Profil de Jack-115

Hughel 2


Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 25 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Montélimar, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture 

 


M'ECRIRE


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« On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)


 

 INTRODUCTION


 
  HONNEUR  

ESPOIR

COURAGE JUSTICE
RAISON DROITURE EDUCATION
AMOUR LOYAUTÉ CONFIANCE
      RESPECT         POLITESSE ÉCOUTE
CULTURE SINCÉRITÉ COMPRÉHENSION
SÉRÉNITÉ BIENVEILLANCE COMPASSION

 

 

Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 21:39

L’ÉDUCATION

 

 

« En quoi consiste l’éducation ? A élever l’homme, l’homme tout entier :

son esprit, son cœur, son âme, sa conscience, son caractère. »

Félix Dupanloup

 

 

Dans la société, l’éducation est associée principalement aux connaissances, diplômes et aptitudes intellectuelles, celle de l’enseignement prodiguée par des écoles publiques ou privées et que je ne connais bien puisque je suis fils de deux professeurs. D’ailleurs à ceux qui sont si prompts à critiquer les enseignants sur tout et n’importe quoi, je leur propose de remplacer l’un d’eux pendant un mois ou même une semaine avant de lancer des pierres, si polies soit-elles. A part les professeurs de sport ou éventuellement de philosophie, les membres de cette profession vivent une situation dont j’ai vu personnellement durant mon enfance les répercussions dans l’environnement familial, et je peux vous dire qu’ils ont eux aussi leurs problèmes et que de ce fait ils méritent un certain respect qui malheureusement pour le moment ne leur est pas donné. Mais fermons cette petite parenthèse et revenons au sujet.

 

Le mot éducation possède également un autre aspect moins médiatisé et qui m’intéresse beaucoup plus : celui du comportement, de la tenue et des manières. Quant on dit d’une personne qu’elle est de bonne éducation, cela ne signifie pas forcément qu’elle sait beaucoup de chose, mais qu’elle se comporte bien. Pour utiliser dans cette argumentation le terme moins ambiguë du savoir, je commencerai donc par dire que dans le domaine des ressources humaines en entreprise on fait attention à trois formes de savoir : le savoir (la connaissance théorique), le savoir-faire (la capacité à mettre ces connaissances en pratique), et le savoir-être que je préfère ici remplacer par le terme de savoir-vivre. Cette dernière forme de savoir est celle sur laquelle je souhaite mettre l’accent ici au travers de l’Education, qui est pour moi l’apprentissage du savoir-vivre en société, une qualité des plus humaines si l’on peut dire. D’ailleurs ce n’est pas avec tellement d’ironie que l’humoriste Pierre Dac disait que  « la mort n’est en définitive que le résultat d’un défaut d’éducation, puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir-vivre ».


L’éducation possède trois aspects ou trois phases que nous devons acquérir progressivement et dans un ordre bien précis au cours de notre vie : savoir être éduqué, savoir s’éduquer soi-même, et savoir éduquer les autres. D’un certain point de vue, cela revient à considérer trois phases de notre existence spirituelle : l’éveil de l’enfance, la maturité de l’adolescence et la sagesse de l’adulte.

 

Savoir être éduqué :

Cette première phase est assez délicate dans le sens où elle nécessite l’intervention d’une personne qui a déjà atteint la troisième étape de ce parcours, un problème que Goethe avait très bien cerné en déclarant « on aurait des enfants bien élevés si les parents étaient élevés eux-mêmes ». Parler du fait de savoir être éduqué nécessite donc de parler de savoir éduquer les autres, car l’inégalité de l’enseignement dont on entend tellement parler en France de nos jours commence d’abord par là. Selon ma propre expérience, je sais que beaucoup de professeurs se posent pas mal de questions sur le pourquoi du comportement de certains de leurs élèves jusqu’à ce qu’ils rencontrent les parents de ces derniers pour la première fois. Je reconnais que les parents peuvent connaître eux aussi des situations difficiles qui impactent sur leurs capacités à éduquer correctement leurs enfants, mais sans pousser l’analyse très loin on peut souvent voir très rapidement qu’il y a chez eux une grande part de négligence ou de mauvaise volonté. La vulgarisation du phénomène de famille séparée puis recomposée n’arrange rien au tableau, d’ailleurs, et j’ai réellement peur de ce que va devenir la prochaine génération qui devra prendre la relève d’ici quelques années.

Mais pour en revenir au sujet en considérant que nous avons un éducateur un tant soit peu compétent, j’emprunte un instant les mots de l’écrivain Ernest Renan, philosophe, philologue et historien français, pour dire simplement que « L’essentiel dans l’éducation, ce n’est pas la discipline enseignée, c’est l’éveil ». Savoir être éduqué, c’est l’éveil. Ce phénomène est extrêmement important car c’est ce qui ouvre l’esprit de l’enfant au monde de la connaissance et le rend donc attentif à ce qu’on lui enseigne. Mais l’éveil n’est ni facile ni définitif, car il consiste à piquer la curiosité ou l’intérêt de l’enfant pour lui donner envie d’apprendre. Pour cela, je pense que Benjamen Franklin était parfaitement dans le vrai lorsqu’il déclarait « tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends ». En rapportant l’enseignement à des choses qui lui sont familières et qui l’intéressent, l’enfant apprend mieux car son cerveau crée des connexions entre de nouvelles informations et des informations déjà connues. Cela est également prouvé sur le plan scientifique dans le cadre de recherches en neurologie.

