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Dimanche 9 novembre 2008

CHAPITRE SEIZE : REFERMER SES SERRES



      Je m'étais enfermé depuis maintenant huit heures dans la bibliothèque du couvent principal de l'Ordre du Cœur Lumineux, seul, à étudier les informations recueillis au court de mon enquête. J'avais étalé devant moi toutes les données concernant les consommations énergétiques des différents secteurs de la ville d'Isanam. Il m'avait fallu plus de trois heures pour repérer ce que je cherchais : plusieurs augmentations brusques et momentanées des besoins énergétiques correspondant à la consommation d'une machine de purification, et qui ne seraient apparues que récemment. Ce phénomène n'était observé que dans le secteur Gamma-7 de la ville, et j'avais donc aussitôt cherché un plan correspondant.

      Ce secteur était constituée d'un ensemble de bâtiments administratifs où étaient établis les bureaux de plusieurs des industries les plus florissantes d'Ouragos. Il y avait là des secteurs d'activités incroyablement variés, allant des exploitations minières aux banques de séquences génétiques, en passant par plusieurs agences de protection privées. Ensembles, ces bureaux devaient contenir pas moins d'un tiers de l'économie de ce monde et plus de la moitié des emplois de la population, tout cela dans une surface d'à peine un kilomètre carré. Ces immeubles représentaient la puissance économique d'Ouragos dans sa forme la plus administrative.

     Et pour moi, ils représentaient un gain de temps considérable pour mon enquête, car la plupart de ces bureau d'entreprises n'avaient pas l'espace nécessaire pour entreposer la machine de purification que je cherchais. Ce genre d'appareil faisait la taille d'un char de combat super-lourd Baneblade, une chose qui ne s'entrepose pas n'importe où discrètement. Aussi, mon attention se porta uniquement sur les agences qui disposaient des plus grands espaces dans ce secteur, ce qui m'amenait logiquement aux entreprises les plus puissantes.

     Après une longue étude des plans et informations fournis gracieusement par les membres de l'Adeptus Arbites chargés de surveiller cette zone, je ne retins rapidement que trois candidats capables d'abriter la machines : les chantiers navals de la maison noble Isfarios, la guilde Sarudienne de transporteurs marchands, et l'agence de construction générale Xanthor. Chacune de ces trois entreprises disposait d'un bâtiment administratif entier, structurellement isolés des autres construction du secteur Gamma-7 qui étaient pour la plupart reliées par des ponts, des passerelles ou d'autres voies de communication diverses. En examinant un peu plus en détail, je m'aperçue que les agents de sécurité du bâtiment des chantiers navals appartenaient à une autre entreprise dont la maison Isfarios louait les services, alors que les deux autres avait leur propre service de protection privée. Ces deux là étaient donc les plus suspectes, car il est plus facile de garder un secret quand on possède sa propre milice.

       Il ne restait donc plus qu'à départager la guilde marchande et l'agence de construction. Je laissai mon intuition me guider, et rapidement tous mes soupçons se tournèrent vers la guilde Sarudienne. Les marchands sont, de part leur nature, ceux qui sont les plus en contact avec l'univers extérieur, avec ses richesses, ses ressources, et ses dangers. Si la corruption hérétique avait trouvé le chemin d'Isanam, il y avait de fortes chances pour que les marchands y soient impliqués. 

        Je me levai finalement de mon siège et quittai la bibliothèque pour rassembler ma suite. La chanoinesse Thérésa m'avais donné le commandement temporaire de deux escouades de sœurs de bataille. Elle m'avait également permis de prendre à mon service deux membres de l'Ordre du Cœur Valeureux pour ma suite personnelle.

      Le premier était une sœur hospitalière du nom de Ilda Antares, dont les connaissances de la médecine n'étaient plus à prouver. Bien sûr, elle n'était pas une combattante, mais je ne pouvais plus envisager de mener mon groupe vers le danger sans personne pour soigner les éventuels blessés. Sa robe d'un blanc immaculé enveloppait une armure légère noire comme la nuit, dont les décorations argentée représentant le lys de l'Adepta Sororita brillaient même sous la faible lueur du soleil.

