CHAPITRE TRENTE-DEUX
1348 heures, 16 octobre 2542 (calendrier militaire) / quartier général des spartans, planète Reach, système Epsilon
Eridani.
Le Dr Halsey regarda une nouvelle fois les résultats des nombreux scans et tests effectués sur Rei-114 d’un œil dubitatif. A côté
d’elle, Jack essayait de comprendre le sens des nombreux graphiques et données éparpillés sur les diverses tablettes graphiques dispersées sur le bureau de la scientifique. Bien qu’il en
comprenne certains termes parmi les plus techniques grâce à son enseignement de spartan, le sens global de ces résultats lui échappait, ce qui était loin d’apaiser son inquiétude.
Lorsque le Dr Halsey se retourna finalement vers lui, il se figea brusquement. Elle avait le même regard que le médecin qui avait
examiné Rei sur Alkador, ce qui confirmait les craintes qu’il avait involontairement nourris durant tout le voyage jusqu’à Reach.
- Je suis désolée Jack, commença-t-elle, mais…
- Docteur, ne me dite surtout pas qu’elle va mourir.
- Je sais ce que représente Rei pour vous, mais il faut vous faire une raison. Elle ne reviendra
pas parmi nous. Ou du moins, pas avant longtemps.
- Que voulez-vous dire ?
Halsey prit une profonde inspiration, comme pour essayer de rassembler sa confiance. Mais Jack savait qu’il en fallait bien plus pour
décourager la créatrice des spartans. Ils étaient comme ses enfants, et elles en connaissait la plupart mieux que eux-même. Mais en face de Jack et Rei, elle avait toujours ressenti une gêne
assez étrange, comme si elle se forçait à accepter l’anomalie qu’ils représentaient au sein du programme.
Une fois qu’elle eut trouvé ses mots pour éviter de brusquer Jack, elle s’expliqua :
- Les dommages qu’elle a subit, que ce soit au niveau des poumons ou ailleurs, ne peuvent pas être
soignés. Ils ont été causés avec une arme à plasma, et nous sommes encore trop ignorants dans ce genre de technologie et les dommages qu’elle peut causer, pour pouvoir soigner des blessures de
cette importance.
« Mais je pense qu’avec le temps, notre connaissance des armes covenantes l’améliorera, et
qu’ainsi nous ferons des progrès en matière de médecine. Ce n’est que comme ça que nous pourrons trouver un moyen de soigner Rei. D’ici là, elle devra rester en cryo-tube afin de préserver le peu
de vie qu’il lui reste.
Jack sentit soudain sa tête tournée, et il s’empressa de saisir une chaise pour s’y asseoir. Des milliers de pensées, de souvenirs et
d’hypothèses naissaient et mourraient instantanément dans son esprit, et il se sentit sur le point d’exploser. S’il avait été seul, la pièce aurait certainement été ravagée en un instant par sa
colère, mais il se refusa à s’emporter devant le Dr Halsey. Il se contenta d’acquiescer faiblement d’un signe de tête, puis de se diriger vers la porte de sortie.
- Au fait, l’arrêta Halsey alors qu’il franchissait le
seuil de la pièce. Vous êtes convoqué à 1400 heures au camp Hathcock. Le Conseil Spécial du SRN veut vous voir.
- Ils veulent sans doute savoir pourquoi je
n’ai pas ramené le prophète à la place de Rei…
- Promettez-moi de ne rien faire de
stupide, Jack.
- Plus aucune promesse ne peut empêcher ce qui
m’arrive, docteur.
Comme à leur habitude, les huiles du SRN restaient dans le noir alors que Jack était éclairé par
de puissants projecteurs. Malgré les consignes de sécurités usuelles, le spartan avait revêtu son armure. On avait réussi à obtenir de lui qu’il retire au moins son casque, de façon à ce qu’il ne
puisse pas identifier les membres du SRN présents grâce à ses instruments de vision. Il n’avait même pas prit le temps de la nettoyer, et les nombreuses éraflures et salissures héritées de sa
dernière mission étaient encore présentes. Mais c’était exactement ce qu’il voulait montrer.
Des chuchotements s’échangeaient entre les différents membres du conseil alors qu’il
attendait qu’on s’adresse à lui. Il discerna trois voix d’hommes et une voix de femme, et comprit à l’intonation de leurs voix qu’ils semblaient assez inquiets. Des dizaines de MP et de TCAO
étaient présents dans la salle, de façon à maîtriser le spartan s’il venait à devenir incontrôlable.
Soudain, l’un des hommes réclama le silence et s’adressa directement à Jack :
- Spartan 115 ! Nous avons lu votre rapport concernant
votre dernière mission. Laissez-moi vous avouer qu’il nous est extrêmement difficile d’accorder le moindre crédit à ce que vous y racontez.
