CHAPITRE DOUZE : UN PAS DE PLUS
Ce qui avait été une salle bourdonnante d'activité quelques instants auparavant n'était plus qu'un grand espace totalement dépeuplé et sans vie. Les artéfacts qu'étaient en train d'étudier les hommes de Meldios avaient également disparu, ainsi que certaines machines parmi les plus rares, probablement. Il y avait deux raisons possibles à cela. La première était que cette évacuation était prévue, mais j'en doutais sérieusement. La seconde était que nous avions été repérés.
- Que fait-on, Asphar ? demanda Eric. On se tire ?
- Non. Nous n'aurons peut-être pas d'autres chances. Descendons dans le laboratoire et tentons de trouver Meldios.
Rayne fut la première à agir. Avec sa souplesse naturelle, elle se laissa tomber de la passerelle avant de se rattraper aux poutrelles de soutient en métal, puis lâcha prise et atterrit en dégainant ses armes. Cette fois-ci, ce fut moi qui passa devant Fidge et Eric, mais en descendant simplement les escaliers tout en surveillant les alentours. La salle devait faire environ trente mètres en longueur et en largeur, avec une seule porte d'accès en dehors de celle par laquelle nous étions entrés. C'était une grande porte en bois à double battants qui n'était verrouillé par aucun système de sécurité.
- Ca pue le piège à plein nez, lâcha Rayne.
- Peut-être, fis-je, mais on a pas le choix.
La chasseuse de prime sortit une fibre optique de sous sa combinaison et la passa sous la porte pour espionner ce qui se trouvait derrière. Quelques instants plus tard, elle annonça :
- C'est une salle d'archivage. Il y a quinze hommes équipés de fusils mitrailleurs et d'armures légères. Ils nous attendent.
- Qu'est-ce qu'on fait, Asphar ? demanda Fidge avec le sourire.
- On leur rentre dedans. Mais veillez à ne pas abîmer les preuves éventuelles.
Aussitôt, Fidge s'avança vers la porte et prit l'une des grenades étourdissantes qu'il portait à la ceinture. Délicatement, il s'appuya contre l'un des battants de la porte puis retira la goupille en comptant les secondes avec précision. Au bout de trois, il entrouvrit l'autre battant et jeta la grenade dans la salle suivante, où elle détonna en libérant un flash aveuglant doublé d'un bruit à très haute fréquence capable de percer un tympan.
L'instant suivant, nous ouvrîmes la porte en grand et engagèrent le combat. Fidge partit sur la droite, Rayne sur la gauche, et moi au centre tandis que Eric nous couvrait avec son fusil. Sortant les Serres d'Eridios de leurs gantelets, je me jetai sur les hommes de Meldios totalement désorientés pour planter mes griffes énergétiques à travers leurs armures. Les lames baignées d'électricité perforèrent ces protections aussi facilement que la chaire qui se trouvait derrière, arrachant les vies des hérétiques comme une feuille morte emportée par une tornade. A ma droite, je pouvais voir Fidge Klaw employer toute son talent dans la maîtrise du combat à deux sabres, tandis qu'à ma gauche son épouse faisait des merveilles avec une simple dague et un pistolet. Une fois de plus, je béni le jour où je les ai rencontré.
Soudain, alors que je levai mon poing pour frapper mon adversaire suivant, je vis sur son uniforme l'insigne de sergent. Au lieu de le tuer, je lui administrai un violent coup de coude dans la mâchoire et il s'effondra par terre, me laissant le temps de finir son escouade. Il semblait claire que ces hommes avaient autrefois fait partie de la Garde Impériale. Lorsque le combat fut terminé et que je put les observer plus calmement, je remarquait que leurs uniformes étaient semblables à ceux de la Garde de Fer de Hullorden, sauf qu'ils étaient de couleur noire au lieu d'être gris. J'empoignai alors le sergent et le soulevai pour le plaquer contre un mur.
- Où est Meldios ?
L'homme grogna en serrant les dents. Apparemment, il voulait répondre mais une sorte de conditionnement psychique le lui interdisait. Cette technique était souvent utilisée par les hérétiques pour conserver leurs secrets même s'ils étaient capturés. Cependant, Meldios ne pouvait pas avoir verrouillé l'intégralité des informations dont disposait ce soldat :
- Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? continuai-je.
- C'est pas assez clair pour vous ? répliqua-t-il vulgairement en haletant. C'est ici que sont étudiés les objets qu'Il a récupérés.
- « Il » ? Tu veux dire Meldios ?
Le sergent hocha la tête.
- Où sont les artéfacts, maintenant ?
- On... on les a évacué. Ils ont déjà dû quitter la planète, maintenant. C'est inutile.
- Où ont-ils été emmenés ? fis-je en sortant à nouveau mes griffes éclaires. Parle vite !
- J'en sais rien ! J'vous jure !
- Dans ce cas, tu ne me sers plus à rien.
Je me préparai à porter le coup fatal lorsque l'homme leva les mains en suppliant :
- Attendez ! Attendez ! Y a un prisonnier dans les cellules un peu plus loin ! Il pourra peut-être vous aider !
- Merci.
Puis, sans la moindre pitié, je lui lacérais la gorge. La plus dure leçon que tout inquisiteur se doit d'apprendre est qu'il ne faut jamais tolérer les traîtres, quel que soit l'ampleur de leur trahison. Il n'y a rien de plus abjecte dans tout l'univers qu'un homme qui rejette consciemment les paroles de l'Empereur et se détourne de Sa lumière. De tels être ne méritent pas de vivre, et doivent servirent d'exemple. Cette leçon n'est pas difficile à apprendre, mais il ne suffit pas de connaître cette règle pour pouvoir l'appliquer. Il faut y croire. Aucune faiblesse ne doit jamais être montrée envers les traîtres.
