Profil de Jack-115

Hughel 2


Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 25 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Montélimar, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture 

 


M'ECRIRE


ARCHIVE DES NEWS

 

Pour être prévenu au plus vite de la publication de nouveaux articles, inscrivez-vous à la newsletter du blog dans le cadre ci-dessous.

Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /Mai /2007 12:48
12. Lumière dans les abysses de l’humanité :
          Du bruit dehors. Des cris, des appels. Je n’arrive pas à distinguer les mots, mais je les entends, au-dessus de nos têtes. Constance est endormie… ou évanouie. Sa plaie a arrêté de saigner, mais le choc a été peut-être trop violent pour elle. Cela me semble faire une éternité que nous sommes coincés ici, les gravas de la gare nous ayant complètement enseveli, et l’air commençant à devenir vide. Il fait sombre ici. Trop sombre. J’entends à nouveau les bruits de pas sur les gravas et les paroles lancées à qui peut les écouter. Mu par le désir fou de vivre, je frappe contre le haut du wagon et hurle de toutes mes forces.
          Rapidement, les bruits se font de plus en plus proches, de plus en plus fort. On déblaye les débris là-haut. Les voix commencent à devenir perceptibles :
                   - Aidez-nous ! On en a un ici ! Dépêchez-vous !
          La lumière du jour vient subitement me frapper jusqu’à m’éblouire tandis qu’un pompier enlève la dernière grosse pierre au-dessus de la vitre latérale du wagon qui en est devenu le plafond. Seulement, mes yeux se sont trop habitués à l’obscurité, et même le temps gris de la capitale suffit à m’aveugler un court instant. Le secouriste me demande alors :
                   - Ca va monsieur ?
                   - Oui, je vais bien. Mais j’ai ici une amie qui est blessée à la jambe. Elle a reçut un éclat de métal à la cuisse et a besoin de soins.
                   - D’accord, j’appelle les secours. Hé ! On a un blessé ici ! Amenez les brancardiers !
                   -    Y a-t-il d’autres survivants ? lui fais-je.
                   -    Quelques personnes se trouvant à proximité de la sortie ont put fuir à temps. Mais en ce qui concerne celles qui étaient à l’intérieur, vous êtes les premiers que l’on retrouve.
          A ce moment, deux hommes arrivent et pénètrent dans le wagon. Ils observent un instant la blessure de Constance afin de voir comment la sortir au mieux, puis se mettent à la porter doucement jusqu’à l’extérieur. Une fois qu’elle est tirée d’affaire, je sors à mon tour… et ne peux que considérer les dégâts.
          Le grand bâtiment ne mesure plus que quelques mètres de hauts, et n’est plus que cendres et pierres morcelées. Des feux persistent encore non loin d’ici, et le ciel est assombri par leur fumée noire qui cache le soleil. De nombreux pompiers, ambulanciers, policiers, et même des soldats sont là pour fouiller les décombres de l’ancienne gare, devenu un tas de pierres en flamme. A quelques centaines de mètre du désastre, des milliers de personnes sont retenues derrière des barrières de sécurité bien gardées. La plupart semblent être des proches des voyageurs puisqu’en larme, suppliant les forces de l’ordre de les laisser passer. Le désespoir est partout.
          Je me mets à suivre les secouristes, qui ont placé Constance sur un brancard, jusqu’à une ambulance. Je prends place à ses côtés qui reste plongée dans un état d’inconscience. Inquiet, je demande :
                     - Est-ce qu’elle va bien ?
                     - Oui, me soulage un médecin. Elle est juste évanouie. Ses signes vitaux sont normaux, soyez rassuré.
           Le trajet jusqu’à l’hôpital fut mouvementé, nos corps balancés à droite et à gauche par les virages sec et à une allure d’enfer de la part du véhicule. Une fois arrivés, on place Constance dans une chambre et j’insiste pour rester avec elle. Les secouristes me donnent juste une couverture pour me réchauffer, la plupart de mes habits ayant été lacérés par les flammes et les pierres. Dans un miroir accroché à côté du lit de Constance, j’observe mon visage couvert de noirceur et de blessures. J’ai peine à croire que je suis en vie. Est-ce un miracle ? Ou bien suis-je mort et tout ceci n’est qu’une illusion ? Jusqu’à quel point peut-on faire confiance