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Jeudi 18 octobre 2007
CHAPITRE HUIT
0027 heures, 14 octobre 2542 (calendrier militaire) / colonie humaine Alkador, système Telarius.

       Plus aucune odeur n’était perçu dans l’air saturé d’éther de la salle d’opération. Plus aucun mot ne se faisait entendre alors que les médecins examinait leur patiente inhabituelle. Et plus aucune expression ne pouvait se voir désormais sur le visage de Jack. Les yeux rivés sur ceux, fermés, de sa partenaire, il revoyait en boucle tout ce qu’ils avaient vécu ensemble depuis le début. Les spartans avaient pour coutume de dire qu’ils n’avaient jamais eut de vie avant leur entrée dans le programme Spartan-II, et pour Jack et Rei, cela signifiait encore bien plus.

       Jack se demanda depuis combien de temps il n’avaient pas été séparé, avant de se rendre compte qu’il n’arrivait pas à s’en souvenir. D’aussi loin qu’il se souvienne, ils avaient toujours tout fait ensemble, quelle que soit la situation ou le danger qui se trouvait devant eux. Ils étaient les deux corps d’un même esprit, d’une même âme.

        Et là, assis sur une chaise posée à sa demande dans un coin de la salle d’opération Jack observait, priant quiconque pouvait entendre ses pensées de sauver Rei à tout prix. Il se repassa dans sa tête le combat contre les deux élites dans la navette, et des dizaines de scénarios différents s’interposèrent à chacune de ses actions, à chaque moment où il aurait pu, peut-être, la sauver.

        Soudain, un médecin se dirigea vers lui, la mine inquiète, et Jack se leva immédiatement :

            - Alors ? fit-il. Est-ce qu’elle va s’en tirer ?

            - Je… suis désolé, spartan. Nous avons tout essayé, mais les blessures sont beaucoup trop graves.

            - N’y a-t-il vraiment aucun moyen ?

      Le médecin fut grandement perturbé par le profond désespoir qui se voyait dans les yeux du spartan. Ces guerriers légendaires étaient connus pour ne connaître aucune faiblesse, et voilà qu’il avait devant lui un spartan mourrant et un autre sur le point de s’effondrer. Il réfléchit longuement, passant en revue le matériel dont il disposait dans ce complexe. Mais il semblait bien qu’aucune solution n’existait pour sauver la spartan, d’autant qu’elle possédait un métabolisme différent de celui d’un humain normal, et qui sortait de son domaine de compétences.

              - La seule possibilité que je vois est que nous la mettions en cryogénie et la transportions sur Reach. Là-bas, vos médecins spécialisés pourront peut-être faire quelque chose. C’est tout ce que je peux faire.

              - Combien de temps peut-on encore attendre avant cela ?

              - Je dirais entre deux et trois heures.

              - Alors dans ce cas, j’aimerai rester quelques minutes avec elle, seul. L’effet des anesthésiants vont bientôt se dissiper ?

              - D’ici une demi-douzaine de minutes.

              - Bien. Maintenant sortez. Je vais attendre qu’elle se réveille.
 

       Rei rouvrit lentement les yeux au bout de cinq minutes. Une grande faiblesse se voyait dans son regard, alors que son corps se mettaient progressivement à trembler alors que l’effet des tranquillisants disparaissait. Jack avait patiemment attendu en la contemplant comme si c’était la dernière fois. C’est peut-être le cas…

             - Jack… dit-elle faiblement. Tu vas bien ?

             - Comment veux-tu que j’ailles alors que tu es dans cet état ?

      La spartan ressentit alors la stupidité de sa question. Jack et elle s’étaient toujours inquiété de l’état de l’autre, quelle que soit la situation. Rei porta son regard sur son armure qui lui avait été retirée et placée sur une table derrière Jack, et y vit l’énorme trou dans le plastron causé par l’épée plasma de l’élite. Brusquement, elle prit conscience de sa blessure et la douleur réapparut aussitôt. Jack lui offrit immédiatement sa main qu’elle serra du plus fort qu’elle put.

             - Rei ! Tu veux de la morphine ?

             - Urg ! … non. Non, laisse-moi endurer ça sans drogues.

       Il était vrai que les spartans répugnaient à utiliser des tranquillisants, car cela affaiblissait l’esprit, et le fait d’éloigner la douleur pouvait rendre les combattants plus enclins à subir des blessures. Mais Jack savait que sans cela, Rei ne tiendrait pas longtemps, et il faudrait la cryogéniser très vite. D’un long regard inquiet, il lui fit accepter de prendre une légère dose de morphine qui la calma un peu, mais sa pression sur la main de Jack ne faiblit pas. Lorsqu’elle se sentit légèrement mieux, Rei ferma longuement les yeux comme pour essayer d’oublier tout cela, croire que ce n’était qu’un mauvais rêve.