      La seconde personne qui me suivait désormais n'était pas réellement un membre de ma suite, mais plutôt un agent de liaison entre l'Ordre du Cœur Lumineux et moi. En effet, la chanoinesse Thérésa avait insisté pour que je sois accompagné par l'une de ses sœurs de bataille, qu'elle avait elle-même choisie pour transmettre mes ordres au reste des troupes. La sœur Claire Ophélias me semblait être quelqu'un de particulièrement douée malgré son jeune âge, qui était la seule raison pour laquelle elle n'avait pas encore été promue sœur supérieure. Elle était d'ailleurs la seule sœur de son rang à avoir reçu une épée énergétique des mains de la chanoinesse elle-même. Tout dans ses gestes, son allure, et son regard, m'indiquait qu'elle était beaucoup plus expérimentée qu'elle ne le laissait penser à première vue.

       Lorsque je pénétrai dans la coure intérieure du couvent où m'attendaient ma suite ainsi que les deux escouades de sœurs placées sous mes ordres, j'ordonnai immédiatement le départ pour le secteur Gamma-7.




      Quelques minutes plus tard, le rhino transportant ma suite et moi-même se trouva devant le bâtiment administratif de la guilde marchande Sarudienne. D'une hauteur impressionnante de huit cent mètre de haut, c'était un fier édifice cylindrique de métal froid, dont le reflet bleuté semblait chercher à le dissimuler dans le ciel dégagé de ce milieu de journée. Très peu de ses innombrables étages possédaient des fenêtres, et d'après le plan que j'avais examiné, le toit abritait un hangar à navette. C'était un édifice plutôt admirable, mais j'avais appris depuis longtemps que ce genre d'apparence ne signifiait absolument rien. 

       Je ne pris pas de détours pour pénétrer le building. Je fit arrêter notre transporteur devant l'accès principale et me dirigea ensuite à pied vers l'entrée, suivit de mes hommes de mains. J'avais laissé notre escouade de sœur de bataille aux limites du secteur, ne voulant pas affoler les dirigeant de la guilde au point de détruire précipitamment toute preuve utilisable. Lorsqu'un groupe d'agents de sécurité approchèrent pour nous arrêter, je n'eu qu'à lever mon insigne inquisitoriale pour qu'ils s'écartent sans rien dire. L'un d'eux sortit cependant un dispositif radio et parla un instant dans le combiné, probablement pour informer ses supérieurs de notre arrivée. Fidge les examina avec un œil attentif, et je me penchai alors vers lui pour lui demander :

            -   Qu'est-ce que vous en pensez ?

            -   D'après leur posture et leurs manières, je dirais qu'il s'agit d'anciens membres des troupes de défenses de la flotte.

            -   Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?

            -   Ils se comportent comme de véritables soldats, et leur démarche montre clairement qu'ils ont passé une bonne partie de leur vie sous une gravité artificielle. Je dirai que ce sont d'anciens combattants de la flotte. Ils sont très prisés par les guildes marchandes pour protéger leurs vaisseaux.

            -   Pensez-vous qu'ils nous causerons des problèmes ?

            -   Et bien, fit-il dans un sourire en coin, tout ce que je peux vous conseiller, c'est de ne pas trop les chauffer.

       La grande porte d'entrée était équipée d'un système de détecteur de mouvements et s'ouvrit à notre approche dans un bruit de rouages mécaniques bien graissés. Le hall se trouvant derrière était tout simplement gigantesque, prenant tout l'espace de ce qui, dans un immeuble classique, auraient été les six premiers étages. Les murs étaient entièrement recouverts d'or, et ornés de nombreuses décorations venues de planètes aussi diverses que lointaines. Devant la porte d'entrée, deux rangées de statues de bronze représentant les divinités d'un monde féodal reculé formaient un couloirs jusqu'au bureau circulaire de la réception. Au centre du hall, un énorme dispositif holographique affichait l'ensemble des planètes du secteur d'Hullerstorm, colorées dans des teintes assez fantaisistes. Bien sûr, ces images n'avait aucun intérêt en elle-même, mais avaient sans doute l'avantage d'impressionner les visiteurs.

