Rei rouvrit lentement les yeux au bout de cinq minutes.
Une grande faiblesse se voyait dans son regard, alors que son corps se mettaient progressivement à trembler alors que l’effet des tranquillisants disparaissait. Jack avait patiemment attendu en
la contemplant comme si c’était la dernière fois. C’est peut-être le cas…
- Jack… dit-elle faiblement. Tu vas bien
?
- Comment veux-tu que j’ailles alors que tu es dans cet état ?
La spartan ressentit alors la stupidité de sa question. Jack et elle s’étaient toujours inquiété de l’état de l’autre, quelle que
soit la situation. Rei porta son regard sur son armure qui lui avait été retirée et placée sur une table derrière Jack, et y vit l’énorme trou dans le plastron causé par l’épée plasma de l’élite.
Brusquement, elle prit conscience de sa blessure et la douleur réapparut aussitôt. Jack lui offrit immédiatement sa main qu’elle serra du plus fort qu’elle put.
- Rei ! Tu veux de la morphine ?
- Urg ! … non. Non, laisse-moi endurer ça sans drogues.
Il était vrai que les spartans répugnaient à utiliser des tranquillisants, car cela affaiblissait l’esprit, et le fait
d’éloigner la douleur pouvait rendre les combattants plus enclins à subir des blessures. Mais Jack savait que sans cela, Rei ne tiendrait pas longtemps, et il faudrait la cryogéniser très vite.
D’un long regard inquiet, il lui fit accepter de prendre une légère dose de morphine qui la calma un peu, mais sa pression sur la main de Jack ne faiblit pas. Lorsqu’elle se sentit légèrement
mieux, Rei ferma longuement les yeux comme pour essayer d’oublier tout cela, croire que ce n’était qu’un mauvais rêve.
- Oh Jack… pourquoi est-ce que ça s’est passé comme ça ?
Mais le spartan n’avait pas de réponse à cette question. La seule chose dont il était sûr, c’était que tout
était de la faute des covenants. Même si la théorie de complot au sein de leur armée que lui avait racontée cet élite était vraie, c’était toujours à cause de ces extraterrestres belliqueux que
Rei était dans cet état. Ce sont des sauvages, des criminels impardonnables. Dès le début, ils nous ont attaqué sans aucune raison ni aucun avertissement, et n’hésitent jamais à massacrer des
civils et à vitrifier nos colonies. Ils sont enragés, et les bêtes enragées doivent être abattues. Mais maintenant, le plus important est de sauver Rei.
- On va te mettre dans un cryo-tube et t’emmener sur Reach. Je suis
sûr que le Dr Halsey trouvera un moyen de te soigner.
- Et si elle n’en trouve pas ?
- Alors je mourrai avec toi.
- Non ! Ca je te l’interdis !
La voix de Rei avait été emplie d’un profond reproche, et Jack le ressentit comme une violente gifle qu’elle lui aurait
assénée. Cela aurait été probablement le cas si elle en avait eu la force.
- L’un de nous deux doit continuer le combat, même si l’autre
meure. Pour moi, c’est sûrement foutu. Tu dois donc me survivre, même si cela doit te faire souffrir jusqu’à la fin de tes jours.
- Ne dis pas des choses pareilles ! Tu vas survivre, tu entends
! Tu vas vivre !
Mais Jack lui-même n’arrivait pas à croire à ce qu’il disait. Il lui suffisait de voir le visage déjà à moitié
mort de son amour pour comprendre qu’elle sentait parfaitement la fatalité s’abattre sur elle. Lentement, le spartan s’écroula lentement pour blottir sa tête contre Rei. Et là, il fit ce qu’aucun
spartan n’avait jamais fait depuis le début de leur entraînement sur Reach : il pleura.
Au début, ce ne fut qu’une simple larme. Mais rapidement, d’autres perles liquides s’écoulèrent de ses
pupilles, et de long cris de désespoir s’échappèrent de sa gorge qui finit par le brûler. Rei tenta de le consoler en passant sa main dans ses cheveux, pour faire ressentir sa présence. Mais ses
gestes étaient si lents et si faibles qu’ils ne faisaient que montrer encore plus la gravité de son état, et augmentaient le chagrin de Jack. La dernière chose qui semblait encore possible à la
spartan était de lui exprimer ses derniers souhaits :
- Jack, je veux que tu m’écoutes attentivement.
- … qu’y a-t-il ?
- Si jamais le Dr Halsey ne trouve pas de moyens pour me soigner, je pense qu’elle
va me conserver en cryo-tube jusqu’à ce que ma guérison soit possible. C’est pourquoi je veux que tu étudies au plus prêt la technologie covenante, et que tu participes le plus activement
possible à l’évolution de notre propre technologie. Et aussi…
Sa voix sembla brusquement s’éteindre, et Jack craignit aussitôt le pire. Mais heureusement, ce n’était qu’une faiblesse
passagère, ou plutôt une inconscience passagère. Il devenait clair que son temps était compté, désormais. Si Rei n’était pas mise en cryo-tube assez vite, elle risquait de mourir ici. Mais elle
devait encore dire une dernière chose :
- … je veux que tu massacres le plus de covenants possible avant que je me
réveille. Fais-leur payer ce qu’ils nous ont infligé. Et je veux surtout que tu retrouves cet élite qui m’a blessé, et qui t’a épargné. Je veux que tu rétablisse l’honneur des spartans en le
tuant. Rappelle-toi : il s’appelle Irul Sulamee. Il a les yeux verts, et je lui ait coupé les mandibules gauches. Je veux que tu me venges.
- Je le ferai, Rei. Je te le jure.
Un sourire apparut soudain sur le visage de Rei. Jack eut soudain l’impression que la vie revenait en elle, et qu’elle allait subitement se lever pour
l’embrasser. Mais il se rendit compte que ses émotions brouillaient son esprit, et lui créait de faux espoirs. Il se contenta de contempler ce magnifique sourire, alors que Rei lui dit
:
- Merci, Jack. Maintenant fais-moi mettre en cryo-tube. Je suis fatiguée. Je suis si
fatiguée...
- D’accord, Rei. Je serai là à ton réveil. Je te le jure aussi.
- Au revoir, Jack.
Le spartan sentit chaque syllabe de ces trois mots le transpercer de part en part comme autant d’épée à plasma covenantes.
Sans pour autant lâcher la main de Rei, ce fut avec autant de douleur qu’il prononça ces trois même mots :
- … au revoir, Rei.
_
_
derniers commentaires