Jeudi 13 décembre 2007
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15. Retour aux sources
Cette fois-ci, j’ai préféré utiliser les taxis pour faire le
trajet. C’est moins dangereux en cette période troublée, et nous avons encore une journée pour nous éloigner de la capitale et de ses attentats, avant que l’OPI n’annonce qu’elle refuse de
négocier avec des terroristes. Même si rien d'officiel n'a encore été déclaré, je suis presque sûr qu'il en sera ainsi. On ne peut négocier qu'avec son égal, et la soit-disante civilisation
nordique supérieure n'aime pas à considérer les autres comme leurs égaux...
J’ai entendu dire qu’il y avait eu au moins trois attentats dans
chaque capitale des pays-membres de l’OPI. A chaque fois, il s’agissait soit de gare soit d’aéroports, tous remplis de monde. Les terroristes avaient donc un objectif clair : faire le plus
de morts possibles, en réponse à ce soi-disant « problème de surpopulation ». Pour eux, c’était le moment idéal où frapper : au début des vacances scolaires, lorsque tout le monde
part en famille. Sont-ils des meurtriers fous, des fanatiques, ou tout simplement des ennemis ? Il est clair que ces terroristes ont des membres infiltrés au sein de tous les pays de l’OPI.
Mais sont-ils des descendants d’immigrés révoltés ou des nordiques qui compatissent à la douleur du Sud ?
En réponse à ces actes, l’OPI a réactivé ses organismes et
programmes antiterroristes, et même déclaré la mise en place de la loi martiale dans certaines grandes villes particulièrement touchées par la catastrophe. Des soldats en armes patrouillent dans
toutes les capitales par centaines, tandis que les appels téléphoniques et communications informatiques sont filtrés, mettant en commun le programme de surveillance Echelon et toutes ses autres
filières européennes. Mais malgré tous les moyens mis en œuvre, seuls quelques terroristes ont été stoppés, le plus souvent par la mort. Où tout ça va-t-il donc finir ?
Nous arrivons enfin chez mes parents, après quatre heures de route
en taxi. Tant pis pour le prix, on m’a remboursé nos inscriptions au ski et j’aurai même accepté de payer le double pour ces vacances avec Constance. Ma mère et mon père nous attendent depuis le
matin devant la maison, un vieux bâtiment retapé pendant dix ans pour en faire un magnifique habitat. Cette maison symbolisait à elle seule la devise de mes parents : faire du neuf avec du
vieux.
Dés qu’ils nous voient, leurs visages s’illuminent d’une joie sans
pareil. C’est vrai que je ne suis pas venu les voir depuis des mois, et la présence de Constance doit les réconforter. Depuis le temps qu’ils me connaissent comme un jeune solitaire qui garde ses
sentiments pour lui et regarde le monde avec désespoir, l’apparition d’une jeune fille de mon âge dans ma vie doit être pour eux comme une lueur d’espoir. Je me demande bien comment ils vont
réagir lorsqu’ils s’apercevront que Constance est du même genre que moi.
Dès qu’ils nous voient descendre de la voiture, mes parents se
précipitent pour nous accueillirent :
- Salut fiston ! commence mon père en me tapant énergiquement sur l’épaule. La route a pas été trop dure ?
- Non, ça va. Même si on a mis du temps, au moins, on pouvait être sûr que le véhicule n’était pas piégé.
J’avais voulu plaisanté, mais je me rendit compte trop tard que
j’avais employé un ton extrêmement sérieux. Le souvenir de ce jour funeste à la gare me hantait encore, et je ne voyais pas encore cet évènement avec suffisamment de recule pour pouvoir en
plaisanter. Lentement, j’observai la réaction de mes parents, et vis qu’ils avaient perçu quelque chose. Ils ne savaient rien de notre histoire, car je ne leur avait rien dit. Je ne leur disait
d’ailleurs rien sur ce que je faisait depuis bien longtemps. Rapidement, je cherchai une parade pour expliquer mon manque d’humour :
- C’est vraiment terrible ce qui est arrivé. Toutes ces
vies…
- Oui, compatit ma mère, c’est horrible. Espérons que
ça se calmera vite.
- Oh, mais vous n’allez pas nous gâcher la journée avec
vos problèmes de la ville ! s’exclama mon père pour remettre de la gaité dans tout ça. Ici c’est la campagne profonde, alors profitez de la paix qu’on respire ici, bon sang !
Oui. C’était bien ce que nous comptions
faire.
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