Je me rends compte à présent que j’ai dévié sur l’enseignement des connaissances alors que je parlais au départ d’éducation du savoir-vivre. Comme quoi, même sans avoir été moi-même professeur j’ai facilement tendance à parler de ce métier avec passion. Concernant donc l’apprentissage du savoir-vivre, Albert Einstein disait lui-même que « Il n’existe pas d’autre éducation intelligente que d’être soi-même un exemple ». Ainsi, nous rebondissons sur la notion d’exemplarité que j’ai si vivement défendue dans mon précédent article sur la Droiture, et c’est peut-être ici que vous en constaterez les premiers bénéfices. Car un enfant ou un individu peu éduqué possède un raisonnement très simple : il fait comme il voit que les autres font. Comme disait le moraliste français Joseph Joubert, « la parole entraîne, l’exemple enseigne ».  Mais c’est un phénomène qui peut autant guider un individu vers la vertu que vers le chaos le plus total, un effet à double tranchant que Freud résume assez bien en disant que « L'homme possède la faculté dangereuse d'inciter les autres à suivre son exemple ». Et comme dans pas mal de films abordant plus ou moins directement le sujet, j’ai le sentiment que le mauvais exemple est toujours plus séduisant et plus facile que le bon exemple. C’est pour cette raison que même un enfant correctement éduqué par ses parents peut si facilement dévier et chuter en prenant exemple sur de mauvais camarades de classes ou sur certains personnages fictifs ou réels de la télévision, ruinant tous les efforts forgés en amont par ses proches. En un certain sens, le véritable éveil ne consiste pas seulement à accepter d’apprendre, mais à accepter d’apprendre des bons exemples.

 

Savoir s’éduquer soi-même :

Il arrive un moment où nous devons nous faire notre propre éducation pour devenir indépendant sur le plan spirituel et ainsi avoir nos propres opinions, nos propres visions des choses, et pour améliorer continuellement notre savoir-vivre par nous-mêmes. D’autant qu’il y a des choses qu’il vaut mieux découvrir ou reconnaître par nous-mêmes pour en percevoir toute la véracité, nos maîtres ne faisant que nous ouvrir la porte vers cette vérité. C’est comme entrer dans un lac pour en percevoir les ronds d’eau à la surface : on ne peut pas le faire accompagné. La plupart des principes de ma Voie sont d’ailleurs nés de réflexions personnelles basées sur les textes d’autres auteurs sur lesquels je m’appuie au départ pour ensuite raisonner par moi-même. La seule problématique de cette deuxième phase est qu’elle apparaît rarement de façon calme et réfléchie, faisant partie intégrante de la crise d’adolescence.

Je ne peux pas décrire plus en profondeur cet aspect de l’éducation telle que je la conçois, et je préfère vous proposez de chercher en vous les raisons et les moyens qui vous permettrons de le faire par vous-même.

 

Savoir éduquer les autres :

Ayant déjà expliqué suffisamment longuement l’importance de l’exemplarité dans l’éducation des autres, je me contenterai d’ajouter simplement ici qu’il ne faut surtout pas se hâter de vouloir passer à ce dernier stade. La maturité ou la sagesse n’est pas une chose que l’on acquiert tous à un âge bien déterminé comme la majorité civile ou le droit de vote. Il est très facile de se croire prêt à éduquer les autres, à leur faire la morale, et d’ailleurs à ce petit jeu les français ont la réputation d’être les champions incontestés. Personnellement je pense que même Confucius, qui est pour moi un modèle de sagesse, remettait constamment en cause sa propre capacité à éduquer ses disciples. Il est même rapporté dans ses entretiens qu’il dit un jour ceci : « S’il s’agit de la sainteté et du sens profond d’humanité, comment oserait-je y prétendre ! Tout au plus peut-on dire que j’y travaille sans relâche, que je l’enseigne sans me lasser ».

 

Avant de conclure, il est impératif de réaliser que ces trois aspects de l’éducation ne se remplacent pas au fur et à mesure que nous les acquérons : ce n’est pas parce que nous savons nous éduquer nous-mêmes qu’il faut arrêter de recevoir l’éducation des autres, et de la même manière ce n’est pas parce que nous sommes prêts à éduquer quelqu’un que nous devons cesser de nous éduquer nous-mêmes. Ce sont des efforts constants que nous devons maintenir en nous pour progresser et pour faire progresser les autres avec nous, car cela ne sert à rien de s’élever seul si c’est pour se retrouver isolé et incompris par nos semblables. Nietzsche ne disait-il pas d’ailleurs que « plus nous nous élevons, plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler » ?

 

 

Prochain article : L'AMOUR

 


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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 21:19

LA DROITURE

 

 

« Nous sommes ce que nous répétons chaque jour »

Aristote

 

 

En raison de son importance capitale pour ma Voie, cette vertu aurait très certainement occupé la place centrale de mon cercle du Soi si elle n’avait pas tant besoin d’être entretenue par une puissante force de volonté héritée de l’Honneur. Car la Droiture, dans sa dimension vertueuse employée pour le bien commun et non pour le profit personnel, ne peut exister sans un rappel constant de nos obligations dans nos engagements, ce qui explique d’ailleurs qu’elle soit également reliée à la vertu de Loyauté au travers de l’Education.


Mais avant de commencer, qu’est-ce que la droiture ? Selon la définition la plus communément acceptée, il s’agit de la disposition d’un individu à toujours se conduire conformément aux règles du devoir. Il existe de très nombreux devoirs auxquels nous pouvons être attachés en fonction de notre situation : le devoir de père ou de mère, d’époux(se), de salarié(e), de citoyen(ne), et encore beaucoup d’autres. Les militaires et autres membres d’organisations armées sont probablement ceux qui se sentent les plus concernés par ce concept du devoir en raison de la grande responsabilité qui découle de ces organisations. Cependant, il semblerait qu’en dehors de cette catégorie d’individus le sens du devoir ne soit pas maintenu avec autant d’importance qu’il le devrait. Ce n’est pas parce que la responsabilité de l’ouvrier est apparemment moins importante que celle du soldat qu’il ne doit pas concevoir la responsabilité de sa tâche et en accepter les devoir qui y sont associés. Mais laissons un instant de côté les responsabilités liées au monde du travail et concentrons-nous plutôt sur les devoir de notre vie civile, celle de tous les jours.


