Profil de Jack-115

Hughel 2


Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 25 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Montélimar, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture 

 


M'ECRIRE


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Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 22:07

CHAPITRE CINQ : LES TÉNÈBRES DE L’ÂME

 

 

Cité-ruche Dienk, monde-ruche Vogen, sous-secteur Volkmar, secteur Hullerstorm.

 

         Alors que j’avançais le plus rapidement possible parmi les ruines de la ville, suivi par l’escouade de vétérans qui constituait ma garde rapprochée, j’entendais de plus en plus distinctement les tirs et les cris provenant du campement assiégé. Il me fallut un instant avant de me rendre compte qu’aucun des sons qui me parvenaient ne semblait provenir des attaquants : pas de cris de charge ni d’insulte à l’Empereur ou à Ses suivant hurlé en signe de défi, rien qui n’indiquait réellement quel type d’ennemi affrontaient les deux pelotons descendus avec moi au niveau vingt-six de Dienk. Pendant un court moment, je craignis que les psykers hérétiques ne soient parvenus à retourner ces soldats les uns contre les autres…

         Mais cette peur disparut lorsque des silhouettes apparurent devant moi, surgissant d’un bâtiment pour se diriger à toute vitesse vers le lieu du combat. Je ne les avais aperçus que l’espace d’une seconde, mais il était clair d’après leur apparence qu’il s’agissait d’habitants de la cité-ruche, bien qu’il ne me semblait pas avoir vu d’armes dans leurs mains. Il fallait avouer que la vision nocturne de mes lunettes spéciales n’était pas d’une qualité exemplaire, et que ce genre de détail pouvait parfaitement m’avoir échappé. Utilisant le langage gestuel de combat de la Garde Impériale, j’ordonnais aux vétérans dunerriens à mes côtés de ne pas tirer sans mon ordre et de se déplacer discrètement à partir de maintenant.

         J’avais beau me dire que les ténèbres dans lesquelles était plongée cette partie de la ville nous aideraient à ce que les hérétiques ne nous repèrent pas, quelque chose me disait que c’était une grossière erreur. Ces individus que je venais de voir… leurs mouvements étaient rapides et assurés, comme s’ils voyaient parfaitement l’environnement autour d’eux. Ils ne faisaient qu’un avec les ténèbres, et cela avait le don de m’inquiéter au plus haut point.

         Soudain, j’entendis un bruit métallique juste derrière moi. Alors que je me retournais, je vis avec stupéfaction la silhouette d’un homme qui n’était assurément pas l’un des vétérans de mon escouade, et qui se tordait de douleur en se tenant la tête comme si son crâne allait exploser. Instinctivement, je fis jaillir les griffes éclaires des Serres d’Eridios dont les arcs électriques illuminèrent légèrement la scène tandis que je cherchais du regard les membres de ma suite… qui avaient tous disparu.

         L’homme inconnu continuait de trembler de tout son être sous l’effet d’une souffrance apparemment atroce, mais sans qu’aucun son ne s’échappe de sa gorge. Il ne faisait aucun doute que c’était mes facultés d’Intouchable qui l’affectaient ainsi, pour une raison inconnue, et à en juger par son accoutrement et au nombre impressionnant de couteaux accrochés à sa ceinture, il s’agissait à coup sûr d’un hérétique. Sans attendre qu’il s’habitue à ma sphère de négation, je lui plantai mes griffes au travers du corps et fut surpris de n’entendre aucun cri, pas même le moindre râle, juste le simple bruit de sa respiration qui devenait de plus en plus difficile alors que ses poumons se remplissaient de sang. De ses mains griffues, il tenta de me lacérer le visage. L’instant suivant, deux membres sanguinolents tombèrent sur le sol, et toujours aucun cri. L’homme s’effondra sur le sol et je le laissai là à son triste sort, cherchant plutôt à comprendre comment il était arrivé jusque-là.

