CHAPITRE TREIZE
2349 heures, 5 janvier 2543 (calendrier militaire) / environs de la base militaire n°384, planète Icarus, système Lambda
Cepheus.
Jack se demanda depuis combien de temps il était assis là, à observer le paysage sauvage
d’Icarus sans bouger. Le simple fait de regarder l’horloge digitale équipée sous son poignet gauche pour lui aurait donné l’heure exacte, mais s’aurait été sortir de cet immobilisme réconfortant
qui lui faisait oublier quelque peu ses soucis actuels. Il se mit alors, sans s’en rendre compte, à estimer le temps écoulé grâce à la distance parcourue par la seconde lune, le seul astre
visible dans le ciel nocturne d’Automne. Cela ne lui prit que quelques instants, et il regretta légèrement le fait d’avoir absolument voulu savoir ce petit détail temporel, qui n’avait de toute
façon aucune importance. Car personne ne viendrait le chercher ici. Personne ne l’attendait nulle part, et il n’avait rien d’important à faire pour le moment.
Cela faisait maintenant trois mois que Jack était partit de Reach pour
s’établir sur cette planète abandonnée, et le fait de ne plus avoir ni coéquipiers, ni ordres, ni supérieurs hiérarchiques commençait à affecter ses facultés mentales. Des questionnements
tournaient en rond dans sa tête, cherchant des réponses trop compliqués à des problèmes évidents pendant qu’il se demandait comment occuper ses journées. Aucun message d’alerte n’avait été envoyé
d’aucune des colonies depuis trop longtemps, et le manque d’activité avait de quoi rendre le spartan très nerveux. De plus, maintenant qu’il était considéré comme « disparu », il n’avait plus
accès aux informations réservées à la section des Affaires Guerrières de l’ONI, ce qui comprenait les opérations spéciales des spartans. De ce fait, même les entraînements les plus intenses ne
pouvaient étancher son besoin d’aller au cœur de l’action.
Maintenant que sa base d’opération était pleinement opérationnelle, et capable
de fonctionner sans maintenance pendant plusieurs mois, sa liste des choses à faire s’était résumée à un seul objectif : tenir sa promesse à Rei.
Conscient que rester là ne pourrait pas le calmer davantage, Jack quitta son poste de
contemplation et retourna au bunker. Lorsque la rêverie paysagiste ne suffisait pas à l’occuper, le spartan passait son temps à lire les fiches techniques des divers systèmes et appareils qui
composaient sa nouvelle base. Cela lui permettait en même temps d’être prêt à effectuer d’éventuelles réparations ou amélioration si le besoin s’en ressentait, ce qui était déjà arrivé avec le
circuit de ventilation.
Mais aujourd’hui, c’était la technologie de cryogénie qui l’intéressait
tout particulièrement. Il voulait savoir exactement comment fonctionnait le cryo-tube de Rei, afin de voir s’il pourrait trouver un moyen de l’aider à guérir plus rapidement encore.
Malheureusement, il ne trouva rien là-dessus dans la base de données de l’ordinateur centrale de la base. Ne voulant pas baisser les bras pour si peu, il monta à bord du Dark Eye pour voir s’il
pourrait y trouver quelque chose relatif à cette technologie. Après tout, cet appareil avait transporté de nombreux cryo-tubes, et il serait normal que l’équipage ait un minimum de documentation
sur leur cargaison, au cas où celle-ci présenterait un problème.
Comme prévu, l’ordinateur de bord ne contenait rien de plus que celui de la base. Les
données devaient certainement se trouver sur des cristaux de données amovibles, des memory-bloc comme on les appelait communément, stockés quelque part sur le vaisseau. En examinant les plans de
l’appareil, Jack finit par trouver le caisson de sécurité des bases de données externes, et se mit à scanner chacune d’entre elles en les incrustant une à une à son armure. La visière de son
casque lui envoya directement les informations stockées sur les cristaux, mais aucun d’entre eux ne contenait ce qu’il cherchait. Jack était prêt à laisser tomber lorsqu’il se rendit compte que
l’un des minuscules néons internes du caisson de sécurité émettait une lumière légèrement plus claire que les autres. La différence était infime, et un humain normal ne l’aurait sans doute même
pas remarquée. Seulement, ces lumières était créées par des néons de dernière génération qui fonctionnaient tous avec des spécifications très précises, ce qui faisait qu’une telle différence
était normalement impossible.
