l'adrénaline du
combat monter en lui. Juste avant que les Phantoms soient à portée de tir, il se tourna une dernière fois vers ses compagnons et leva le poing en criant :
- Pour John !
- POUR JOHN !!! hurlèrent tous les
spartans.
Lorsque les premiers soldats covenants débarquèrent sur le pont, ils furent
prit dans une tornade de tirs qui mit en charpie la plupart d'entre eux avant même d'atterrir sur la structure forerunner. Les rares survivants de ce massacre se rassemblèrent derrière les
protections qu'offrait son architecture, terrorisés par l'idée de devoir avancer vers les humains. Peu à peu, les troupes covenants ayant prit pied sur la zone commencèrent à devenir suffisamment
importantes pour un assaut, et plusieurs escouades de sangheilis atterrirent au milieu de ces troupes pour en prendre le commandement. Sous les ordres de ces puissants guerriers, l'attaque
commença.
Le flot de grognards n'était pas réellement un problème pour le moment,
mais constituait déjà une perte non négligeable de munitions. Fred avait conscience que c'étaient leurs ressources en armement et la façon dont ils les utiliseraient qui détermineraient la durée
de cette bataille. Même si chaque balle de leur modeste arsenal touchait sa cible, il resterait toujours assez d'ennemis pour les submerger. Mais il comptait bien récupérer les armes de l'ennemi
pour pallier à ce problème, lorsque celui-ci se présenterai toutefois, et s'il avait l'occasion de se présenter. Son premier soucis en cet instant était de montrer aux covenants que ses spartans
et lui ne plaisantaient pas.
Des rafales de plomb et de plasma se croisèrent en masse sur le
pont, et les cadavres commencèrent déjà à s'accumuler. Aux côtés de Fred, Franck et la Raven Squad tenaient en respect une marrée de grognards avec leurs armes automatiques, couvrant le sol du
pont avec leur sang gélatineux. Depuis l'arrière des lignes, Linda et son équipe de snipers ciblaient les guerriers sangheilis alors même qu'ils descendaient le long des ascenseurs
gravitationnels des navettes Phantoms, privant la plupart des troupes de base de leurs officiers. Joshua et Kelly, eux, étaient chargés de protéger le niveau inférieur du pont où l'ennemi
commençait déjà à se déployer.
L'un des SIS de la Raven Squad lâcha une roquette sur un
Phantom en approche, anticipant sa vitesse et sa trajectoire pour toucher son réacteur gauche. Celui-ci cessa aussitôt de fonctionner, laissant la navette chuter vers les tréfonds du canyon pour
aller y exploser. Cette action força les autres appareils de transports à déposer leurs troupes suffisamment loin de l'autre côté du pont, craignant une autre catastrophe de ce genre, mais cela
n'empêcha pas les tireurs d'élite spartans de continuer l'élimination systématique des commandants ennemis. C'est lorsque les grognards commencèrent à jeter des grenades à plasma que les choses
s'envenimèrent, car plusieurs spartans et SIS furent forcer de quitter leurs positions pour éviter d'être blessés. Ils faisaient de leur mieux pour reprendre immédiatement leur place sur la ligne
de défense, mais cela donnait aux covenants quelques brefs instants d'accalmie pour attaquer de plus belle.
Fred comprit cependant que les choses pouvaient devenir encore
pire lorsque quatre couples de chasseurs furent débarqués au loin. Levant bien haut leurs énormes boucliers et dissimulant avec attention chaque point faible de leurs armures, ces mastodontes
avancèrent lentement en délivrant des tirs dévastateurs avec leurs canons d'assaut. L'un des projectiles percuta le sol non loin de Fred, mais tandis que son bouclier énergétique encaissa
l'essentiel des dégâts, un SIS vit sa jambe se volatiliser et un autre fut grièvement blessé à la cuisse. Des cris commencèrent à envahir les fréquences radios, diminuant la volonté des autres
spartans.
Fred ne pouvait se permettre de perdre des hommes de cette façon.