Je ne parlerai pas de devoir de citoyen, car en ces temps troublés beaucoup trop de personnes ne s’identifient pas forcément à la société d’aujourd’hui et elles pourraient donc ne pas se sentir concernées. Au lieu de cela je parlerai de devoir d’être humain auquel, à moins de se considéré comme un extraterrestre, un démon ou la prochaine étape de l’évolution humaine, il serait bien difficile d’échapper. Car oui, en tant qu’êtres humains nous avons tous un devoir commun si l’on en croit Albert Einstein, avec lequel je suis entièrement d’accord lorsqu’il écrivit que « c’est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu’il a reçu ». Que faut-il entendre par là ? Personnellement, je pense que tout ce que nous recevons plus ou moins directement de la société et des gens autour de nous ne devrait pas être considéré comme une récompense méritée ou chanceuse, mais plutôt comme une opportunité d’améliorer notre monde chacun à notre manière. Je suis moi-même conscient que ma situation est grandement confortable par rapport à la très grande majorité des hommes et des femmes du monde entier et je me sens donc redevable, de par mon devoir d’être humain, d’utiliser les moyens qui me sont offerts depuis ma naissance pour faire en sorte que l’humanité devienne meilleure. Pour le moment, l’écriture est mon outil le plus efficace, et c’est pourquoi j’écris ces articles sur ma Voie afin de faire changer le monde au travers de l’esprit des gens, agissant conformément à cette phrase de l’écrivain américain Richar Bach : « Il existe un moyen de savoir si votre mission sur terre est terminée : si vous êtes vivant, c’est qu’elle ne l’est pas ».


Mais ceci n’est que la vision générale du devoir d’être humain, l’objectif à long terme, le but final de notre existence. Maintenant nous devons nous poser la question de comment respecter ce devoir par notre comportement au jour le jour ? Et bien pour ma part, il s’agit tout simplement de vivre de manière exemplaire en suivant scrupuleusement l’ensemble des autres qualités qui composent mon cercle de l’éthique. Nous arrivons donc au délicat sujet de l’exemplarité, sujet qui fait tiquer tant de personnes avis qui j’en ai parlé, mais qui constitue néanmoins l’une des deux pierres d’angle de ma Voie avec l’Honneur. Pourquoi fait-il donc tiquer ? D’après mes propres expériences d’observations et de discussion, je pense avoir décelé au moins trois raisons majeures, ou plutôt trois excuses pour rebondir un instant sur mon précédent article sur la Raison :

  • -  En premier lieu, il ne faut pas sous-estimer l’attirance naturelle de la plupart des individus pour « faire comme tout le monde ». Etre dans le moule n’est pas forcément confortable en soi, mais cela permet d’éviter de se faire remarquer et donc d’être plus facilement la cible d’attaques physiques et/ou psychologiques de la part de notre entourage. Malheureusement, le moule en question ne se construit pas lorsqu’une majorité des gens l’utilisent, mais lorsque quelques individus suffisamment influents répandent leurs idées parmi ceux qui veulent « faire comme tout le monde » et qui vivent donc une part de leur vie par procuration. Les environnements scolaires sont probablement les endroits où ce phénomène est le plus fort, du moins selon ma propre expérience : demandez à un garçon de mettre sur son cartable un autocollant sur lequel est écrit « j’aime l’école », et vous verrez très vite le résultat. Les individus qui se sentent rassurés lorsqu’ils sont dans le moule sont certainement les plus difficiles à convaincre ici car pour que le fait de devenir meilleur ait un quelconque intérêt à leurs yeux, il faudrait que tout le monde devienne meilleur avant eux, histoire qu’ils ne courent aucun risque.

  • -  Ensuite, ceux qui envisagent un instant de se comporter en exemple ont vite tendance à renoncer lorsqu’ils constatent les efforts que cela demande. Car oui, devenir un exemple pour les autres demande énormément d’efforts sur soi d’un point de vue mentale et, malheureusement, la plupart des gens sont déjà trop enlisés dans le relatif confort de leurs petites habitudes pour tenter le coup, même si c’est pour devenir une meilleure personne.

  • -  Dans mes discussions, l’argument qui m’est souvent présenté en dernier recours est que « de toute façon ça ne changera pas le monde ». Selon ces personnes, rien ne sert de chercher à devenir meilleur parce qu’elles pensent que cela n’aura aucun impact sur leur entourage. Or elles se trompent lourdement car, comme le disait La Rochefoucauld, « Rien n’est aussi contagieux que l’exemple », que cet exemple soit mauvais ou bon. J’ajouterai d’ailleurs à cette citation une autre venant d’Albert Schweitzer : « L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer, c’est la seule ». Cela signifie que, contrairement à ce que l’on croit, être un modèle de droiture permet de donner envie à d’innombrables personnes de faire de même, pour peu que vous les traitiez avec Respect et qu’elles aient le Courage de vous suivre dans cette voie.

D’après mon expérience personnelle, je peux donc dire que l’exemplarité n’est une utopie que dans l’esprit de ceux qui n’ont pas le désir ou le courage de changer. Les modèles de droiture étant de moins en moins nombreux ou de moins en moins écoutés dans notre société, les masses sont alors facilement influencés par d’autres modèles beaucoup moins légitimes et surtout beaucoup moins respectables. Ces modèles de société, qu’ils soient autoproclamés ou imposés par les puissances de ce monde, se croient donc les maîtres et assoient encore plus leur influence sur les esprits non éveillés, inconscient des terribles conséquences que cela implique. Les masses se croient dans le juste, ou plutôt dans la « normalité » (bon sang que je déteste ce mot), en voyant dans leur entourage au quotidien le reflet de leur propre comportement malsain. Cependant, tout comme l’écrivain philosophe indien Jiddu Krishnamurti le faisait remarquer, « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ».


Toutefois, et toujours selon mes propres observations, j’ai le profond sentiment que beaucoup de personnes suivent les modèles actuels de notre société tout en ayant pleinement conscience que ce sont de mauvais modèles dénués de droiture, cherchant seulement à ne pas se faire remarquer ou à ne pas se retrouver seul. Si je comprends parfaitement leur choix, ce n’est pas pour autant que je l’approuve, car la facilité et le confort sont le genre de luxes qui ont amené l’humanité à se dire avec tant de négligence « après moi le déluge ». Nous avons tous, chacun de nous, une responsabilité envers nos semblables : leur être utile. Nous avons une responsabilité envers nos enfants : leur laisser un monde au moins aussi bon que celui que nous avons reçu. Et nous avons une responsabilité envers nos ancêtres, où qu’ils se trouvent : faire en sorte qu’ils puissent être fiers de nous.