         C’est alors que j’aperçus le corps de l’un des vétérans qui me suivait, étendu au milieu des décombres, une plaie béante en travers de la gorge. L’hérétique devait certainement avoir fait de même avec tous les autres, éliminant les soldats l’un après l’autre dans un silence total, jusqu’à être stoppé par mon sombre pouvoir. Pourquoi avait-il été autant affecté par mes capacités ? Depuis quand nous suivait-il avant de s’être décidé à agir ? Et pourquoi était-il si muet ?

         Je n’avais pas le temps de me poser toutes ces questions : le tumulte du combat me rappela l’urgence de la situation, et je repris le chemin du campement en accélérant l’allure. Je commençais à apercevoir au loin les tirs de laser traversant les rues. Le campement était tout proche lorsque je me heurtai à cinq silhouettes qui venaient à ma rencontre. Contrairement au premier qui avait cherché à m’approcher discrètement, ceux-ci ne cherchaient nullement à me tendre un piège et comptaient m’affronter de face. Tout comme leur congénère, ils ne portaient que des lames sur eux et se jetèrent alors sur moi avant que je puisse dégainer le pistolet bolter accroché à ma ceinture. Ce n’était pas un problème.

         Mon premier coup de griffe trancha la main du plus proche hérétique, dont je sectionnai la tête dans un geste vif. D’un mouvement d’ouverture latérale des deux mains, je parais les deux attaques suivantes avant de planter mes serres dans mes adversaires qui s’effondrèrent comme des marionnettes désarticulées. Ces trois morts ne découragèrent nullement les survivants, dont les attaques ne furent pas plus productives : l’énorme hachoir que tenait l’un d’eux vint se coincer entre mes griffes droites et je le désarmais d’un mouvement rotatif avant de le couper au niveau des genoux. Alors qu’il tombait à terre dans un bruit de chaire brisée, son dernier acolyte tenta de lancer deux couteaux dans ma direction. Mais ces hommes étaient des civils corrompus, pas des soldats, et il me rata complètement pour se retrouver vulnérable à mes lames énergétiques qui lui labourèrent le torse pour l’envoyer rependre son sang impur dans le caniveau d’une ruelle.

         A aucun moment de l’affrontement les hérétiques ne prononcèrent le moindre son.

 

         Lorsque j’arrivai enfin devant le campement, les soldats dunerriens étaient engagés contre une foule d’hérétiques tous aussi muets que ceux que j’avais rencontrés, mais qui se jetaient à l’assaut des positions impériales sans la moindre hésitation ni la moindre peur. Des deux pelotons descendus avec moi ici, il ne restait plus que quelques escouades éparses qui s’étaient retranchées dans une ruine non loin du monte-charge, luttant désespérément pour leur survie. Les armes laser des troupes dunerriennes tombées au combat n’avaient pas été récupérées par les hérétiques, aussi je décidai aussitôt de me lancer à l’assaut de l’ennemi. Des renforts rebelles continuaient d’arriver par petits groupes de toutes les directions, et se jetaient alors sur moi dans l’espoir de me vaincre, mais leurs aptitudes n’étaient pas suffisante pour rivaliser avec celle d’un inquisiteur de l’Ordo Hereticus tel que moi. Lentement, je me frayais un chemin parmi la foule d’adversaires, guidé par ma foi en l’Empereur et la conviction de ma juste cause.

