Samedi 12 mai 2007
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1537 unités de temps du 52ème jour de la quatrième ère de la Reconquête, Marche du Silence/ croiseur de combat
Angry Justice, en orbite autour de Yvalos V, système Irulan.
Irul regardait la salle médicale à travers la vitre blindée depuis maintenant plus d’une
heure. Elda était allongée sur une table d’opération autour de laquelle s’afféraient des ingénieurs Huragoks. Bien que leur rôle principal soit d’entretenir et de réparer le matériel de
l’Alliance, les ingénieurs étaient également des médecins experts, même si leur obsession de la mécanique les obligeait à considérer les êtres vivants qu’on leur confiait comme des machines.
Pour eux, un corps n’était qu’un ensemble de mécanismes associant des principes physiques, chimiques et électriques, rien de plus.
Elda avait reçu de nombreux tirs d’armes humaines, dont la plupart des projectiles
avaient été stoppés par son armure. Mais quatre balles avaient fini par percer sa protection, et elle avait fini par s’évanouir. Heureusement, aucun organe vital n’était touchés, et les
hémorragies avaient été suffisamment faibles pour qu’elle survive le temps de l’évacuation. Le capitaine Arko avait aussitôt exigé une navette de transport, sans toutefois préciser pour quel
type de blessé elle était destinée, et il avait ordonné à Irul de partir avec elle. Le reste de l’escouade Delta était resté à la surface de Yvalos V pour éliminer les derniers survivants de la
base humaine, tâche qu’ils avaient certainement dû remplir sans trop de difficulté après l’énorme carnage.
Mais alors qu’il se tenait là, face à la douleur que devait ressentir la
sangheile, Irul sentit un profond sentiment de honte. Je n’ai pas réussi à la protéger. J’ai échoué dans la mission qui m’a été confié dès la première mission, et à cause de moi, Elda a
faillit mourir…
Pourtant je ne comprends pas comment elle a put subir autant de
dégâts. Si un ennemi avait commencé à lui tirer dessus depuis l’extérieur, elle se serait écarté de la fenêtre pour attendre une opportunité de répliquer. Et pas un seul humain n’a put attendre
la pièce dans laquelle elle se trouvait par le couloir. Je sais qu’elle est très compétente, même plus que la plupart des guerriers de mon escouade. Elle ne se serait pas laissé tirer dessus à
moins que…
Soudain, un grand doute s’empara du sangheili, et des certitude qui
lui semblait jusque là inébranlables s’effondrèrent par une seule pensée. C’est un membre de l’escouade qui lui a tiré dessus…
Qui ? Qui a osé faire une telle chose ? Pas Orlius, en tout
cas. Il était dans la pièce avec elle, bien sûr, mais il n’a pas récupérer d’armes humaines pendant la bataille. Cette fois-ci, il avait prévu suffisamment de munitions. Alors
qui ?
Les visages de chaque membre de l’escouade Delta passèrent devant les
yeux d’Irul, et à chaque fois la même conviction lui disait que c’était impossible, qu’aucun d’entre eux n’avait put commettre un tel acte. Seulement le fait était là : Elda avait reçu un
tir nourris de fusil d’assaut humain, et elle avait été dans l’incapacité de répliquer, ni même d’identifier le tireur. Pour l’instant, à part Orlius et le capitaine, tous sont suspects.
Cela fait cinq coupables éventuels, et aucun d’entre eux ne me semble plus possible qu’un autre. Et même si Orlius est hors de cause, je ne peux quand même pas lui faire confiance. Le seul sur
qui je peux compter, c’est le capitaine.
C’est alors que l’un des ingénieurs Huragoks sortit de la salle médicale pour se diriger
vers Irul. Celui-ci tenta de dissimuler son inquiétude derrière un masque de neutralité très fragile, et demanda :
- Alors ? Comment va-t-elle ?
- Le sujet se porte bien, répondit le petit être flottant.
Son système d’irrigation à perdu une grande quantité de fluide, mais trop peu pour mettre en danger les mécanismes principaux. Dans l’ensemble, tout fonctionne normalement et le sujet pourra
être remis en service d’ici quelques heures de repos.
- Peut-on lui parler ?
- Affirmatif. Le sujet est actuellement activé et ses facultés
d’analyses sont intactes. Les communications sont donc tout à fait possibles.