Ce détail suffit pour que Jack décide d’opérer la lumière qui avait attiré son attention. Armé d’un minuscule tournevis, il démonta la
vitre de protection pour s’apercevoir qu’il n’y avait aucun néon derrière. A la place se trouvait un autre memory-bloc, sur lequel avait été gravé au laser J-115. Sans hésiter, et avec une
curiosité démultipliée, il plaça l’objet dans l’emplacement de son armure. Aussitôt, une voix féminine se mit à parler dans les haut-parleur de son armure :
- Et bien ! Tu en as mis du temps ! Je commençais à penser
que je ne sortirai jamais de là…
- Vous êtes une IA ? questionna Jack.
- Affirmatif, spartan-115. J’ai été placée dans ce
memory-bloc à votre intention par le Dr Halsey, ma créatrice. Mon nom est Athéna.
- Quelle est ta fonction, Athéna ?
- Ma fonction est de vous apporter toute l’aide possible,
spartan-115, quelle que soit la situation. J’avais un autre rôle avant que je soit placée là, mais le Dr Halsey a effacé ma mémoire pour mieux reprogrammer mes protocoles de priorité. J’ai aussi
pour mission de vous transmettre plusieurs documents d’importance qui vous sont destinés. Voulez-vous y accéder maintenant ?
- Oui. Et cesses de m’appeler spartan-115. Je préfère
nettement Jack.
-
Bien compris, Jack. Ordre assimilé. Transmission en cour…
L’indicateur tête haute du spartan se mit alors à afficher trois dossiers informatiques qui étaient numéroté,
apparemment suivant leur ordre de priorité. Jack ouvrit donc le dossier numéro un, et y trouva un fichier audio qu’il activa. La voix du Dr Halsey se fit soudain entendre dans son casque :
- Jack, si tu entends ce message, c’est que tu nous as quitté
et que tu as pris Rei avec toi. Bien que cela me fasse de la peine, je suis tout de même heureuse que tu suives ainsi ce que te dictent tes émotions, car cela prouve que les spartans ne sont pas
insensibles. Ne pouvant t’empêcher de partir, j’ai décidé de t’aider à accomplir ta mission du mieux possible, en te confiant l’une des mes meilleurs IA, Athéna, et les nombreuses informations
qu’elle contient. Ces trois dossiers prioritaires sont ceux que tu dois absolument consulter au plus vite.
« Dans le dossier numéro deux se trouve l’analyse médicale complète de Rei, que j’ai fait moi-même. Je ne voulais pas te le dire sur Reach
afin d’influencer tes décisions, mais j’ai trouvé un moyen de la guérir, bien que cela nécessitera de nombreuses années. En fait, son corps serait capable de s’auto régénérer si on lui implante
des cellules souches au niveau des poumons, et qu’on la place en niveau de cryogénie moyenne. Cela rendrait son métabolisme suffisamment actif pour qu’il assimile les cellules souche et les
utilise pour reconstituer les parties endommagées de son corps. Le point qui me dérangeait, c’était que dans ce cas, Rei aurait été consciente, et on l’aurait placé dans une équipe de décision
stratégique au sein du Haut Commandement du CSNU. Je craignais que cet aspect des choses n’affecte gravement tes sentiments, et je te l’ai donc caché pour voir quelle décision tu prendrais.
Utilise ces informations à bon escient, et fait vite guérir Rei.
« Le dossier numéro trois contient des informations très utiles si
tu souhaites conserver ton armure en état. En effet, plusieurs informations sur le développement du projet MJORNIR ont été gardées secrètes, et en particulier l’existence du premier centre de
conception sur Fulgrim III. Celui-ci a été abandonné, mais tu pourras tout de même y trouver de nombreuses pièces détachées ainsi que le matériel nécessaire pour en construire beaucoup d’autres.
Qui sait ? Tu pourras peut-être même fabriquer un armure complète pour lorsque Rei sera guérit…
« Voilà. C’est tout ce que je peux faire pour t’aider. Je te
souhaite bonne chance dans ta quête, et souhaite de tout cœur te revoir avec Rei un jour. Au revoir, Jack !
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