L’exemplarité est donc ma Voie, et elle doit se transcrire dans chaque chose que je fais. En effet, cela ne sert à rien d’être exemplaire en publique pour retomber dans de mauvaises pratiques dès que personne ne vous regarde, car cela revient à de l’hypocrisie et ne devient alors jamais une vérité dans notre esprit. Peu importe les excuses que vous pourrez trouver, l’exemplarité devant les autres et devant vous-même s’écroule dès que vous l’interrompez ne serait-ce qu’un instant, car comme le disait très bien St Bernard, « Ce que l’on fait crie plus fort que ce que l’on dit ». A cela on peut ajouter « ce que l’on pense nous crie plus fort que ce que l’on fait », puisque tant que vous devez penser à agir selon la Droiture vous n’êtes pas encore parfaitement droit dans votre esprit. Lorsqu’un geste est pratiqué régulièrement, il passe progressivement du statut conscient au statut inconscient, devant au final un geste naturel que nous exécutons par la suite sans réfléchir à chaque fois qu’une situation similaire se présentera. Il en va de même pour la pensée et les raisonnements, ce qui inclue la Droiture. La Droiture doit donc constituer à se comporter de manière constante suivant notre définition de ce qui est juste pour répondre à notre devoir d’être humain. Par extension, cela signifie également répondre à nos autres devoirs hérités de notre condition social et que j’ai brièvement évoqués en début d’article.

 

Face à une vertu d’une telle importance pour moi je ne pouvais opposer qu’un mal à la dimension toute aussi grande, et je pense que la notion de Chaos est probablement celle qui convient le mieux. Le chaos tel que je le conçois ici peut exister sous deux aspects dans l’esprit des gens : en tant que forme ou en tant que fond de notre comportement. Un comportement de forme chaotique est un comportement facilement variable, incertain, changeant selon les humeurs et selon les envies, un comportement où la raison peut aisément faire place à la colère. C’est l’une des choses que je supporte le moins chez les gens car cela les rend totalement imprévisibles et insondables, rendant toute relation durable très difficile et toute discussion sérieuse quasiment impossible. Peut-être est-ce une forme d’auto-défense mentale, mais en tout cas je pense que ceux qui sont dans ce cas sont non seulement très seuls, au moins dans leur tête, mais aussi très malheureux sans aucune raison autre que cette forme de comportement chaotique. Dans les cas les plus extrêmes, c’est ce qui amène aux affaires inexcusables de femmes et d’enfants battus, aux crimes « passionnels » et aux saccages en tous genres.

 

Le chaos en tant que fond comportemental, c’est-à-dire en tant que finalité, signifie pour moi avoir des intentions volontairement malsaines et allant à l’encontre d’un ou de plusieurs de nos devoirs, qu’il s’agisse du devoir d’être humain, du devoir de parent ou de n’importe quel autre. Car, oui, il ne faut pas se le cacher, le chaos peut être un objectif plus ou moins inavoué chez certaines personnes, que ce soit par ambition personnelle, par dégoût de la société ou par folie à différents degrés, et je pense qu’il s’agit là des individus parmi les plus imperméables aux qualités qui font partie de ma Voie. Le pire, c’est que les personnes qui expriment des intentions chaotiques ont rarement un comportement de forme chaotique comme décris précédemment, ce qui les rend encore plus dangereux. Jusque-là je n’ai cité dans mes textes presque exclusivement que des hommes plus ou moins historiques, mais ici je souhaite tout de même reprendre cette bien sombre réplique du personnage d’Alfred dans le film The Dark Knight, qui a tellement de poids dans sa version originale : « some men aren't looking for anything logical, like money. They can't be bought, bullied, reasoned, or negotiated with. Some men just want to watch the world burn ».


Au final, la droiture est pour moi ce qu’est le succès pour d’autres : un objectif qui s’amplifie au fur et à mesure qu’on le réalise pour finalement ne jamais pouvoir être atteint pleinement. Certains appelleront ça du perfectionnisme, je préfère parler d’idéalisme. Albert  Schweitzer disait justement à ce sujet que « L’idéal est pour nous ce qu’est l’étoile au marin : il ne peut être atteint mais il demeure un guide ». Chacun d’entre nous doit trouver sa propre étoile pour le guider, cette étoile pouvant être soit imaginaire soit incarnée en une personne qui devient notre modèle, puis la suivre. Le problème est que, dans notre époque d’hyper-information, il est extrêmement difficile de trouver une personne qui soit totalement exempte de défauts à l’exception des personnages religieux.  Et pour conclure cet article tout en faisant une parfaite liaison avec le prochain qui concerne l’Education, je vous citerai cette très belle et très juste phrase de Gandhi : « Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours ».

 

 

Prochain article : L’ÉDUCATION


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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 18:12

LA RAISON

 

 

« La Raison est la première victime de toute émotion violente »

Frank Herbert

 

 

Lorsque l’on parle de raison, on y associe souvent trop rapidement les notions de conscience et de Justice, sujet que j’ai traité dans l’article précédent, et on oublie qu’il s’agit avant tout de savoir faire preuve de discernement et de logique. Rien ne sert d’avoir un profond sens du devoir et du bien si nous avons un raisonnement illogique car nous iront dans la mauvaise direction, et de la même manière il est tout aussi improductif de s’ouvrir vers le monde et vers les autres si nous sommes incapables de discerner tout ce qui n’est pas évident. L’un des torts plus ou moins indirect de la société de l’ultra-information est que plus personne ne cherche à réfléchir : tout le monde va sur internet chercher les réponses directement – et encore, parfois ce ne sont que de mauvaises réponses. Le même reproche avait été fait par les enseignants lorsque la calculatrice a commencé à se répandre dans les lieux scolaires, faisant disparaître le calcul mental dans les esprits des élèves, et le manque de cette faculté commence progressivement à se voir non seulement dans les jeunes générations mais aussi dans les milieux professionnels.