Chaque blessé et chaque mort parmi ses troupes devait être durement ressentit chez l'ennemi, et c'est pourquoi il saisit le détonateur qu'il portait à la ceinture et l'activa. L'instant suivant,
le pont tout entier fut envahi par les flammes de dizaines d'explosions provenant des charges que ses spartans avait soigneusement dissimulé. Ils y avaient même ajouté des mines antichar LOTUS
auxquels ils avaient retiré les dispositifs de détection pour augmenter le pouvoir de destruction du dispositif. Des corps plus ou moins entiers ou reconnaissables furent projetés dans les airs
tandis que de nombreux autres furent calcinés sur place, réduits à l'état de cendres et de métal fondu. Pendant un instant, les humains purent respirer un peu en profitant du
spectacle.
Mais soudain, Fred comprit qu'il avait fait une grosse erreur :
dans les cieux, les Phantoms actuellement en approche changèrent de trajectoire et s'éloignèrent. Ils laissèrent ainsi la place à d'autres appareils apparemment identiques, mais dont les
nombreuses décorations et les couleurs vives montraient clairement que leurs occupants n'étaient pas de la simple troupaille. C'est ce qu'ils attendaient, pensa-t-il. Ils savaient
que nous avions piégé le pont avec nos explosifs et c'est pourquoi ils ne nous ont envoyé que des simples soldats jusque là. Maintenant que cette menace est écartée, ils vont se déchaîner sur
nous avec leurs meilleurs troupes...
- OK les gars ! déclara-t-il
dans la radio. Ils ont pigé qu'on ne plaisantaient pas chez les spartans et maintenant ils nous envoient de meilleurs cibles ! Ne baissez pas les bras ! Si on parvient à tenir face à
ces gars-là, on a peut-être une chance de s'en tirer ! Alors donnez-leur tout ce que vous avez !
Ayant retenu la leçon donnée par les snipers humains, quelques navettes
Phantom standards se placèrent en écran entre les spartans et les troupes d'élite, qui purent alors prendre pied sur le pont en toute sécurité. Il y avait là tout ce que l'Alliance avait de mieux
à offrir : des couples de chasseurs tous aussi effrayants les uns que les autres, bien entendu, mais surtout des sangheilis d'élite aux armures d'un blanc éclatant. Et alors que, même dans
un engagement à grande échelle comme un assaut planétaire, les forces du CSNU pouvaient rencontrer au grand maximum une dizaine de ces terrifiants guerriers, il y en avait pourtant là une bonne
cinquantaine. Quitte à choisir, je préfèrerais cent fois mieux un millions de grognards enragés plutôt que ça.
Mais Fred n'avait pas le choix. Ces adversaires étaient là pour une
raison, et il devait l'accepter. Mieux que cela, il devait l'affronter avec tout ce qu'il avait, lui et tous ses semblables. Les spartans se remirent aussitôt à tirer, mais leurs ennemis
n'étaient pas de simples et stupides soldats comme les précédents : dès que leurs boucliers faiblissaient trop, ils se mettaient à couvert et attendait leur rechargement pour continuer.
Linda et ses coéquipiers durent synchroniser leurs tirs pour pouvoir abattre quelques-uns des sangheilis, tirant quatre balles en même temps pour être sûrs de tuer instantanément leur cible. Ce
travail n'était toutefois pas suffisant, et trop d'ennemis arrivèrent devant les lignes des spartans pour que le combat soit équilibré.
Les quelques chasseurs qui essayèrent de former un mur de défense pour
les sangheilis furent neutraliser avec les dernières roquettes qui restaient, forçant les autres à rester en arrière pour se contenter d'apporter un tir de soutient. Les guerriers en armure
blanche, quant à eux, progressaient de couvert en couvert d'une manière experte tout en délivrant des salves précises, dont certaines arrachèrent la vie à plusieurs SIS. Le carnage commençait.
Déjà, un grand nombre des extraterrestre activèrent leurs épées à plasma et se préparèrent pour un corps à corps sanglant.