         Peu à peu, les hérétiques assiégeant la position des soldats de la Garde prirent conscience de ma présence et une partie d’entre eux se rua dans ma direction, mais la plupart d’entre eux s’arrêtèrent net dès qu’ils pénétrèrent à l’intérieur de ma sphère de négation. Cela me permettait d’avoir moins d’adversaire à combattre sur le moment, mais sans aide je craignais bien ne pas pouvoir tenir longtemps. J’avais beau posséder un équipement et des compétences nettement supérieures, le nombre de mes ennemis ne cessait de croître et mes forces n’étaient pas sans limites. Je commençais à croire que j’étais perdu lorsqu’un tir de laser provenant du bâtiment assiégé passa au-dessus de moi et frappa le crâne d’un hérétique qui s’apprêtait à me frapper dans le dos. Un deuxième, puis un troisième, puis encore toute une série de tirs d’une extrême précision frappèrent à chaque fois les assaillants contre lesquels j’étais vulnérable. Cela ne pouvait être que l’œuvre d’un tireur d’élite de haut niveau, capable de réagir en un instant à mes mouvements et à ceux de mes adversaires tout en gardant une précision remarquable. Grâce à cette couverture, je pu vaincre tous les hérétiques qui cherchèrent à m’affronter, découpant ceux qui me faisaient face et laissant les autres à mon mystérieux ange-gardien, jusqu’à ce que les gardes qui s’étaient retranchés viennent me porter assistance en tirant à bout portant sur les traîtres et en les affrontant eux aussi au corps à corps.

         Le combat fut rude, cruel et sans pitié, mais nous en sortîmes victorieux. Il était impossible de savoir combien de ces individus nous avions tué, ni combien d’entre eux s’étaient repliés. Notre seule réelle satisfaction était d’être en vie.

         -  Maître Silverstein !

         C’était le lieutenant Hekman qui s’approchait de moi. Il était entièrement recouvert de sang et de poussière, et son armure portait les marques de plusieurs coups portés par les hérétiques. Son visage dur qui semblait avoir été taillé dans le roc portait deux nouvelles cicatrices au menton et sous la joue gauche, où le sang avait à peine eu le temps de sécher, pourtant il était encore au meilleur de sa forme et prêt à retourner au combat. De sa voix rauque, il ne put s’empêcher de me dire :

         -  Vous leur avez donné une sacrée correction à ces enfoirés, je dois dire. Sans vous, je pense qu’on aurait tous fini par y passer. Où sont les vétérans qui étaient avec vous.

         -  Morts, assassinés par ces traîtres. Je suis désolé pour ces pertes, lieutenant.

         - Ils étaient de bons soldats, c’est vrai, mais au moins ils sont morts en servant l’Empereur.

         -  Au fait, qui est le tireur qui m’a épaulé pendant le combat ?

         Le lieutenant eut un curieux moment d’hésitation.

         -  Euh… et bien il s’agit du tireur d’élite de mon escouade de commandement, le caporal Eric Hosman. Il sert sous mes ordres depuis deux ans.

         -  Je souhaiterais le voir, lieutenant.

         -  … Très bien, maître Silverstein.

         Pendant que l’officier allait chercher ce fameux tireur, je me penchais sur l’un des nombreux corps d’hérétiques qui traînaient au sol afin de l’étudier à la lumière d’une torche. Le symbole maudit de l’étoile à huit branches avait été découpé sur la peau de son cou, probablement à l’aide d’une lame sale au vu des inflammations entourant la zone ainsi marquée, réaction naturelle du corps face aux infections. Je compris également pourquoi il était totalement muet lorsque j’examinai sa gorge, dont les cordes vocales avaient tout bonnement disparu. Il n’en restait que de minuscules manchons à peine visibles, dont les extrémités ne portaient pas la moindre marque apparente de brûlure ou de coupure. Je soupçonnai là l’œuvre d’une manipulation psychique.

         En dehors de cela, le corps ne portait aucune marque de scarification. Mais lorsque je lui relevai ses paupières pour examiner ses yeux, je ressentie un frisson me parcourir la colonne vertébrale : ils ne possédaient pas de pupille et d’innombrables vaisseaux sanguins traçaient des courbes rouges depuis les extrémités vers le centre. J’étudiai plusieurs autres corps et découvrais la même chose sur chacun d’entre eux. Etait-ce là une mutation leur permettant de voir dans le noir ? Ou peut-être une modification corporelle apposée de manière psychique pour les rendre plus performant dans cet environnement ?

         Mais la voix du lieutenant Hekman m’arracha soudain à mes réflexions :

         -  Maître Silverstein ! Voici le caporal Eric Hosman, mon meilleur tireur.

