Nom : Comeau-Montasse
Prénom : Thibault
âge: 22 ans
job: étudiant (BTS Contrôle Industriel et Régulation Automatismes)
localisation: Tronville, Meurthe-et-Moselle, Lorraine, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice
passions: musique, jeux vidéos, warhammer, et bien sûr, écriture
CHAPITRE DIX-HUIT : DERNIER CARRÉ
2247 heures, 18 septembre 2552 (calendrier militaire) / Seuil de la salle de contrôle de l’installation 03.
L’information fut confirmée par les éclaireurs laissés en arrières par les forces alliées sangheilis : l’ennemi approchait, et avec des effectifs suffisants pour occuper une grande ville. Deux croiseurs étaient en route pour assurer une suprématie aérienne avec leurs innombrables appareils embarquées, et le commandant Urda avait également envoyé une compagnie d’artillerie blindée d’Apparitions qui serait là d’ici moins d’une demi-heure. Cette dernière menace était d’ailleurs la plus dangereuse, car même s’il était possible de se réfugier dans les structures du Seuil pour se protéger des unités volantes et résister à l’infanterie, les spartans et leurs alliés n’avaient rien pour résister à un pilonnage d’une telle force.
- 49 ! lança Fred en se tournant vers le moniteur. Combien de temps te faut-il avant d’ouvrir le portail ?
- Environ quatre secondes et huit dixièmes, dépositaire.
- Très bien. Alors tu vas l’ouvrir immédiatement, et dès qu’on l’aura tous traversé, tu le refermeras.
- Je crains malheureusement que cela ne soit pas possible, répondit la machine. Les protocoles de sécurités stipulent qu’une fois ouvert, le portail ne peut pas être réinitialisé avant l’activation de l’installation.
- Alors est-ce qu’on peut le détruire ?
Aussitôt, le moniteur sursauta dans les airs comme s’il venait de recevoir une décharge de calibre cinquante à bout portant. La lumière bleu de sa sphère centrale vira au rouge, ce qui n’était pas bon signe.
- Comment pouvez-vous envisager d’endommager cette installation ? s’écria-t-il. Je ne permettrai jamais une telle chose !
- Calmez-vous, Anomaly, intervint Kelly en voyant l’IA s’énerver. On ne savait pas que cela vous ferai tant. Excusez-nous.
Le moniteur tourna rapidement son globe lumineux vers la spartan, puis vers Fred, avant de lâcher :
- Très bien. J’accepte vos excuse. Mais je trouve quand même étrange que des Dépositaires ignorent ainsi des protocoles aussi élémentaires.
- On n’a pas le temps pour ces trucs là, 49 ! fit Fred. Dans quelques minutes cet endroit va être la plus grande concentration de face de poulpe de l’anneau… sans vous offenser, Dalkos.
- Les habitudes insultantes sont toujours difficiles à oublier… démon.
Le spartan sourit derrière son casque.
- Seigneur, intervint soudain Lifumee. Je vous demande la permission de rester ici avec mes troupes pour empêcher l’ennemi de vous suivre à travers le portail.
- Votre demande est refusée, capitaine. Vous ne pourrez jamais affronter une telle armée tout seul, même retranché dans ce temple.
- Alors Blue Team restera ici également, fit Linda de sa voix neutre. Mon équipe est spécialisée dans la défense de zone.
- Yellow Team reste aussi, ajouta Joshua. Je préfère largement défendre une zone connue que d’attaquer un building sans aucune reconnaissance.
Dalkos observa les deux leaders spartans qui venaient de se porter ainsi volontaires. Il avait appris à mépriser les humains, à les considérer comme des être inférieurs dans tous les domaines, et surtout à n’avoir aucune pitié envers eux. Mais ces combattants, ces spartans, n’étaient pas des humains, ou tout du moins pas des humains normaux. En les appelant Démons, les forces de l’Alliance n’étaient peut-être pas très loin de la réalité, car ils n’avaient d’humain que l’aspect. Tout en eux dépassait de loin les limites de ce que la race humaine était capable de fournir, comme si leur corps avait été transformé à travers une possession démoniaque enfermée à l’intérieur de leurs armures.
En tant que membre de la sainte inquisition de l’Alliance, Dalkos avait eut accès à toutes les informations concernant les affrontements où étaient intervenus les spartans. Il savait de quoi ils étaient capables, même en nombre très réduit. S’il devait comparer leurs compétences à celles de ses frères sangheilis, le légat estimait qu’ils pouvaient égaler des soldats d’élite, car même s’ils étaient peut-être moins bien équipés, ils possédaient un talent tactique hors du commun qui pouvait facilement leur donner l’avantage. Je ne peux oublier le sang qu’ils ont sur les mains, se dit Dalkos, mais je dois admettre que je n’arriverai jamais à stopper le commandant sans leur aide.
