CHAPITRE CINQ
1202 heures, 15 décembre 2525 (Calendrier militaire). Station 648, complexe souterrain de Tulsa, système Fedarix.
- Go go go ! Déployez-vous!
Les Spartans sortirent du train avec la rapidité de félins, certains passant par les fenêtres qui se
brisèrent instantanément sous le poids de leurs armures. De leur côté, les marines et TCAO évacuaient leurs propres rames, se déversant comme une marée dans la station souterraine. Le réseau
creusé spécialement pour l’opération communiquait avec de grands bâtiments, pour la plupart des chaînes de construction et d’assemblage, permettant de faire sortir à la surface un grand nombre de
combattant en un temps record.
Seulement, les
spartans privilégiaient la discrétion à la manière forte, contrairement aux troupes de choc orbitales aéroportées. Ils passèrent donc devant pour vérifier le terrain : même si le croiseur
ennemi n’arrivait que dans trois minutes, il pouvait très bien avoir déverser des navette de largage bien plus rapides pour faire un débarquement préventif. Tout devait être anticipé, sans quoi
ils allaient droit au massacre.
Les rues
semblaient encore vierges d’occupation extraterrestre, et John ordonna la dispersion de la force d’attaque en plusieurs groupes compacts, remontant chacun une des rues parallèles remontant vers
la grande place de la ville, où le croiseur allait certainement atterrir. Au-dessus de leurs têtes, les soldats pouvaient déjà voir la silhouette agressive à l’apparence organique, qui descendait
lentement vers eux. Pour éviter d’être aperçus par d’éventuels capteurs, John ordonna d’utiliser au maximum les couverts pour un déplacement discret. Le vaisseau ennemi n’étant pas parfaitement
au-dessus d’eux, les hauts bâtiments de la ville pouvaient les cacher aisément tout en leur permettant d’avancer vers leur objectif. Mais au fur et à mesure de leur progression, John remarqua que
le croiseur ne se dirigeait pas vers la grande place de la ville, mais plutôt vers le centre avec ses buildings de verres, situés non loin.
- Mais où est-ce qu’il va ? s’écria-t-il.
- On dirait qu’il veut atterrir de force dans la zone des bureaux de l’administration, remarqua Kelly.
Les spartans
observèrent alors le croiseur depuis le couvert d’un magasin de vêtement abandonné. Il se trouvait désormais à plusieurs centaines de mètre au-dessus du sol, et se déplaçait avec lenteur à huit
cent mètre à peine de la position des spartans. Puis soudain, lorsqu’il se trouva à deux-cent mètres d’altitude, le vaisseau s’immobilisa, et un énorme rayon d’un violet transparent apparu sous
son ventre pour aller frapper le sol.
- Ils vitrifient la planète ? s’inquiéta Fred en réussissant à cacher sa frayeur.
- Non, le rassura John. Il n’y a pas eut d’explosion. Je ne sais pas ce que c’est, mais on ferait mieux de l’apprendre rapidement. On continue !
Le groupe se
remit en route, les marines et troupes de choc restant en arrière dans les rues parallèles, le tout formant un triangle offensif se dirigeant vers le croiseur ennemi. Toujours aucune navette non
identifiée dans les airs, et la cible ne bougeait plus, avec toujours ce rayon étrange activé. Cela avait pour effet de rendre anxieux les marines, d’énerver les troupes de choc, et de faire
douter les spartans.
Soudain, au
détour d’une rue, les choses s’accélérèrent. Tan, le meilleur éclaireur de l’équipe, avait été envoyé reconnaître le terrain. Il jeta un coup d’œil au coin de la rue, et leva immédiatement une
main fermée pour faire signe d’arrêter la progression.
- Contacts ennemis ! annonça-t-il dans la liaison com.
Tout le monde
s’accroupi contre le mur, attendant la suite des informations. John se demanda un instant combien de ces êtres à tête de vautour pouvait contenir ce genre de vaisseau pour effectuer un
débarquement… et il se demanda aussi comment ils étaient arrivés au sol avec le croiseur en altitude et aucune navette déployée.
- J’ai de nombreux ennemis en visuel, continua Tan. Mais ils ne sont pas pareils. Ils sont plus petits, avec des masques respiratoires et des réservoirs bizarres dans le
dos. Je vous envoie une photo.
L’ordinateur
intégré de l’armure de John réceptionna l’image qu’envoya Tan via sa caméra. La rue qu’il observait était couverte de petits être étranges en armure de combats de diverses couleurs allant du
jaune très répandu (probablement les soldats de base) au noir complet, en passant par du rouge pourpre. Ils avaient des allures de gros chiens bipèdes, à la peau écailleuse au reflet bleu. Leurs
yeux étaient petits et noirs, et leurs mains légèrement disproportionnées par rapport au reste du corps, tenant des pistolets à plasma identiques à ceux que John avait arrachés aux
extraterrestres du vaisseau covenant.
- Qu’est-ce qu’on fait, adjudant ? fit le lieutenant Hardvert qui commandait les marines et avait entendu la communication.
- On doit les contourner, répondit-il calmement, et
découvrir comment ils ont atteint la surface.
- Je crois que j’ai la réponse à cette question, lança Tan. Regarde ça !
L’adjudant reçu
une nouvelle capture d’image de la part de Tan. Elle montrait le rayon violet émit par le croiseur, avec au beau milieu, un flot continu de créatures semblables à celles qui inondaient la rue
adjacente, flottant dans les airs entre le croiseur et la surface.
- Un ascenseur gravitationnel ? supposa Kelly.
- On dirait bien.
John
reconsidéra la situation rapidement. Il leur restait moins de trois heures avant que le croiseur quitte la surface, dont trente minutes qu’ils devaient user à l’intérieur pendant que la flotte
serait en route. Vu la distance leur restant à parcourir, la discrétion était encore possible, et John n’avait pas particulièrement envie d’affronter l’énorme masse extraterrestre juste à côté.
Mais les rues n’étaient plus sûres, désormais, et la concentration ennemie augmenterait nettement en s’approchant du rayon. Il fallait donc choisir une autre voix.
- On va passer par les égouts, annonça John. Tout le monde dans les égouts !
L’ensemble des
troupes d’abordage se mis alors à la recherche de bouches d’accès, et commencèrent à s’engouffrer dans les sombres tunnels de la ville. Le système de traitement des eaux usées était assez
efficace, et les souterrains n’avaient pas l’état déplorable habituel de ce genre de lieux. Ils étaient suffisamment larges pour que trois hommes puissent marcher de front, ce qui ne ralentit pas
beaucoup la progression globale.
Alors qu’ils
progressaient dans la pénombre, aidés de leurs visions nocturnes, les spartans ressentirent une faible secousse. Puis une autre, et enfin une troisième.
- Des charges de démolition, expliqua Tan. On dirait qu’ils essayent d’entrer dans les bureaux de la manière forte.
- Mieux vaut qu’ils dispersent leurs forces dans la ville, lâcha John. Ca nous fera du boulot en moins pour plus tard. A quelle distance sommes-nous de notre
cible ?
- Trois cent mètres. T’as une idée sur notre point de sortie ?
- On va d’abord aller au plus près de leur ascenseur gravitationnel. Ne
serait-ce que pour collecter des renseignements. Ensuite, on sortira dans le parking souterrain de l’hôpital, juste à côté de notre cible. Je doute que les covenants s’intéressent aux sous-sols,
et on pourra s’y déployer rapidement.
- Bien reçut.
Le groupe
continua d’avancer en direction de l’ascenseur gravitationnel. Pendant ce temps, les marines et troupes de choc se dirigeaient déjà vers les sous-sols de l’hôpital en empruntant des tunnels
annexes. De nombreuses autres explosions retentirent le long du chemin, ce qui signifiait que les covenants étaient en train de se mettre véritablement au travail. John consulta sa montre, et vit
qu’il leur restait encore deux heures avant le départ du croiseur. Il espéra que les troupes terrestres de contre-attaque étaient bien protégées des investigations ennemies, et prêtes à les faire
souffrir.
Lorsqu’ils
arrivèrent au plus près de leur cible, John ordonna à tous de couper leurs liaisons com. Il n’était pas impossible que le vaisseau puisse capter leurs transmissions, même sur un canal sécurisé.
Tan monta à l’échelle vers la sortie, et souleva la plaque d’égout juste assez pour faire passer sa sonde en fibres optique. La rue où se trouvait l’ascenseur gravitationnel était plutôt un
boulevard, comprenant deux voies de circulations de chaque côté de la route. Il y avait une foule de ces petites créatures étranges, et quelques-unes de l’espèce qu’avaient rencontré John et
Kelly dans le vaisseau ennemi. Celles-ci semblaient diriger les autres, et les surveiller, ce qui démontrait une sorte de hiérarchie covenant. Autour de l’ascenseur, l’ennemi avait déployé ce qui
semblait être des tourelles : quatre énormes canons finissant en trois tubes parallèles étaient montés sur des trépieds intégrés, le tout faisant deux mètres cinquante de haut. Ces tourelles
étaient chacune maniée par une créature semblable à l’infanterie massive qui se déployait dans toute la ville, se distinguant de leurs semblables par leur armure verte. Il n’y avait aucun
véhicule ennemi en visuel, ce qui était plutôt une bonne chose, mais l’assaut direct semblait bien inévitable.
- Alors ? Fit John à Tan en relevant sa visière pour parler.
- On a une centaine d’ennemis autour de l’ascenseur, avec quatre tourelles de type inconnu. J’ai aussi repéré quelques bestioles avec des boucliers.
- Y a-t-il des structures de communication ?
- Aucune. Pas de relais d’antenne dans les parages.
- Alors soit ils ont des systèmes de communication réduits, soit ils n’en ont pas du tout. On ne va pas prendre de risque.
L’adjudant
ordonna alors silencieusement à James d’activer le brouilleur qu’il portait. Cela leur permettrait de détruire la force de défense de l’ascenseur sans que le vaisseau en sache quelque chose.
Ensuite, tout dépendrait du comité de réception en haut de l’ascenseur.
Les spartans
firent mouvement vers les sous-sols de l’hôpital, et y rejoignirent rapidement les marines qui les attendaient. Le lieutenant Hardvert était perplexe. Ne sachant rien de ces ennemis, il fallait
rester prudent. Même si l’assaut direct représentait leur seul chance d’atteindre le croiseur, cela restait une action risquée.
- Vous avez un plan pour passer ça, chef ? dit-il.
- Oh oui, j’en ai un. Et ces enfoirés vont le sentir passer.
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