Notre cerveau est comme un muscle : si on ne le stimule pas, il ne se développe pas si je puis dire. Or, d’après les nombreuses études neurologiques sur le sujet, le cortex cérébral de l’Homme est divisé en plusieurs centres à peu près bien identifiés assurant chacun un ou plusieurs rôles précis, ce qui veut dire qu’il ne suffit pas de développer son côté émotionnel pour subitement voir sa capacité de réflexion croître de la même manière. On peut donc dire que notre cerveau n’est pas comme un unique muscle mais comme un ensemble de nombreux muscles, et ceux qui fréquentent les salles de « remise en forme » savent qu’il est important d’entretenir tous ses muscles à la fois. La même méthodologie doit être appliquée à notre mental, et cela passe par l’entretien de notre Raison, qui dans ma vision de ma Voie représente notre capacité à raisonner. Mais avant d’aller plus loin, précisons que je parle ici uniquement de la capacité d’utiliser nos connaissances et notre expérience personnelle pour trouver des idées, des solutions et des déductions. La capacité d’assimilation et de mémorisation d’informations est un procédé de bien peu d’intérêt ici et qui concerne plutôt la qualité de Culture,  aussi ne m’attarderai-je pas dessus.


De la même manière que la culture peut être segmentée en plusieurs domaines de connaissance (histoire, littérature, science, etc.) la raison telle que je la conçois est divisée en plusieurs disciplines ayant chacune leur mode de raisonnement propre, ce dernier étant plus ou moins adapté pour une situation donnée et pour l’objectif que l’on souhaite atteindre. Parmi ces types de raisonnement, on peut distinguer par exemple le raisonnement scientifique du raisonnement philosophique, ou le raisonnement politique du raisonnement économique, ou encore le raisonnement religieux du raisonnement militaire. Mais cela ne concerne pas seulement l’éducation, la profession ou les convictions idéologiques : on distingue également le raisonnement optimiste du raisonnement pessimiste, le raisonnement anticipatif du raisonnement mémoriel, ou encore le raisonnement constructif du raisonnement destructif. Selon ce que nous sommes habitués à penser, nous empruntons l’un ou l’autre de ces « moteurs de recherche », si je puis dire, pour surfer sur la toile de nos propres connaissances et expériences.


J’en profite pour me concentrer un bref instant sur deux catégories particulières qui sont le raisonnement de l’action et le raisonnement de l’inaction, deux modes de pensée qui sont très bien expliqués par un proverbe arabe disant que « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen ; qui ne veut rien faire trouve une excuse ». Lorsque l’on associe cette vision à celle de Benjamin Franklin lorsqu’il disait que « Ceux qui sont habiles à trouver des excuses ne le sont pour rien d’autre », on comprend déjà un peu mieux comment fonctionne notre société actuelle et comment se sont créé beaucoup de ses problèmes majeurs. La méfiance, la paresse et la désespérance sont trois fléaux du raisonnement car ils nous amènent à ne jamais chercher à résoudre les problèmes auxquels nous faisons face, provoquant un immobilisme qui favorise par la suite la croissance des problèmes existants et l’émergence de nouveaux problèmes annexes. Et comme disait Albert Einstein, « aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré ». Nous devons donc trouver les moyens de transformer la tendance passive des esprits actuels pour entrer dans une époque d’intense réflexion afin d’améliorer notre qualité de vie, ne serait-ce que d’un point de vue mental.


Il n’existe néanmoins selon moi aucun type de raisonnement parfait, car aucun mode de pensé pris individuellement et de façon systématique ne peut permettre de résoudre toutes les situations et problèmes que la vie nous présente. Au lieu de cela, je pense qu’il faut utiliser plusieurs raisonnements différents l’un après l’autre pour, comme le disait le personnage de Robin Williams dans le Cercle des Poètes Disparus, « changer de point de vue ». Pour simplifier, on peut dire qu’un raisonnement donné permet d’analyser une situation en la regardant depuis un certain angle, mais il est impossible de la voir entièrement sans changer de point de vue, donc de raisonnement. L’ouvrage Six chapeaux pour penser, de Edward de Bono, est probablement un très bon début pour se constituer un petit arsenal de raisonnements différents bien aiguisés pour mieux analyser chaque situation et, bien que cet ouvrage soit avant tout adressé au milieu de l’entreprise dans le cadre de réunions professionnelles, il s’ouvre également à l’amélioration de la réflexion personnelle.


Dans ce livre, l’auteur explique que pour éviter la censure trop rapide d’idées nouvelles dans un groupe de personnes, il faut forcer ces mêmes personnes à considérer l’idée plusieurs fois en endossant à chaque fois un chapeau de couleur différente représentant un mode de pensée bien précis :

  • Chapeau blanc, la neutralité : le penseur énonce des faits purement et simplement pour alimenter le groupe en chiffre et en information. C’est l’image de la froideur, le goût de la simplicité, le minimalisme.

  • Chapeau rouge, la critique émotionnelle : le penseur rapporte ses informations teintées d’émotions, de sentiments, d’intuitions et de pressentiments et n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion, l’intuition.

  • Chapeau noir, la critique négative : le penseur fait des objections en soulignant les dangers et risques qui attendent la concrétisation de l’idée. C’est la prudence, le jugement négatif, le pessimisme.

  • Chapeau jaune, la critique positive : le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles et émet des commentaires constructifs en tentant de mettre en action les idées suggérées par les autres membres du groupe. C’est le soleil, l’enthousiasme, l’optimisme.

  • Chapeau bleu, le meneur de jeu : le penseur provoque, recherche des solutions de rechange, s’inspire de la pensée latérale sort des sentiers battus et propose des idées neuves. C’est la fertilité, l’originalité, l’imagination.

Il est absolument nécessaire de tous les essayer avant de prendre une décision finale, pas forcément dans l’ordre ci-dessus bien que dans le cas d’une réflexion individuelle je ne vois pas comment débuter la réflexion sans utiliser d’abord la neutralité pour énumérer les données à notre disposition. Personnellement, je pense que nous passons tous inconsciemment par tous ces modes de pensée lorsque nous réfléchissons à un problème ou à une idée, mais que pareil à une réunion d’entreprise où certains crient plus forts ou avec plus de conviction que les autres, nous avons tous des raisonnements qui sont plus développés que d’autres et que nous écoutons donc plus facilement. J’ai beaucoup progressé dans mes relations avec les gens à partir du moment où j’ai commencé à m’efforcer de réfléchir de manière optimiste, ne serait-ce que quelques instants. C’est d’ailleurs suite à l’épanouissement de ce mode de raisonnement que j’en suis arrivé à débuter l’écriture de ces articles sur ma Voie spirituelle.