- En avant, dis-je. Cherchons ce prisonnier.
Nous traversâmes alors la salle d'archivage, qui faisait une bonne trentaine de mètres en longueur et contenait d'innombrables ouvrage rangés sur des étagères alignées et numérotées. C'était à n'en pas douter des rapports sur les études des artéfacts récupérés par Meldios. Une mine de savoir hérétique incroyablement riche que j'hésitais à purifier par le feu tant l'aura néfaste qui l'enveloppait me donnait la nausée. Au bout de la salle se trouvait une porte hermétique dont Rayne contourna le verrou de sécurité.
De l'autre côté se trouvait un long couloir qui, au bout d'une centaine de mètres, arrivait à un croisement en T. Ne voulant pas diviser mon équipe, je décidai de l'emmener à droite. Au bout de quelques pas, nous tombâmes devant une rangée de cinq portes blindées à côté de laquelle étaient posée une table et deux tabourets. Sur la tables et par terre, des cartes de jeux avaient été laissées par les gardes qui devaient être en poste ici lorsque l'alerte a été donnée. Lentement, je m'approchai de la première porte et regardai à travers le judas pour constater qu'il n'y avait personne. Les deux cellules suivantes étaient vides elles aussi.
Mais lorsque j'inspectait la troisième, j'aperçut une silhouette humaine assise dans un coin d'ombre, à peine visible et seulement recouverte d'un pagne en lambeaux. Je me penchai donc sur le panneau de contrôle de la porte, appuya sur une série de touches et celle-ci s'ouvrit dans un bruit sourd. Je me mis bien dans la lumière pour que le prisonnier voit que j'étais un inquisiteur de l'Imperium. Sa réaction ne fut pas longue, et lorsqu'il se leva pour s'avancer vers moi d'un pas lent, j'entendis le bruit mécanique caractéristiques des jambes biotiques.
Mais il n'y avait pas que ses jambes qui était artificielles. Son bras également était un implant mécanique, tout comme une partie de sa poitrine, presque tout son dos et la moitié arrière de son crâne rasé. Sur la région métallique de son buste était gravé l'insigne de l'Adeptus Mecanicus.
- Vous êtes un disciple du culte de Mars ? demandai-je pour confirmer mes impressions.
- Affirmatif inquisiteur. Je suis le technaugure Xan-D6, humble serviteur de l'Omnimessie rattaché au monde-forge d'Accatran.
Sa voix avait beau être parfaitement humaine, la façon dont il parlait le rapprochait plus d'une machine que d'un être vivant et pensant. Ses yeux étaient vifs, mais ne brillaient d'aucune expression émotionnelle, et son visage était si raide qu'on aurait cru un masque de peau sans aucun nerf pour l'agiter.
- Pourquoi ces hommes vous retenaient-ils prisonnier ?
- Ils voulaient des renseignements sur l'architecture de plusieurs bâtiments pour lesquels j'ai participé à la construction.
- Ont-ils eut ce qu'ils voulaient ?
- Malheureusement oui, seigneur. Ils ont réussi à pirater mes implants mémoriels et à télécharger les données concernant ces structures.
Une fois de plus, Meldios avait une longueur d'avance sur nous. Cependant, nous avions découvert une pièce de plus dans son plan, et notre enquête progressait de plus en plus. Je ne devais pas perdre espoir. Ma cible était presque à ma portée et je devais redoubler d'ardeur pour l'atteindre.
- Nous allons vous faire sortir d'ici, dis-je au technaugure. Suivez-nous.
- Mon équipement a été placé dans la cellule voisine. J'aimerais le récupérer.
- Très bien.
Xan-D6 sorti de sa geôle et se dirigea vers la quatrième cellule où il entra pour en ressortir deux minutes plus tard, entièrement équipé. Il portait l'armure rouge réglementaire des technaugures qui lui donnait une allure impressionnante, ainsi qu'un servo-harnais complet capable de démonter presque n'importe quel équipement. Le respirateur qui masquait le bas de son visage le rendait encore plus mécanique, ainsi que les multiples câbles qui connectait son armure à l'arrière de son crâne.
- Je suis prêt à vous suivre, annonça-t-il de sa voix sans émotion.
Tout au long de notre cheminement à travers les installations souterraines du repère de Meldios, nous ne rencontrâmes plus personne, pas même le moindre cyber-serviteur qui aurait été abandonné derrière. L'évacuation des hérétiques avait été trop rapide pour ne pas avoir été prévue de longue date. La seule chose étrange était qu'il n'aient rien prévu pour leurs archives, et qu'ils ne l'aient ni emportée, ni détruite. Mais ce n'était pas encore le moment de se soucier de cela.
Il nous fallut un quart d'heure pour trouver le hangar à navette par lequel s'étaient enfuis les hommes de Meldios. Il était assez grand pour contenir une petite frégate ou un vaisseau de transport marchand de dernière catégorie, et rien dans ce que nous y trouvâmes ne put nous renseigner sur la direction qu'avait pris l'ennemi. Finalement, je décidai d'interrompre momentanément les recherches, et ordonnai à Franck d'amener le Phoenix pour que nous puissions prendre un peu de repos. Bientôt, il nous faudrait analyser le masse de document que les hérétiques avaient laissé derrière eux, et avoir plus de précision sur ce qu'il voulaient apprendre de Xan. Il ne faisait aucun doute que ce serait un travail de longue haleine, et je ne voulais pas le débuter sans m'être quelque peu apaisé.
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