- C’est d’accord, dit le sangheili en inclinant la tête. Essayez de retenir l’ennemi le plus longtemps possible.
Soudain, Dalkos eut un choc. Il venait de dire « ennemi » en parlant des troupes du commandant Urda, qui comportait des milliers de ses frères de race. Le légat de l’inquisition avait déjà mené des campagnes de purge contre de nombreuses hérésies depuis sa nomination, durant lesquelles il s’était retrouvé forcé de combattre d’autres sangheilis qui s’étaient détournés du Grand Voyage. Mais cette situation était différente : ces guerriers n’étaient pas des hérétiques. Ils ne faisaient que suivre les ordres de leur commandant. Urda est le seul hérétique ici. Je lui ferai payer chacune des morts injustes qui auront été causées par sa folie. Je le jure sur mon honneur de sangheili, car c’est tout ce qu’il me reste.
Sans dire un mot, Dalkos se détourna des spartans et alla rejoindre le capitaine Lifumee et ses guerriers d’élite. Pendant ce temps, les chefs d’équipes spartans en profitèrent pour se concerter une dernière fois en utilisant leur fréquence radio cryptée.
- Vous êtes sûr de vouloir rester là, les gars ? demanda Fred.
- Il faut quelqu’un pour couvrir vos arrières, expliqua froidement Linda. Personne ne peut prédire quel niveau de résistance vous affronterez dans la salle de contrôle, et il vaut mieux que vous ne soyez pas pris entre deux feux.
- Dans ce cas, soyez prudents. Et si cela devient trop chaud ici, repliez-vous à travers le portail, puis préparez un comité d’accueil de l’autre côté.
- Compris. Bonne chance.
Les spartans se regardèrent les uns les autres. Ils n’avaient pas besoin d’abaisser leurs visières polarisées pour deviner les sentiments de chacun, car ils se connaissaient trop bien pour ne pas remarquer les signes d’inquiétudes qu’ils présentaient tous. Ce combat était une opération suicide, même pour des spartans. Leurs chances de survie étaient infimes, compte tenu des forces qu’ils affrontaient et de l’incertitude sur ce qui les attendait de l’autre côté du portail. Aucune des missions qu’ils avaient accomplis n’avait été aussi risquée que celle-ci, mais ils ne pouvaient pas reculer. Leur devoir était de protéger l’Humanité au péril de leur vie. Mourir en sauvant les autres était leur destin à tous.
Car ils n’étaient pas humains. S’ils l’étaient, ils auraient eut une enfance, des parents, une famille, un passé. Mais ils n’avaient rien eu de tout ça. Même les six années d’insouciance qu’ils avaient vécu chacun de leur côté avant leur enrôlement forcé avaient été effacées de leur mémoire par l’endoctrinement et le lavage de cerveau. Au lieu d’une enfance heureuse, ils avaient eu neuf ans d’entraînement militaire, et la seule personne qu’ils pouvaient considéré comme une mère, c’était le Dr Halsey. A part cela, leur seule famille, c’était l’armée. Leur passé, c’était la guerre.
Etre spartan, cela signifiait n’avoir aucune existence, ne vivre que pour se battre, se battre pour gagner, et gagner pour les autres.
- Et bien les gars, fit Fred d’un ton solennel, je crois John ne sera pas le seul à avoir des histoires à raconter lorsqu’il reviendra sur Terre.
Les spartans éclatèrent tous de rire, sauf Linda qui se permit simplement un sourire en coin que personne ne remarqua derrière la visière de son casque. La tension était redescendu. Ils étaient prêts.
- 49 ! lança Fred au moniteur. Tu peux ouvrir le portail, maintenant.
- Avec plaisir, fredonna l’IA.
Un faisceau vert surgit alors du sol et frappa un point invisible au milieu de la salle, provoquant une explosion de lumière qui se limita à la forme d’une grande flamme verdâtre. Ce portail ressemblait à un brasier de plasma immobilisé dans l’air, pointant des flammes d’une netteté absolu aussi bien vers le haut de la salle que vers le bas.
- C’est parti… lâcha Fred.
- Je passe le premier, annonça Dalkos. Si le commandant se trouve juste derrière, je ne voudrai pas manquer l’occasion de lui trancher les mains.
Le grand sangheili se jeta dans le portail qui l’avala en un instant. Peu après, Fred et la Red Team suivirent de la même manière. Ce fut ensuite le tour de Kelly avec la Green Team et de la Raven Squad, que Fred comptait bien avoir à ses côtés pour l’affrontement ultime.