Nous avons trop tendance à nous laisser emporter par nos émotions, dont la violence nous force à réagir trop vite sans consulter les autres voix dans nos têtes avant de se forger un avis sur telle ou telle question, et la citation que j’ai placée en début d’article l’illustre très bien. De la même façon, la critique négative peut très facilement s’autoalimenter pour nous entraîner dans une spirale de pessimisme, et on fini par ne voir les choses que sous leur plus mauvais aspect en oubliant le reste. Ayant un peu voyagé à l’étranger et consulté de nombreux articles de la presse internationale, je peux témoigner que le peuple français auquel j’appartiens et je m’identifie est considéré comme un peuple extrêmement râleur, jamais content et qui a beaucoup du mal à se retenir de critiquer les autres. Bien entendu, c’est une image qui n’est probablement due qu’à une minorité, mais une minorité suffisamment nombreuse ou suffisamment active pour entretenir cette bien triste réputation. On peut d’ailleurs ici faire aisément le lien avec le phénomène d’emprunt de la crédibilité que je décris dans mon article sur l’Honneur.


Pour finir avec cet article sur la Raison, je souhaiterais parler d’un phénomène de pensée que j’ai rencontré chez beaucoup de personnes lors de récentes discussions sur des sujets faisant appel directement aux qualités de ma Voie : celui du rappel du passé. Je ne dénie pas le fait qu’il faut savoir s’appuyer sur l’Histoire, ou plus communément sur le passé pour éviter de répéter certaines erreurs ou pour comprendre comment telle culture s’est formée, comment tel ou tel mode de fonctionnement a été mis en place, et d’où nous viennent les valeurs dont nous avons héritées. Mais trop souvent je vois des gens invoquer le passé pour dire que, « ça a toujours été comme ça et ça continuera d’être comme ça pendant encore longtemps ». En gros, cela revient à dire que si une chose doit être changée, les gens préfèreraient que ça se fasse lorsqu’ils ne seront plus là, mais si ce mode de pensée se perpétue de génération en génération, on ne risque pas de faire changer les choses un jour. Et puis comme le disait si bien l’auteur américain Tom Peters,  « Le plus grand danger aux époques de turbulence, ce n’est pas la turbulence en soi, c’est de réagir avec les logiques d’hier ». Reste à déterminer à partir de quel niveau de secousse les gens considèrent que nous sommes dans une époque de turbulence…

 

 

Prochain article : LA DROITURE


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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 18:10

LA JUSTICE

 

 

« Le bonheur est le résultat de l’action juste »

André Compté-Sponville

 

 

Nous attaquons là une des qualité plus délicates de ma Voie, et probablement celle qui est la plus compliquée à acquérir malgré qu’elle soit assez simple à comprendre dans son ensemble. Ayant déjà quelque peu abordé le sujet dans mon article sur le Courage, nous avons déjà une petite idée de ma notion globale de justice : savoir discerner ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Bien que, dans notre monde actuel, elle ne puisse probablement être suivie que de manière partielle, je ne pense pas qu’il me soit possible d’atteindre l’idéal de ma Voie sans une compréhension parfaite de la justice et une application la plus large possible. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette qualité sert de lien entre le Courage et la Droiture dans mon cercle du Soi, car la justice se doit d’être impartiale mais surtout constante, sans quoi elle devient circonstancielle et perd définitivement toute vertu.


Entendons-nous bien, je parle ici uniquement de justice dans son aspect idéologique, c'est-à-dire dans la phase d’analyse des faits se rapportant à un problème ou à une situation donnée. L’action de défendre ce que l’on pense être juste suite à cette première phase relève du Courage qui a absolument besoin du discernement de notre justice intérieure pour ne pas dériver dans une oppression malsaine. On insiste trop de nos jours sur l’action punitive ou menaçante de la justice en raison du pouvoir presque fascinant qu’elle renferme, mais on a tendance à oublier que cette justice est avant tout un concept : celui de ce qui est juste. Nous devons d’abord savoir dans nos cœurs et dans nos esprits ce qu’il est bon de faire et ce qu’il est bon de ne pas faire avant de condamner qui que ce soit. Pour ceux qui auraient du mal à trouver leur propre mesure de la justice en eux-mêmes, je ne peux que conseiller de réfléchir sur cette parole de Gandhi : « A chaque fois que vous êtes dans le doute, faites le test suivant : souvenez-vous de la personne la plus pauvre et la plus faible que vous ayez rencontrée dans votre vie et demandez-vous si ce que vous vous apprêtez à faire lui sera d’une quelconque utilité ». Le sentiment de justice doit cependant nous être inculqué à travers une certaine éducation, et tout comme la qualité de l’Education que je traiterai dans un prochain article, cela doit se faire en trois temps bien distincts : savoir être jugé, savoir se juger soi-même, et savoir juger les autres.


Personne ne peut comprendre la nécessité de la justice s’il n’en a ni bénéficié ni exprimé le profond besoin à un moment de sa vie, et dans les deux cas cela signifie avoir été jugé. Il s’agit donc de la première étape dans l’apprentissage de cette qualité, et bien qu’elle fasse énormément appel à l’Ecoute que je décrirai également plus tard, elle possède assez de particularité pour que je m’y attarde un peu ici. En effet, contrairement au simple fait d’écouter les idées des autres, écouter leurs jugement est beaucoup plus difficile car cela nécessite d’accepter la possibilité qu’ils nous rabaissent, dont qu’ils rabaissent notre égo. Or, un jugement peut porter sur absolument tout et c’est ce qui rend notre égo si vulnérable, car il n’a nulle part où se réfugier s’il vient à se présenter devant la justice des autres. Même le meilleur des hommes ne saurait être parfait, et il aura toujours quelque chose que l’on pourra lui reprocher. C’est cependant par la considération calme et sincère des avis et jugements de nos semblables que nous pouvons savoir si nous agissons justement ou non lorsque nous ignorons ce qu’est la justice. Toute la difficulté est de ne pas être influencé par de mauvaises pensées durant cette première phase d’apprentissage, car beaucoup de personnes prétendent ou croient exercer la justice vraie alors que leurs esprits raisonnent de telle façon qu’ils ne voient pas ce qui est juste, et comme le disais le Duc de Lévis, « Ne comptez pas sur la justice de ceux dont l’esprit manque de justesse ».


