Dimanche 16 décembre 2007
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CHAPITRE DIX
1436 heures, 16 octobre 2542 (calendrier militaire) / quartier général des spartans, planète Reach, système Epsilon
Eridani.
Lorsque les spartans n’étaient pas en mission sur une planète ou sur une autre, ils
passaient beaucoup de leur temps dans la zone d’entraînement spécialement conçue pour eux. Pour les tactiques de groupes et l’utilisation des armes à feu, ils disposaient de plusieurs hectares de
terrains à relief modifiable où des tourelles automatiques étaient placées aléatoirement. Quand à l’entraînement au combat rapproché et le corps à corps, un bâtiment spécial avait été construit,
au centre duquel se trouvait une grande salle remplie de machines de musculation, de pantins d’entraînement et de cercles de combat tracés au sol. D’habitude, il y avait toujours cinq ou six
spartans, parmi ceux n’étant pas en mission, qui se trouvaient là pour affiner leurs tactiques de corps à corps.
Mais ce jour là, malgré le vacarme qu’on pouvait y entendre, seul un spartan occupait cette salle. Faisant parler sa rage à travers le
langage des gestes, Jack ravageait les pantins sous ses coups, ne se souciant pas le moins du monde de risquer de les mettre en pièces. N’ayant même pas prit la peine de retirer son armure, il
s’était précipité là pour libérer sa colère, pensant pouvoir s’en débarrasser en l’extériorisant ainsi. Mais un quart d’heure passa et huit pantins tombèrent en ruine sans qu’il réussisse à se
calmer.
C’est alors qu’un autre spartan pénétra dans la salle. Jack ne l’entendit pas arriver tout de suite, mais lorsqu’il se tourna pour connaître
celui qui osait le déranger, il se mit aussitôt au garde-à-vous. L’adjudant John-117 se dressait face à lui, l’air grave et la mine sombre, bras croisés.
- Adjudant ! commença Jack sans le regarder.
- Oublie-moi ces formalités un instant, Jack ! Je ne suis pas venu te donner des ordres en tant que supérieur
hiérarchique. Je suis venu te donner des conseils en tant qu’ami.
Jack essaya alors de se détendre, mais n’y arriva que partiellement. L’adjudant voyait parfaitement toute l’étendue de la douleur qui bouillonnait à
l’intérieur de son spartan, et qu’il n’était pas sûr de pouvoir faire refroidir.
- Le Dr Halsey m’a mis au courrant pour Rei, fit John. Je sais que c’est extrêmement difficile à accepter,
mais il faut te faire une raison : elle ne sera plus avec nous avant longtemps. Tu ne peux rien y faire.
- Mais il y a au moins une chose que je peux faire pour elle…
Cette déclaration laissa l’adjudant plus inquiet que s’il se trouvait sous le feu de milliers d’armes. Et bien qu’il comprenait parfaitement où Jack
voulait en venir, il n’arrivait pas à l’admettre :
- Ne me dis pas que tu as des envies de vengeance ?
- C’est la dernière chose que je peux encore accomplir.
- Tu es né pour combattre les covenants ! s’emporta subitement John. Tu es l’un des meilleurs espoirs de l’Humanité
! Et avant tout tu fais partie de l’armée du CSNU !
- Le CSNU… se fout complètement d’avoir un spartan de moins.
L’adjudant ne pouvait pas croire ce que lui disait Jack. Pour lui, c’était le CSNU qui les avait créé, qui les avait élevé et formé pour atteindre la
perfection où ils se trouvaient actuellement. Les spartans devaient tout au CSNU, sans lequel ils ne seraient absolument rien. Il commença à se demander ce qui avait bien put se passer durant
cette convocation de Jack devant les huiles du SRN, et considéra l’extrême fragilité émotionnel de son spartan. Depuis le début, lui et Rei avaient toujours été les plus sensibles, d’un point
de vu sentimental, car leur conditionnement psychologique n’avait pas eut autant d’emprise que sur les autres spartans. Quoi que je lui dise, il ne changera jamais d’avis. Il préfèrerait encore
mourir plutôt que de se voir refusé son droit de vengeance. Peut-être devrais-je lui donner une mission quelque part ? … seulement, Alkador était le seul front sur lequel j’aurais put l’envoyé,
et les rapports indiquent que les covenants l’ont déjà vitrifiée. Dans tous les cas, il va devoir nous quitter… alors autant faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre se départ aussi utile
que possible :
- Jack ! dit soudain l’adjudant d’un ton ferme. Garde-à-vous ! Ton état m’oblige à prendre personnellement les
choses en main ! Voici mes ordres :
« Tu vas rassembler l’ensemble de tes affaires, qu’il s’agisse de tes vêtements, de tes effets personnels ou de tes
équipements militaires, et tu mettras tout ceci dans le caisson de transport n°16846 de l’armurerie. Puis, tu te dirigeras vers le hangars à navette de la base. Là, tu forceras les défenses,
quitte à assommer quelques marines, et tu voleras le Dark Eye. C’est un escorteur de classe Shadow, modèle X-77, qui te permettra de passer le réseau de défense sans problème
pour quitter la planète. Ensuite, tu seras livré à toi-même pour trouver une cachette et préparer ta vengeance.
Jack n’arrivait pas à croire ce qu’il entendait. Son adjudant, son frère spartan, lui ordonnait de désobéir aux ordres du Conseil de Sécurité du SRN et de
voler du matériel militaire. C’était quelque chose qui ne s’était encore jamais produit. Mais une chose le contrariait encore :
- Je suis désolé, John, mais je ne quitterai pas Rei. Si je pars comme ça, je ne la reverrai
jamais.
- Le Dark Eye est un vaisseau furtif qui est utilisé pour toutes les opération secrètes
partant de Reach, et le transfert de Rei vers la station médicale M25L Recovery lui a déjà été confié. Son cryo-tube va y être embarqué dans quelques minutes à peine.
- Alors dans ce cas, j’accepte. Par contre, j’aurais le CSNU sur le dos jusqu’au restant de
mes jours, non ?
- Ne t’inquiètes pas. Le Conseil de Sécurité va certainement me convoquer dès que tu seras
parti, et je me débrouillerai pour que tu sois considéré comme « Perdu en Mission ». De cette façon, tu seras toujours rattaché au CSNU, et parfaitement opérationnel.
- Et si jamais j’ai besoin de réparer mon armure, comment est-ce que j’opère
?
- Tu te démerdes. Tu seras officiellement porté disparu, ce qui fait que tu
seras coupé de tout soutient logistique, et devras donc t’approvisionner par tes propres moyens.
Jack considéra calmement cet aspect du plan de l’adjudant. Le fait de ne pas pouvoir obtenir du matériel de rechange ou même de l’alimentation
risquait d’être très dur à vivre. Mais si c’était nécessaire pour tenir sa promesse à Rei, il l’accepterait.
- De combien de temps est-ce que je dispose ?
- Il faut que j’ordonne à la police militaire de t’emmener au centre de rééducation
psychologique. Ils mettront dix-huit minutes pour venir jusqu’ici. Après, je ne peux pas te donner plus de temps.
- Compris. Merci, John.
Jack tendit une main et l’adjudant la serra fermement. Chacun d’eux se dit que c’était probablement la dernière fois qu’ils se voyaient, et
se demandèrent quel mot employer pour ce départ. Afin de ne pas trop affecter le moral de son adjudant, Jack décida de dire simplement :
- A la prochaine, John. Et excuse-moi auprès des autres.
- Je suis sûr qu’ils comprendront. Au revoir, Jack. Tu vas nous manquer.
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