Il ne restait alors plus que Linda, Joshua, le capitaine Lifumee et tous les soldats qu’ils commandaient, spartans et sangheilis. Une fois leurs amis partis, les spartans commencèrent à se sentir un peu seuls. Mais ils savaient que la tâche qu’on leur avait confiée était loin d’être ingrate, au contraire, car s’ils échouaient, le groupe qui venait de partir se retrouverait dans une situation extrêmement dangereuse. L’armée ennemie devait être stoppée net, quel qu’en soit le prix.
Et ils la stopperaient.
La première chose que Dalkos vit en ressortant du portail fut une énorme porte en métal froid, à l’aspect et aux ornements géométriques typiquement forerunners. Elle devait bien faire dix mètres de haut et six mètres de large, ce qui permettait d’estimer son épaisseur entre trente et cinquante centimètres. Il s’agissait sans doute de la porte menant au cœur de la salle de contrôle.
Le sangheili se trouvait au milieu d’une vaste salle cylindrique aux dimensions titanesques puissamment éclairée, au décors extrêmement vide qui donnait un aspect imposant, presque écrasant. Au moins, il n’y avait aucun ennemi ici.
Quelques instants plus tard, les spartans surgirent un à un du portail et se dispersèrent à travers la salle afin de sécuriser la zone et surveiller la porte. 049 Shameful Anomaly ferma la marche, mais le portail ne se referma pas pour autant. Fred s’approcha de Dalkos alors qu’il observait la pièce et lâcha :
- Je m’imaginais déjà débarquer juste devant ton commandant, mais apparemment on dirait qu’il va falloir marcher un peu pour ça.
- C’est mieux ainsi, avoua le sangheili. De cette manière, nous conservons l’effet de surprise. Les troupes laissées sur le Seuil laisseront croire que nous sommes toujours tous là-bas pendant que nous avancerons discrètement dans la Salle de Contrôle.
- Je croyais que les sangheilis n’aimaient pas de cacher de leurs ennemis ?
Dalkos perçu le côté provocation de la question, mais y répondit avec le plus grand sérieux :
- Parfois nous savons faire preuve de discrétion, lorsque la situation l’impose.
Les deux héros furent soudain interrompus par un bruit de mécanique qui résonna à travers toute la salle. Lentement, la porte se mit à coulisser sur le côté.
- Qui a ouvert la porte ? questionna Fred furieux. C’est toi, 49 ?
Mais le spartan n’eut pas besoin d’attendre la réponse de l’IA, car une silhouette apparut alors que les énormes battants se déplaçaient. Une silhouette de sangheili.
- Et bien Dalkos ? fit la silhouette. Votre honneur aurait-il été à ce point souillé que vous ayez choisi de vous allier à ces démons ?
Le légat de l’inquisition reconnu la voix de Erko ‘Siunlee, le commandant en second de la flotte Faithfull Judgment. S’il y avait bien un frère qu’il aurait souhaité ne pas avoir à affronter, c’était lui. Sa réputation le précédait dans toute l’armada de l’Alliance. Il était le bras droit du commandant, son meilleur combattant et son allié le plus fidèle. Jamais il ne se détournerait de la cause de son maître, et jamais il n’abandonnerait un combat tant qu’il serait capable de se battre.
Plusieurs dizaines de sangheilis apparurent aussitôt autour de Erko, pointant leurs armes à plasma sur Dalkos et ses alliés spartans qui n’avaient aucun endroit où se mettre à l’abris. Ils n’y avait là aucun membre de la garde rapprochée du commandant, ce qui était d’une certaine manière rassurant pour le combat à venir, mais qui signifiait également que Urda était encore loin d’ici. Dalkos ragea intérieurement de s’être fait piégé de la sorte.
- Le commandant connaissait depuis longtemps l’existence du Seuil, expliqua Erko. Il l’a découvert dès l’investigation de la Salle de Contrôle. Mais il savait qu’il était beaucoup plus facile de vous détruire après avoir divisé vos forces. Votre stupide attaque s’arrête ici, et les quelques combattants que vous avez laissé derrière vous ne tarderont pas à être exterminés par notre armée, ou à traverser le portail pour venir mourir à vos côtés. Rien n’empêchera le commandant de nous débarrasser de tous les gêneurs qui souillent cette galaxie.
Sur ces mots, Erko leva lentement son bras, qui tenait la poignée d’une épée à plasma encore non activée.
Lorsque la lame d’énergie apparut dans un flash aveuglant, les forces du commandant en second ouvrirent le feu.
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