Irul essaya de ne pas s’emporter contre l’ingénieur en l’entendant parler ainsi d’un être
vivant, et se contenta de le congédier d’un signe de la main. Puis il pénétra dans la salle médical et demanda aux autre Huragoks de partir. L’une après l’autre, il désactiva les caméra de
surveillance avant de s’approcher d’Elda. Une expression bizarre marquait le visage de la sangheile.
- Alors ? fit-elle avec un ton ironique. Comment
vas-tu ?
- Je suis désolé.
Le ton d’Irul était sincère, mais toujours ampli d’un profond sentiment de honte,
voir même de haine envers lui-même. Si tu savais à quel point je suis désolé.
- Les Huragoks disent que tu vas très bien. Tu seras sur pieds
d’ici la fin de la journée.
- Est-ce que tu sais qui m’a tiré dessus ?
- C’est… un membre de
l’escouade.
Le regard d’Elda devint soudain lointain, presque vide, avant qu’un immense désespoir s’y
logea pour en faire ressortir une larme. Les sangheilis, au delà d’un certains âge, ne pleuraient jamais. C’était une marque de faiblesse que beaucoup considéraient comme impardonnables.
Pourtant Irul comprenait qu’Elda soit aussi affecté par un tel évènement, et oublia les préceptes.
- Je ne sais pas encore qui c’est, lui dit-il, mais je le
trouverai. Je te le jure
- Même si tu le découvre, cela ne changera rien. Il y aura
toujours quelqu’un pour tenter de me tuer. Je suis destinée à mourir de la main de mes frères.
Irul avait du mal à comprendre ce qui lui arrivait. Il avait été formé et
endoctriné pour exprimer le moins de sentiments possible, de façon à être un combattant sans pitié et sans peur. Mais face à la terrible situation que vivait celle qui se trouvait devant lui,
une émotion bizarre s’infiltra en lui. Une émotion qui semblait se transmettre par le regard perdu d’Elda qui était plongé dans le désespoir : la tristesse. Je la plain. Devoir porter
sur soit une si lourde tâche alors que l’on possède tant d’ennemis des deux côté de la ligne de front est un acte héroïque, mais elle sait que dans la mission dont le commandant suprême l’a
chargée, elle ne reviendra jamais vivante.
Mais je suis là.
- Je ne laisserai plus jamais personne te tirer dessus, Elda, lui
dit-il en versant une larme.
Soudain, le haut-parleur de la salle d’opération laissa entendre la voix autoritaire du
capitaine Arko :
- Soldat Irul Sulamee! Venez immédiatement dans ma
cellule !
Le sangheili adressa un regard qui disait « courage » à Elda, puis quitta la
salle après avoir remis en route les caméras de surveillance. Il verrouilla la porte en entrant le code de sécurité que le capitaine lui avait donné pour ce genre de cas, et se dirigea ensuite
vers la section de l’escouade Delta.
Arko était assis sur son champ de repos gravitationnel, un système sophistiqué réservé
uniquement aux sangheilis de haut grade. Cela permettait de maintenir le soldat dans un état d’apesanteur idéal pour le repos et la méditation. Seulement, le guerrier d’élite n’avait pas l’air
d’avoir médité pour calmer ses nerfs. Une énorme colère se lisait dans ses yeux alors qu’il foudroya Irul du regard.
- Je me demande ce qui me retiens de vous tuer sur le champs,
soldat !
Irul ne savait pas quoi répondre. Il savait bien qu’il n’avait aucun excuse pour avoir
échoué ainsi à sa mission.
- J’ai été informé de l’état d’Elda. Vous avez de la chance
que cela soit moins grave que ce que je pensais.
- Capitaine. Je suis convaincu que c’est un membre de
l’escouade qui a fait cela.
- Mais moi aussi ! s’emporta l’officier en se levant pour
s’approcher du soldat. Seulement vous êtes responsable de sa sécurité, Irul ! Cela implique que vous soyez en permanence auprès d’elle, afin de surveiller l’ennemi mais plus encore vos
propres compagnons ! Cet échec est intolérable !
- Dites ce que je dois faire pour être pardonné et je le
ferai.
Arko n’était maintenant plus qu’à quelques centimètres du visage d’Irul. Il regarda celui-ci
droit dans les yeux, comme pour essayer d’y lire les pensées de son subordonné d’un simple mouvement de pupille. Ses mandibules claquèrent plusieurs fois dans une expression de considération
bien inquiétante. Puis il lui tourna le dos pour annoncer d’un ton froid :
- Trouvez-moi celui qui a fait ça, et
tuez-le.