C’est par cette difficulté non négligeable que la qualité de Justice rejoint à nouveau celle de l’Education, car elle nécessite la présence d’individus la possédant déjà pour nous l’enseigner. Il existe de rare cas où une personne peut développer ces deux qualités par elle-même si elle a suffisamment de volonté, mais cela demande aussi très souvent d’avoir beaucoup souffert comme le montre cette belle phrase de l’auteur et journaliste Louis Veuillot, « Il y a des choses qu’on ne voit comme il faut qu’avec des yeux ayant pleuré ». La vie est notre éducatrice la plus sévère qui puisse exister, mais je m’étendrai plus en détail sur cette notion dans mon article sur l’Education.


Venons-en maintenant à la capacité de se juger soi-même qui est, selon moi, indispensable pour espérer être traité avec justesse car, comme le disait très bien le dramaturge grec Ménandre, « Tu veux qu’on te rende justice : sois juste ». Pour en parler, prenons un instant l’image classique d’une coure de justice nationale. Dans un tribunal, l’accusé, l’accusateur, le juge et les membres du jury sont tous des individus différents, mais lorsque nous devons estimer la justesse de nos propres intentions dans notre vie de tous les jours, nous sommes toutes ces personnes à la fois. Durant ces jugements internes, savoir reconnaître ce qui est juste demande donc beaucoup d’effort sur soi car il faut mettre de côté toute implication personnelle en se considérant soi-même comme un étranger. Nous devons devenir quelqu’un d’autre, devenir un observateur silencieux à l’intérieur de nous-mêmes pour incarner mentalement notre propre conscience, et ainsi juger de manière impartiale ce que nous faisons chaque jour. Si nous prenons en compte que notre propre existence dans l’équation, notre égo est seul maître à bord et peut donc se permettre tous les débordements que son imagination lui permet. Le dialogue mental entre notre égo et notre conscience, dirigée par la Raison, sert à apprendre ce qu’il est juste de faire en toute circonstance, tandis que la Droiture nous permet de cristalliser cet apprentissage en l’appliquant continuellement. Ainsi nous nous rapprochons peu à peu de la vision qu’avait Confucius lorsqu’il disait que « L’homme supérieur fait de l’équité et de la justice la base de toutes ses actions ».


J’en viens enfin à la capacité de juger les autres qui, bien qu’elle soit indispensable à la vie en société, doit être modérée en fonction de notre capacité à nous juger nous-mêmes, car les jugements de ceux qui ne savent reconnaître leurs propres erreurs ont en effet bien moins de valeur que les jugements de ceux qui s’efforcent d’être eux-mêmes justes dans leur propre conduite. Nos paroles ont d’ailleurs plus de poids lorsque les gens savent que nous appliquons rigoureusement les principes que nous défendons, mais je parlerai plus longuement de ce phénomène de l’exemplarité dans mon article sur la Droiture. Juger les autres est loin d’être chose facile car, même si cette fois-ci le juge et l’accusé sont bien deux personnes distinctes, cela ne nous donne pas pour autant le droit, les capacités et encore moins l’autorité pour diriger un quelconque petit tribunal privé à l’improviste. Ce genre de chose ne doit pas se faire à la légère, et je pense que nous pouvons trouver un premier élément de mesure pour ce genre de jugement dans les paroles de Confucius lorsqu’il dit « Sois exigeant envers toi-même et indulgent envers les autres ». Selon moi, nous devons vivre en exerçant une indulgence face aux autres au moins égale à notre exigence face à nous-mêmes, ce qui présente deux avantages principaux : d’abord nous ne concentrons nos efforts que dans la correction d’injustices suffisamment importantes pour dépasser notre niveau d’indulgence, ce qui économise notre énergie mentale et facilité la Sérénité, et ensuite nous faisons déjà un grand pas vers la Compréhension que je traiterai plus tard et qui représente une étape importante pour le respect de l’exemplarité que je défends.


Mais n’oublions pas que tout sentiment de justice doit, au final, pouvoir aboutir sur une action au travers du Courage. Par expérience personnelle, je peux vous affirmer que le fait de savoir que l’on a agit de façon juste apporte une immense satisfaction personnelle. Cela ajoute également à l’honneur des communautés auxquelles les gens nous identifient, du moins lorsque la justesse de notre action est reconnue comme telle. Cette reconnaissance est toutefois bien optionnelle si notre sentiment de justice est profond et sincère, car de doute façon comme l’expliquait parfaitement Confucius, « l’homme supérieur ne s’afflige pas d’être ignoré et méconnu des hommes ». Il ne s’agit pas là d’un mépris, mais d’une certaine compréhension des méfiances et de l’indifférence générale que peuvent exprimer bien des gens face à la justesse de certaines actions ou de certains propos. L’important est de pouvoir se dire que, malgré tout ce que peut dire votre entourage et tous les risques que cela peut comporter, si vous étiez replacés dans la même situation vous referiez le même choix sans hésiter.  


L’architecte américain Franck Lloyd Wright disait que « La simplicité, c’est l’harmonie parfaite entre le beau, l’utile et le juste… ». Je trouve que cette phrase s’applique aussi bien au comportement d’un individu qu’à un édifice, car notre comportement construit notre personnalité ainsi que nos relations avec les gens et tout ce qui en découle. Mais personnellement, et en accord avec ce que disait l’écrivain japonais Inazo Nitobe dans son magnifique ouvrage Bushido, l’âme du Japon, je préfère remplacer le terme de « simplicité » par celui de « grâce ».

 

 

Prochain article : LA RAISON


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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 22:44

LE COURAGE

 

« Comprendre ce qui est juste et ne pas l’accomplir, c’est faire preuve d’un manque de Courage »

Confucius

 

 

L’espoir seul ne suffit pas toujours à décider d’agir, car les espoirs les plus grands nécessitent souvent des actions difficiles, risquées ou dangereuses dans leur réalisation même la plus partielle. Dans ce genre de situation, il est donc facile de succomber à la peur, que ce soit la peur de la douleur physique, de la souffrance mentale ou la peur de la mort, pour soi-même comme pour quelqu’un d’autre.