à ses propres sens ? Sur les milliers de personnes présentes dans la gare au moment de l’explosion, nous serions apparemment les seuls survivants. Est-ce injuste ? Devrions-nous aussi être morts pour faire croire aux proches des victimes que leurs disparus n’avaient aucune chance de s’en sortir ? Non. Nous sommes des survivants, et peut-importe que cela soit dut à de la chance, de la volonté, ou quoi que ce soit. L’important est que nous sachions que le fait d’avoir réchappé de ceci est exceptionnel, et que les gens exceptionnels sont appréciés de manières très différentes par les gens normaux, ceux qui sont tous des êtres exceptionnels potentiels mais ne le voient pas.
             Et de toute façon, qu’est-ce que cela veut dire « être exceptionnel » ? Est-ce avoir accompli quelque chose d’incroyable ? Peut-être, mais incroyable pour qui ? Uniquement pour les autres, qui se refuse à croire, même en voyant les faits, que ce que vous avez accomplit soit possible. Car celui qui accomplit quelque chose qu’il croyait impossible ne le considère plus comme telle une fois cette chose accomplie. Ce sont les autres qui nous rendent exceptionnels, en propageant une illusion de l’impossibilité exceptionnellement réalisée. Comment les autres verront-ils notre survie ? Comme un acte impossible ou une évidence statistique ? Je n’aimerai subire ni l’un ni l’autre, mais il le faudra pourtant bien.
             Il ne me reste plus qu’à attendre que Constance se réveille.
             Elle reprend connaissance deux heures après qu’on l’ai amenée ici. Deux heures durant lesquelles je n’ai pas fait autre chose que la regarder, si belle dans le sommeil profond où elle se trouvait. Elle lève des paupières lourdes de fatigue, et ne fait aucun autre mouvement. Puis, elle m’aperçoit immobile sur ma chaise, à sa droite. Avec une indifférence derrière laquelle je soupçonne tout de même beaucoup de choses, elle lâche :
                    - Nous sommes en vie.
                    -  Oui Constance, nous sommes en vie.
                    - Grâce à toi.
                    - Non Constance. C’est grâce à toi que nous sommes là.
                    - Mais je n’ai rien fait. C’est toi qui nous a protégé.
                    - Si tu n’avais pas été là, je n’aurais pas eut le courage de le faire.
            Cet aveux me paraît soudain être pour Constance comme une chose à laquelle elle s’attendait depuis longtemps, mais pas à ce moment là, et qui lui procure une joie impossible à cacher. Avec son si joli sourire, elle me dit lentement :
                     - Je le savais. 
                     - Qu’est-ce que tu savais ?
                     - Que tu m’aimais.
             Elle m’a finalement percé à jour, même si j’avoue y être pour quelque chose. De toute façon il fallait bien que cela soit fait un jour ou l’autre. Il y a des choses que l’on ne peut pas se permettre de cacher éternellement, et l’amour en fait parti. Pourtant je n’arrive pas à voir d’enthousiasme dans le regard de Constance, juste de l’amusement. Il faut que je sache :
                      -   Mais toi, est-ce que tu m’aimes ?
              Sans chercher à répondre, et sans aucun signe de fatigue, elle se lève brusquement et m’embrasse. Jamais je n’aurais cru pouvoir vivre un tel instant de bonheur, surtout après un le désastre que nous venons de vivre. Deux survivants s’embrassant tendrement après avoir frôlé la mort, comme si c’était la récompense de leur survie. Je pense que le monde entier pourrait s’effondrer désormais que nous ne nous arrêterions pas. Nous sommes désormais unis, attachés par ces liens invisibles que les gens ne prennent jamais la peine de voir ou de considérer avec sérieux. Nos liens sont sérieux, et je mettrai tout en œuvre pour que cela reste ainsi jusqu’à ma mort. Délicatement, nous arrêtons cet instant magique, et Constance me fait alors :
                       - Peux-tu répéter la question ? Je dois t’avouer que je n’ai pas très bien entendu.
_
SOMMAIRE
_

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Prochaines sorties

Fanstories.net cesse son activité d'origine et va prochainement devenir le lieu de nouveaux textes plus philosophiques destinés à tous. Lancement prévu d'ici début mai.

 

 

rei.jpgEt Rei sera toujours là ^^

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés