CHAPITRE TROIS :
EVA
14h34, lundi 23 novembre 2020/ entrée du QG de la NERV, Géofront, ville
de Tokyo-3, Japon.
Le major Katsuragi mena Shinji à travers les
couloirs du QG, où des dizaines de techniciens, militaires et autres personnels s’agitaient en tout sens, témoignant de la gravité de la situation. Alors qu’ils attendaient un ascenseur, une
jeune femme en blouse de scientifique s’approcha d’eux. De grande taille et la silhouette fine, elle semblait avoir le même âge que Misato, mais avait le visage beaucoup plus sévère sous ses
cheveux blonds mi-courts, ce qui gâchait sa grande beauté. Sur le badge de contrôle radioactif qu’elle portait, Shinji put lire son nom : Dr Akagi Ritsuko. Sans même faire attention à lui,
elle s’adressa immédiatement à Misato :
- Major Katsuragi ! Le commandant m’a demandé de vous amener à la cage de lancement n°3. Pas de discussion.
Misato eut du mal à dissimuler son
mécontentement. Il suffisait à Shinji d’observer les regards qu’elles s’échangeaient pour savoir que le major et la scientifique se connaissaient bien, et qu’il devaient y avoir bien autre chose
qu’une simple relation de hiérarchie. Peut-être que la situation leur impose de mettre de côté de nombreuses choses, et de se concentrer sur leur travail. J’ignore comment la NERV compte
combattre ce monstre à la surface, mais ces deux femmes semblent savoir ce qu’elles font. Si je veux survivre à cette journée, j’ai plutôt intérêt à leur faire confiance…
Le petit groupe avait franchis une
série de portes et traverser des pièces bien sombres. Le décor était extrêmement différent des grandes salles de blanc immaculées par lesquelles ils étaient passés à l’entrée du QG, et
ressemblaient plus à des couloirs de maintenance qu’à autre chose. Des vapeurs d’une substance inconnue jaillissaient par intermittence des nombreux tuyaux qui courraient sur les murs, tandis que
les deux femmes discutaient :
- Ritsuko ! fit le major. L’Eva-01 est-elle prête au combat ?
- Oui et non, répondit la scientifique. L’activation est confirmée, mais impossible de lancer l’interface. Du moins pas sans le pilote.
- Comment va-t-elle ?
- Toujours pareil. Je doute qu’elle puisse nous être utile contre l’Ange.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ?
Le docteur Akagi ne répondit pas. Elle
se contenta de se diriger vers une énorme porte blindée, qu’elle ouvrit avec une carte magnétique. Lorsque les battants s’écartèrent, Shinji put voir un bassin gigantesque remplit d’un liquide
rouge-violacé, et dans lequel baignait quelque chose qui pétrifia l’adolescent.
Une énorme tête métallique d’au moins
dix mètres de large émergeait de la surface. Elle était entièrement recouverte d’un casque violet élargie sur l’arrière, et portant une sorte de longue corne à l’avant. Son menton était lui aussi
relativement allongé, et ses deux grands yeux blancs étaient complètement éteints. Qu’est-ce que c’est que ça ? Un robot ? Un autre monstre ?
- Ce que tu vois, annonça Ritsuko en avançant sur la passerelle qui surplombait le bassin, est un humanoïde de synthèse destiné à combattre les Anges. Nous l’appelons
Evangélion.
- C’est… vivant ? fit Shinji en essayant de se rassurer.
- Pas vraiment. Ce n’est qu’un corps sans âme, auquel nous avons fixé une armure et un système de pilotage. Mais son contrôle est extrêmement compliqué… et aussi
dangereux.
- Est-ce aussi… le travail de mon père ?
- Précisément, fit une voix masculine autoritaire au-dessus d’eux.
Shinji ne releva la tête que très
lentement, car il savait parfaitement qui venait de lui répondre : derrière une large baie vitrée située à une bonne quinzaine de mètre au-dessus de l’immense humanoïde, un homme en uniforme
noir se tenait debout, les bras croisés derrière le dos. Il portait des lunettes rectangulaires derrière lesquelles ses yeux sombres n’exprimaient rien d’autre qu’un sérieux militaire et une
détermination sans faille. D’un ton dépourvu d’émotion, il déclara :
- Shinji… cela faisait longtemps.
- Père, fit le garçon en fermant le poing.
- Nous n’avons pas le temps de discuter. Tu dois monter dans l’Evangélion et battre l’Ange.
Shinji se retrouva soudain
pétrifié, comme si l’on venait de le clouer à un mur sous une pluie d’aiguilles. Ses yeux se perdirent dans le vide d’une dimension imaginaire où il tenta désespérément d’oublier ce que venait de
dire son père, tandis que de grosses gouttes de sueurs commençaient à perler sur son front. Puis, alors qu’il réalisait peu à peu l’ampleur de ce que ces mots signifiait, son corps se mit à
trembler nerveusement, et il se couvrit les yeux dans un signe de protection futile. Non ! C’est pas possible ! Il ne peut pas m’avoir rappelé pour ça !
- J… je… tu veux dire que … que je dois … piloter ce truc ?
- Exacte.
- Mais… pourquoi moi ? Je ne vois pas pourquoi je serais capable de faire ça ?
- Tu es le plus qualifié. Non : en fait… personne d’autre que toi n’en est capable.
- Je ne comprends rien à ce que tu dis !
- Nul besoin de comprendre. Docteur Akagi ! Lancement immédiat !
- NON !!! cria Shinji.
Le cri du jeune homme se
répercuta sur les lointaines parois de la vaste pièce, et résonna plusieurs fois avant de mourir lentement. Mais le commandant ne montra pas le moindre changement d’attitude, et Shinji le regarda
longtemps, les yeux remplis d’une rage intense.
- Alors comme ça… après douze ans… tu m’as rappelé pour me demander de mourir ? C’est tout ce que je représente pour toi ? Un pion sacrifiable ?
- Non. Pour moi, et pour nous tous… tu es notre dernier espoir.
- Ne te fous pas de ma gueule ! Tu pourras dire ce que tu veux, c’est non ! Tu crois que je suis stupide ? La seule chose que je pourrais faire en pilotant ce
truc, c’est être tué ! Alors sois tu m’expliques ce qui se passe réellement, sois tu me laisse partir !
Les deux hommes se regardèrent un
long moment dans un parfait immobilisme. Shinji voyait revenir à lui tous les souvenirs pour lesquels il haïssait son père, tandis que celui-ci semblait être totalement indifférent au
comportement de révolte de son fils. Puis, brusquement, le commandant se décida à lui répondre :
- Alors part. Je n’ai pas besoin d’un lâche ici.
Sans même attendre de voir la réaction
de Shinji, il se retourna vers une console de contrôle, et appuya sur plusieurs touches.
- Fuyutsuki ! Réveillez Rei.
- Pensez-vous vraiment que nous pouvons l’utiliser ? fit la voix d’un vieil homme.
- Elle n’est pas encore morte. Amenez-la à l’Eva-01.
- Bien
compris.
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