- Monsieur ! fit Jack. Ce rapport ne
comporte aucune invention ni mensonge, et je n’y ait absolument rien omis. Tous les faits qui y sont écrits sont authentiques, même s’ils ne peuvent être vérifiés désormais.
- Vous voulez donc dire que les covenants
ont émis une fausse communication à propos d’un prophète dont la navette se serait crashée derrière nos lignes, de façon à ce que vous essayez de le capturer.
-
C’est exacte, monsieur.
- Et qu’en fait, c’était un complot établi au
sein même des covenants pour tuer un élite spécial qui se trouvait dans cette navette. Ce même élite que vous prétendez avoir gravement blessé.
- Affirmatif !
Les différents membres du conseil échangèrent plusieurs paroles à voix basse avant que la femme
annonce à Jack :
- Spartan-115 ! Vous allez être mis à pied
pour une durée de deux semaine. Durant cette période, vous subirez une série de test psychologiques et une rééducation partielle si nécessaire. Ce sera tout.
- Vous n’avez pas l’intention de
parler de la spartan 114 ?
- Nous déplorons son état, dit sans vraiment le
penser l’un des hommes, mais ce n’est pas le problème le plus grave que nous ayons. Vous avez faillit à votre mission dans la récupération d’un haut dirigeant des covenants, et avez fuit pour
ramener votre partenaire. C’est un comportement inacceptable pour un spartan.
- Alors pour vous, les spartans n’existent que pour
mourir en accomplissant leur mission, même si celle-ci n’existe pas ?
- Je n’aime pas le ton que vous employez,
soldat.
- Et moi je n’aime pas celui que vous employez en
parlant de Rei ! hurla Jack en faisant éclater sa rage. Vous en parlez comme si ce n’était qu’un détail, mais ce n’en est pas un ! Les spartans se dévouent corps et âme pour combattre
les covenants et c’est comme ça que vous les remerciez ?! Faut-il que nous disparaissions tous ainsi pour que vous reconnaissiez notre véritable valeur ?! Chaque fois que l’un d’entre
nous meure, c’est dix planètes de plus de votre CSNU qui sont vitrifiées sans que l’on puisse rien y faire ! Depuis des années nous vous servons sans discuter, sans nous plaindre, vivant
seulement des combats, de la guerre et du sang, avec seulement la mort pour nous accueillir au bout du chemin ! Croyez-vous que l’on nous ai laissé le moindre choix ?! Non, mais nous
avons acceptons cet état de fait, croyant qu’on nous remercierait pour notre dévotion !
« J’ai tenté de croire que le CSNU se souciait de ses
spartans, mais je me rend compte que c’est loin d’être le cas. Si être spartan veut dire se battre sans cesse pour la gloire de ceux qui se moquent de votre mort, alors je ne veux plus en être
un.
Jack se sentit soudain un peu mieux. Cette explosion de sentiments l’avais libéré
d’un certain poids. Mais ses problèmes étaient loin d’être résolus, car de nombreux TCAO et MP commençaient déjà à l’entourer, attendant un ordre de la part du conseil.
- Spartan 115, fit la femme, votre comportement est
intolérable. Croyez-vous que nous pouvons laisser un spartan quitter le CSNU comme cela ? Je vous ordonne de reprendre vos esprits et de réintégrer votre unité sans discuter.
- Je suis désolé madame, mais je n’ai plus
d’ordre à recevoir de vous ou de qui que ce soit.
- Comme vous voulez. Qu’on se saisisse de
lui !
Les soldats autour de Jack sortirent alors des matraques étourdissantes et commencèrent à
s’approcher de lui avec une extrême précaution. Mais le spartan n’avait pas l’intention de se laisser faire. D’un pas décidé, il se tourna vers la sortie et tenta d’intimider les TCAO par sa
taille de géant. Mais aucun d’entre eux ne s’écarta. Jack comprit alors qu’il ne pourrait pas sortir sans utiliser la force, et saisit alors l’un des TCAO pour le projeter trois de ses
coéquipiers. Une terrible mêlée s’engagea alors, Jack tenant tête à une dizaine de soldats sans même exprimer la moindre émotion sur son visage. Ses poings fracassèrent plusieurs côtes et
d’autres os plus fragiles, et le sol fut rapidement recouvert de troupes de chocs gémissants de douleur.
Lorsque Jack quitta finalement la salle, la femme du conseil se tourna vers l’un de
ses collègues :
- Colonel, vous auriez mieux fait de vous taire ! Cette
remarque risque de nous faire perdre un spartan !
- Je suis désolé, madame, cela m’a échappé. Que devons-nous
faire concernant ce soldat ?
- Je serais d’avis de le laisser essayer
de reprendre ses esprits par lui-même. Il devrait rapidement se rendre compte à quel point il est dépendant du CSNU. Cet incident ne doit pas sortir de cette pièce.
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