         L’homme que le lieutenant avait amené avec lui devait avoir à peine vingt-huit ans et portait un fusil laser de précision en bandoulière. Son visage était à moitié recouvert par le haut de sa cape de caméléonine, ne laissant voir que ses yeux noirs plein d’assurance et ses courts cheveux bruns coiffés en bataille. Contrairement aux autres soldats, il ne portait pas sa plaque d’identité sur son plastron mais l’avait simplement attaché à sa ceinture, démontrant une certaine opposition au protocole militaire pleinement assumée. Sa voix était emplie d’un orgueil mal placé mais qui tenait plus du défi que d’autre chose :

         -  Caporal Hosman à vos ordres, seigneur.

         Il fit un salut militaire très minimum et hocha légèrement la tête. Ce soldat ne paraissait pas habitué à recevoir des reproches pour son manque flagrant de respect pour la hiérarchie ou tout autre usage militaire propre à son régiment. Je ne pouvais pas me permettre de laisser un sous-officier se comporter ainsi devant moi, aussi décidai-je de le remettre à sa place :

       - Vous êtes en présence d’un inquisiteur de l’Ordo Hereticus, caporal ! Observez la discipline et faites honneur à votre uniforme !

         -  Euh… oui monseigneur, dit-il d’une voix claire en se redressant brusquement avant de s’incliner. Je m’excuse profondément pour ma conduite.

         -  Veuillez bien vous découvrir, alors.

         De sa main gantée, il dévoila le bas de son visage. Une barde de deux jours négligée recouvrait l’extrémité de ses joues et de son menton fendu en deux par une cicatrice, finissant de lui donner une apparence de mauvais garçon bourreau des cœurs. Son nez fin légèrement retroussé était encadré de deux joues aux pommettes saillantes habituées à être remontées par de larges sourires.

         - Pourquoi m’avez-vous aidé tout à l’heure ? lui demandai-je.

        - Euh... seigneur, fit-il en prenant un ton plus humble. Et bien je voudrais vous dire que j’ai été très impressionné lorsque vous avez… fait leur fête à ces enfoirés. Je suis pas un combattant, mais je sais que se mesurer à autant de mecs à la fois, c’est pas permis à tout le monde. Néanmoins vous étiez en mauvaise posture, alors j’ai décidé de vous aider.

         -  Ce n’était pas un ordre de votre lieutenant ?

      -  Non, monseigneur. Il m’avait demandé de me poster au deuxième étage de notre bâtiment pour descendre autant d’ennemis que possible. C’est mon boulot, après tout, et lorsque je vous ai vu étriper ces types… ben je me suis dit que je pouvais vous filer un coup de main.

         Son caractère me plaisait assez. Son soudain changement d’attitude me prouvait bien que cette défiance envers le protocole n’était en réalité qu’une façade, et qu’au fond de lui ce n’était pas le mauvais garçon que l’on pensait à première vue. Je me doutais qu’il devait avoir une psychologie bien plus profonde et complexe. Il y avait quelque chose en lui de fascinant que je n’arrivais pas à m’expliquer, comme une sorte de magnétisme invisible. C’est à ce moment-là que je me rendis compte qu’il ne semblait pas être affecté par mes facultés d’intouchable, une chose assez rare d’après ma propre expérience.

         -  Caporal, lui dis-je. En tant qu’inquisiteur de l’Ordo Hereticus, je n’ai encore personne à mon service, et vous semblez être un tireur d’exception. Accepteriez-vous d’être le premier membre de mon équipe ?

         Le soldat ne put s’empêcher d’exprimer une surprise presque exagérée. L’inquisition n’était pas une institution très appréciée par le reste de l’Imperium, qui voyait ses agents comme des fouineurs et des tyrans, alors qu’ils ne savaient presque rien des terribles menaces contre lesquelles nous les protégions. Eric Hosman ne semblait pas avoir ce genre de problème. 

         -   Pourquoi pas ? me répondit-il simplement.

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