CHAPITRE TREIZE
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1938 heures, 6 janvier 2543(calendrier militaire) / base militaire n°384, planète Icarus, système Lambda
Cepheus.
Il était difficile pour Jack d’admettre l’absurdité de ce qu’il faisait. Cela
faisait maintenant plus de 23 heures que l’opération s’était terminée, et cela par un succès apparemment total, et il ne s’était toujours pas résolu à dormir. Pourtant, la fatigue ne semblait pas
l’attendre le moins du monde, son attention étant totalement obnubilé par Rei, qu’il avait remis dans son tube cryogénique. Athéna lui avait clairement expliqué qu’il faudrait attendre au moins
24 heures avant de pouvoir la réveiller, mais il avait tout de même décidé de surveiller l’avancement de la thérapie. Jusque là, les cellules souches paraissaient s’implanter correctement et les
blessures les plus graves étaient désormais recouvertes par une couche de tout nouveau tissu. Il n’y avait donc presque plus aucune chance d’hémorragie interne, tant que Rei ne faisait aucun
effort trop important.
Malheureusement, la résistante de ces tissus étaient pour le moment très
faible du fait de leur faible épaisseur. Cela signifiait que Rei devrait rester totalement immobile et respirer le plus calmement possible pendant quelques temps. D’après Athéna, cette première
période de repos devrait durer au moins quatre semaines. Mais même après cela, Rei devrait éviter tout effort physique pendant plusieurs mois, si ce n’était pendant plusieurs
années…
Jack ne pouvait cesser de contempler le visage de son amour, figé
dans le sommeil froid de sa cryogénie. La pâleur de sa peau était renforcée par les lumières blanches du tube, et une légère couche de glace recouvrait la gracieuse chevelure que Jack osait à
peine toucher. Tous les spartans savaient à que Rei et lui étaient très liés, mais seul eux deux savaient à quel point. Il n’y avait pas de mots assez fort dans aucun des langages connus pour
exprimer la force de leurs sentiments l’un envers l’autre, et l’univers lui-même n’était pas aussi grand que leur amour.
Jack se rappela soudain le jour de leur rencontre, lors de leur transport vers Reach pour être enrôlés dans le programme
Spartan-II. Rei et lui étaient l’un à côté de l’autre, assis sur les sièges du Pélican qui descendait vers la surface, avec d’autres enfants comme eux totalement angoissés. Les cris des dix
gamins transportés avec eux emplissaient la soute de la navette tandis que l’entrée dans l’atmosphère les secouait violemment dans tous les sens, et lui aussi criait. Mais pas
Rei.
Elle était impressionnante, même pour le soldat
qui les surveillait. Jack ne pouvait se souvenir de son grade car, à l’époque, il n’aurait même pas sût différencier un deuxième classe d’un sergent-major. Mais il se souvenait de son admiration
lorsqu’il regardait la petite fille si calme, cramponnée vigoureusement à sa ceinture de sécurité, les yeux fixant un point imaginaire quelque part entre la soute et un autre temps. A ses côtés,
Jack était lui aussi troublé par l’indifférence de Rei à leur situation, et lui demanda craintivement :
-
Mais comment tu fais pour rester aussi calme ?
Rei ne répondit pas, se contentant de tourner son regard vers celui de
Jack. Ses yeux rouges avaient quelque chose de captivant, d’envoûtant, et qui rendit Jack momentanément muet. Mais il tremblait toujours autant, et Rei posa alors sa main droit sur celle du
garçon. Sa peau était glacé, et le contact fit sursauter Jack un instant. Puis il sentit ce qu’il y avait derrière ce froid : le calme, l’assurance, la détermination. Et, comme par un lien
télépathique, elle lui transmit aussitôt ces qualités et chassa lentement sa peur. Depuis ce jour, Jack n’a plus jamais eut peur, sauf pour Rei.
Le bip de la minuterie le sortit brusquement de sa rêverie.
Les 24 heures nécessaires étaient maintenant dépassées depuis quatre minutes, et Jack se releva d’un bond pour se ruer sur les commandes du cryo-tube. Il fit progressivement descendre le niveau
de cryogénie jusqu’à zéro, et attendit avec impatience que Rei se réveille.
Rei rouvrit lentement les yeux , comme si ses paupières étaient soudain faites de plomb, et soudain, ce fut comme si Jack
ressuscitait avec elle. Alors que la vie revenait en elle avec l’hésitation des jeunes pousses d’arbres, si fragiles, la spartan testa un à un tous les muscles de son corps et ses yeux
s’adaptèrent peu à peu à la blancheur de la pièce. Puis elle tourna la tête vers Jack, et lorsque son regard croisa le sien, leurs visages s’illuminèrent d’un magnifique sourire.
- Rei… ça va ?
- Ou…oui, je crois. On est quand ?
- Le 7 Janvier 2543.
- Si tôt ? Et on est où ?
- Sur Icarus IX, dans une base souterraine abandonnée que j’ai aménagé pour nous.
- Quoi ?
- C’est une longue histoire.
Pendant une heure, Jack lui raconte tout ce qui est arrivé depuis qu’elle avait été placée en
cryogénie sur Alkador : l’analyse médicale par le Dr Halsey, le Conseil de Sécurité du SRN et l’incident que Jack y avait causé, jusqu’à la découverte de Athéna et des renseignements qu’elle
contenait, et son passage éclaire sur la station médicale. Au fur et à mesure du récit, le regard de Rei se remplit d’une fierté et d’une joie sans limite en entendant tout ce que Jack avait fait
pour elle. Lorsqu’il eut finit, elle tenta de poser sa main sur son visage, mais ses muscles étaient encore faibles, et elle n’eut pas la force de la lever.
- Doucement, lui fit Jack. Tu as passé trois mois
en cryogénie, et ton corps a besoin d’une rééducation complète.
-
Désolée… je suis seulement si contente…
Leurs regards ne pouvaient plus se quitter, comme deux puissants
aimants impossibles à séparer. Toutes les forces de l’univers semblaient ridicules face au feu qui brûlait en eux. Ils restèrent pendant un si long moment, immobiles, à simplement se regarder
jusqu’au plus profond de leurs êtres. Puis, Jack se décida à expliquer ce qui allait se passer :
- Tu devras rester en immobilisation pendant quatre semaines avant de pouvoir commencer ta rééducation. D’après Athéna, il
faudra au moins un mois pour te permettre de remarcher sans trop d’effort. Ensuite, tu devras commencer un programme d’efforts progressifs le temps que tes blessures soient complètement
guéries.
-
Je comprends. Mais toi, qu’est-ce que tu vas faire ?
- Tant que tu ne seras pas sur pied, je resterai à tes côtés. J’en profiterai pour continuer
d’aménager la base avec l’aide d’Athéna pendant ce temps.
-
Tu ne vas pas aller te battre ?
- Pour l’instant, le plus important pour moi, c’est de
m’assurer que tu guériras vite. Ensuite je me chargerai de retrouver celui qui t’as mis dans cet état.
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