 

Mais avant d’aller plus loin, il est important de nous arrêter un instant sur le sentiment de peur afin de ne pas le voir comme un mal ou une faiblesse absolue, car il n’est mauvais qu’à partir du moment où il nous est imposé par des situations illogiques ou injustes. Nous ne mettons pas notre main sur une flamme par peur de nous brûler, mais devons-nous laisser quelqu’un mettre le feu à une forêt par peur qu’il ne s’en prenne à nous ? La peur de la douleur physique ou de la douleur mentale nous empêche de faire des choses dangereuses pour nous-mêmes, tandis que la peur d’être puni par la justice des hommes ou d’un pouvoir supérieur, dans cette vie ou dans un autre, nous empêche de nuire aux personnes qui nous entourent. Mais la peur d’être puni pour ses mauvaises actions lorsque l’on ne croit pas à une quelconque justice divine ne peut exister qu’à partir du moment où des gens sont prêts à défendre ce qui est juste en dépit des risques, faisant alors preuve de Courage.

 

C’est là qu’intervient inévitablement la valeur de la Justice que je développerai une autre fois. En effet, prendre des risques pour une action injuste ou stupide revient à de la témérité destructive, que ce soit pour nous-mêmes ou pour les autres, et elles n’ont que très rarement une conclusion heureuse pour tout le monde. Le Courage ne devient donc une vertu qu’à partir du moment où il permet d’accomplir ce qui est juste quels que soient les risques. C’est dans cette seule mesure que le courage devient le prolongement naturel de l’espoir. Le sentiment de Justice sert donc à tempérer le courage en lui indiquant si les moyens qu’il met en œuvre pour réaliser nos espoirs sont bons ou mauvais. On ne peut être courageux que lorsque nous faisons face à une situation injuste et que, en ayant conscience de son injustice et des risques associés, nous agissons. Car il n’y a pas de courage sans action, comme l’explique l’écrivain Paul Hawken lorsqu’il dit que « Vous pouvez blâmer les gens qui se cognent dans l’obscurité ou vous pouvez allumer des bougies. La seule erreur est d’avoir conscience d’un problème en choisissant de ne pas agir ».  

 

Toutefois, le vice que j’oppose au Courage dans mon cercle du Soi n’est pas l’inaction, car l’inaction face à l’injustice est parfois la seule solution pour éviter d’empirer les choses et peut être due à un manque d’espoir ou d’imagination quant à la manière de résoudre un problème. C’est pourquoi je préfère placer là l’oppression, qui me semble présenter une variante viciée et même corrompue du Courage, car elle consiste à prendre des risques non pas pour les autres mais uniquement pour soi-même. Elle apparaît lorsque l’énergie de volonté rassemblée pour agir est utilisée uniquement pour satisfaire notre ambition, née de l’Orgueil personnel, au lieu de défendre l’Honneur collectif. L’oppression peut exister à tous les niveaux de notre échelle sociale, et pas seulement dans le cadre d’un régime politique, car chaque individu possède en lui le pouvoir d’opprimer ses semblables du moment qu’il y voit un besoin de satisfaire ses besoins matériels ou de rassurer son égo en créant plus malheureux que soi-même. L’oppression peut avoir de nombreux objectifs, qu’ils soient issus de l’ambition personnelle ou du désir de se sentir mieux, et de ce fait elle peut prendre de très nombreuses formes allant de la plus évidente à la plus subtile. L’oppression intellectuelle en est probablement la forme la moins facile à repérer lorsqu’elle est accomplie avec stratégie et psychologie, et les spécialistes en publicités ou en communication y sont particulièrement familiers. Mais je ne dévierai pas plus loin dans le fonctionnement de notre société et je reviens si vous le voulez bien au niveau d’un seul individu. L’oppression d’un homme sur un autre porte directement atteinte à la liberté, ne serait-ce que la liberté d’expression ou même de pensée, un sujet très bien connu de Nelson Mandela qui a d’ailleurs dit « je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité ».

 

Concernant le sentiment de peur qui peut freiner le courage, l’une des peurs les plus fortes à notre époque moderne de relative paix semble être, de mon point de vue, la peur de la perte. Cette perte peut être matérielle, sociale (au travers de statuts particuliers) ou émotionnelle, mais à part pour cette dernière, ces pertes ne nous font peur qu’en raison d’un besoin personnel et non collectif. Or, plus on possède de biens matériels ou sociaux, plus on a peur de les perdre un jour. Dante disait cependant que « qui n’est pas capable d’être pauvre n’est pas capable d’être libre », et cela est toujours d’actualité aujourd’hui puisque, dans le même registre mais de manière plus extrême, Marthin Luther King disait « Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre ». Le courage tient donc dans ce que nous sommes prêts à accepter de subir pour atteindre nos rêves ou pour que nos semblables puissent les atteindre un jour. La souffrance, quelle qu’en soit la nature, est parfois un risque à courir mais parfois également un passage obligé sur notre chemin, et le courage consiste alors à s’y lancer sans attendre qu’un autre le fasse pour nous. Et enfin, le courage peut également être de se relever après un revers du destin pour essayer à nouveau même si on risque de subir à nouveau le même revers et bien plus car, si on y réfléchie bien, l’échec n’existe pas à partir du moment où l’on chute, mais à partir du moment où l’on reste par terre.

 

Le philosophe romain Sénèque disait déjà, il y a deux millénaires de cela, que « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». De ce fait, on peut dire qu’oser c’est déjà réussir à moitié. Mais nous ne devons pas oser parce que d’autres nous disent qu’il est nécessaire d’agir, nous devons oser parce que nous sommes nous-mêmes convaincu de la nécessité d’agir. C’est pour cette raison que le courage a besoin d’espoir pour exister, car l’espoir nous permet de visualiser l’avenir réalisable au travers de l’action, cette vision nous donnant alors la volonté de dépasser nos limites en visant plus loin que ce que nous croyons être possible. Et je terminerais cet article sur une citation de Charles de Gaulle qui, en homme cultivé et militaire à la vision large, disait très justement que « les grands pays le sont pour l’avoir voulu ».

 

 

Prochain article : LA JUSTICE


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