               - Oh Jack… pourquoi est-ce que ça s’est passé comme ça ?

         Mais le spartan n’avait pas de réponse à cette question. La seule chose dont il était sûr, c’était que tout était de la faute des covenants. Même si la théorie de complot au sein de leur armée que lui avait racontée cet élite était vraie, c’était toujours à cause de ces extraterrestres belliqueux que Rei était dans cet état. Ce sont des sauvages, des criminels impardonnables. Dès le début, ils nous ont attaqué sans aucune raison ni aucun avertissement, et n’hésitent jamais à massacrer des civils et à vitrifier nos colonies. Ils sont enragés, et les bêtes enragées doivent être abattues. Mais maintenant, le plus important est de sauver Rei.

                - On va te mettre dans un cryo-tube et t’emmener sur Reach. Je suis sûr que le Dr Halsey trouvera un moyen de te soigner.

                - Et si elle n’en trouve pas ?

                - Alors je mourrai avec toi.

                - Non ! Ca je te l’interdis !

       La voix de Rei avait été emplie d’un profond reproche, et Jack le ressentit comme une violente gifle qu’elle lui aurait assénée. Cela aurait été probablement le cas si elle en avait eu la force.

                 - L’un de nous deux doit continuer le combat, même si l’autre meure. Pour moi, c’est sûrement foutu. Tu dois donc me survivre, même si cela doit te faire souffrir jusqu’à la fin de tes jours.

                 - Ne dis pas des choses pareilles ! Tu vas survivre, tu entends ! Tu vas vivre !

         Mais Jack lui-même n’arrivait pas à croire à ce qu’il disait. Il lui suffisait de voir le visage déjà à moitié mort de son amour pour comprendre qu’elle sentait parfaitement la fatalité s’abattre sur elle. Lentement, le spartan s’écroula lentement pour blottir sa tête contre Rei. Et là, il fit ce qu’aucun spartan n’avait jamais fait depuis le début de leur entraînement sur Reach : il pleura.

          Au début, ce ne fut qu’une simple larme. Mais rapidement, d’autres perles liquides s’écoulèrent de ses pupilles, et de long cris de désespoir s’échappèrent de sa gorge qui finit par le brûler. Rei tenta de le consoler en passant sa main dans ses cheveux, pour faire ressentir sa présence. Mais ses gestes étaient si lents et si faibles qu’ils ne faisaient que montrer encore plus la gravité de son état, et augmentaient le chagrin de Jack. La dernière chose qui semblait encore possible à la spartan était de lui exprimer ses derniers souhaits :

              - Jack, je veux que tu m’écoutes attentivement.

              - … qu’y a-t-il ?

              - Si jamais le Dr Halsey ne trouve pas de moyens pour me soigner, je pense qu’elle va me conserver en cryo-tube jusqu’à ce que ma guérison soit possible. C’est pourquoi je veux que tu étudies au plus prêt la technologie covenante, et que tu participes le plus activement possible à l’évolution de notre propre technologie. Et aussi…

       Sa voix sembla brusquement s’éteindre, et Jack craignit aussitôt le pire. Mais heureusement, ce n’était qu’une faiblesse passagère, ou plutôt une inconscience passagère. Il devenait clair que son temps était compté, désormais. Si Rei n’était pas mise en cryo-tube assez vite, elle risquait de mourir ici. Mais elle devait encore dire une dernière chose :

              - … je veux que tu massacres le plus de covenants possible avant que je me réveille. Fais-leur payer ce qu’ils nous ont infligé. Et je veux surtout que tu retrouves cet élite qui m’a blessé, et qui t’a épargné. Je veux que tu rétablisse l’honneur des spartans en le tuant. Rappelle-toi : il s’appelle Irul Sulamee. Il a les yeux verts, et je lui ait coupé les mandibules gauches. Je veux que tu me venges.

             - Je le ferai, Rei. Je te le jure.

Un sourire apparut soudain sur le visage de Rei. Jack eut soudain l’impression que la vie revenait en elle, et qu’elle allait subitement se lever pour l’embrasser. Mais il se rendit compte que ses émotions brouillaient son esprit, et lui créait de faux espoirs. Il se contenta de contempler ce magnifique sourire, alors que Rei lui dit :

             - Merci, Jack. Maintenant fais-moi mettre en cryo-tube. Je suis fatiguée. Je suis si fatiguée...

            - D’accord, Rei. Je serai là à ton réveil. Je te le jure aussi.

            - Au revoir, Jack.

       Le spartan sentit chaque syllabe de ces trois mots le transpercer de part en part comme autant d’épée à plasma covenantes. Sans pour autant lâcher la main de Rei, ce fut avec autant de douleur qu’il prononça ces trois même mots :

             - … au revoir, Rei.

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SOMMAIRE

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par Jack-115 publié dans : JACK-115 ORIGINS
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