Au niveau inférieur, cependant, les sangheilis se frottaient à une
opposition bien plus forte. En effet, Kelly avait décidé de les laisser approcher afin d'utiliser son atout le plus important : sa vitesse surréelle. Armée de son fusil à pompe, elle
accueillit ses premiers adversaires avec quelques décharges bien placées tout en esquivant leurs coups, puis ramassa une épée d'énergie pour passer aux choses sérieuses. L'habilité et la rapidité
dont elle faisait preuve avec une telle arme lui permit d'engager quatre sangheilis en même temps avant de les démembrer ou de les trancher en deux un par un. La vision d'un tel massacre stoppa
les autres guerriers dans leur élan, ce qui permit à Kelly de se remettre à couvert pendant que ses coéquipiers la couvraient en abattant deux cibles de plus. C'est alors qu'elle remarqua un
sangheili portant une armure violette avec des ornementations dorées, un genre d'armure qu'elle n'avait jamais vu auparavant. A la manière dont ses semblables s'écartaient au fur et à mesure
qu'il approchait, l'extraterrestre devait être un officier très important, mais ce qui inquiétait encore plus Kelly, c'était que tout à coup plus aucun sangheili de semblait vouloir combattre.
D'un simple geste de la main, elle ordonna aux autres spartans présent à cet étage du pont de cesser le feu, ce qu'ils firent sans se poser de question.
- Peut-être que l'âge commence à
affecter mes sens, déclara le chef sangheili, mais je pense avoir encore de bons yeux. Cette aura... cette lumière éclatante qui vous entoure, Démon. Je la connais. Comment se fait-il que vous la
possédez ?
Pendant ce temps, sur le niveau supérieur du pont, les choses
devenaient de pire en pire. La première ligne de défense avait déjà été obligée de se replier une fois, et Fred craignait qu'ils n'aient à reculer encore bientôt. Plus de quinze SIS et deux
spartans avait été tués ou sérieusement blessés par les fusils à plasma et les canons d'assaut des chasseurs, ce qui n'était certainement pas la fin de la liste pour cette bataille. Bien sûr, ils
avaient pu éliminer une bonne vingtaine d'ennemis, mais déjà d'autres transporteurs approchaient pour renforcer leurs effectifs. Fred ne parvenait plus à conserver le moral de ses troupes, ce qui
était peut-être la chose la plus importante chez les spartans. Et alors que les sangheilis gagnaient peu à peu du terrain, repoussant leurs proies vers le fond de la caverne, le destin sembla se
sceller une fois pour toute. C'est foutu... on ne parviendra jamais à tous les tuer. Il ne reste plus qu'une seule chose à faire...
Fred se dirigea alors vers la dernière salle du complexe où était gardé
l'Index. Saisissant vivement l'objet lumineux, il revint vers la zone de combat et le leva bien haut dans les airs pour que tous les sangheilis puissent le voir.
- Hé les faces de poulpe ! C'est ça
que vous voulez !
Immédiatement, l'assaut des covenants cessa comme si le temps avait été
figé.
- Si vous ne souhaitez pas que je le
détruise, vous avez intérêt à vous casser d'ici tout de suite !
Les sangheilis hésitèrent, se regardant les uns les autres en se
demandant ce qu'ils devaient faire, ou si cet humains était réellement capable d'accomplir un tel sacrilège. Mais la question ne se posa pas très longtemps, car soudain, Fred sentit une force
invisible tirer l'Index hors de sa main avec une violence inouïe. La surprise l'empêcha de retenir l'artéfact qui s'envola vers les troupes ennemis, survolant les guerriers en armure pour
atteindre un puissant sangheili en armure dorée. Dans sa main se trouvait les deux cristaux des Régulateurs qui attiraient l'Index comme des aimants. Et lorsque les trois artéfacts furent réunis,
ils produisirent une intense lumière blanche qui aveugla tous les soldats présents.
La lumière disparut après quelques secondes. A la place des
cristaux, le sangheilis en armure doré tenait désormais un unique objet qui était la fusion parfaite de des deux Régulateurs et de l'Index.
- Nous avons ce que nous voulions,
déclara-t-il à ses troupes en s'éloignant. Finissez-en avec ces démons ! Et profitez-en pour nous débarrasser de ce gêneur de Dalkos. Il est temps pour lui de quitter la
scène...
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