       Mais je ne perdis pas de temps à contempler les richesses superficielles de cette salle, et me dirigeai d'un pas rapide vers les agents de la guilde assis derrière leur bureau. C'était des serviteurs à moitié mécaniques, qui manipulaient plus de trois ordinateurs chacun en même temps, même lorsqu'ils levèrent les yeux vers nous à notre approche.

            - Par autorité de la sainte inquisition, annonçai-je d'une voix forte en présentant mon insigne, je souhaite m'entretenir avec les dirigeants de votre guilde.

            -  Nous avons été prévenus de votre arrivée, inquisiteur. Suivez-moi, je vais vous guider.

       Le serviteur se leva alors de son siège pour se diriger vers l'un des grands ascenseurs de verre qui longeaient les murs du halls. Entièrement conçus en verre de façon à permettre de contempler les richesses de la guilde, il était assez grand pour que tout notre petit groupe tienne sans problème à l'intérieur. Après avoir inséré l'un de ses doigts mécaniques dans une serrure intégrée, le serviteur appuya sur une série de touches et l'ascenseur se mit à monter. Nous traversâmes ainsi plusieurs dizaines d'étages où s'affairaient divers serviteurs, marchands et capitaines de vaisseaux, ainsi que plusieurs clients en instance de négociation. Puis, l'ascenseur passa devant quelques niveaux où se trouvaient essentiellement des ordinateurs, cogitateurs et machines de stockage de données où l'on ne voyait absolument personne et où ne se trouvait absolument aucune fenêtre. Et brusquement, l'ascenseur s'arrêta devant l'une de ces étages déserts, toutes lumières éteintes.

            -   Qu'est-ce que cela signifie ? s'emporta Fidge en saisissant le serviteur par le cou. Qu'est-ce que t'as foutu ?

       Mais le pauvre homme semblait tout aussi désemparé face à l'évènement, et ne réussi qu'à bafouiller un flot de mots incompréhensibles. Puis, brusquement, il fut prit de violentes convulsions alors que la partie mécanique de son cerveau semblait subir une surchauffe ou un incident, avant de rendre l'âme. Fidge relâcha le cadavre à moitié fumant dans un geste rageur, avant de dégainer l'un de ses sabres pour attaquer l'épaisse couche de verre constituant la porte de l'ascenseur.

        C'est alors que je vit une silhouette surgir de l'ombre derrière les amas d'ordinateurs entreposés là. C'était un homme grand, enveloppé dans une ample robe de cuir brun, dont le grand âge l'obligeait à s'appuyer sur un bâton aussi grand que lui, à l'extrémité duquel on pouvait voir un étrange dispositif sphérique sur lequel courrait de nombreux arcs électriques. Je compris rapidement qu'il s'agissait là d'un psyker, probablement l'un des plus puissants dont devait disposer la guilde. Il était clair que notre ascenseur ne s'était pas arrêté à cet étage par hasard.

         Aujourd'hui je reconnais que, en ces temps lointains, j'avais les psykers en horreur. Le lien qui existe entre eux et le Warp en fait des être dangereux, capables d'utiliser les énergies malsaines de cette autre dimension à des fins destructrices. Chaque jour, des milliards de psykers naissent à travers la galaxie, et on ne découvre la plupart d'entre eux que lorsqu'il était trop tard pour contrôler leurs terribles pouvoirs. En tant que membre de l'Ordo Hereticus, j'avais pour mission de neutraliser tout psyker qui n'était pas assermenté et loyal à l'Imperium, que ce soit en les capturant ou en les réduisant en cendres. Et même si ce psyker là semblait clairement avoir été mis sous contrôle, sa loyauté me semblait très douteuse...

         Lorsqu'elle aperçut notre ennemi inattendu, Claire écarta violemment Fidge et activa son épée énergétique pour découper la porte beaucoup plus efficacement. Il ne lui fallut que quelques instants avant d'avoir créé une large ouverture dans la couche de verre renforcé et sortir la première. Malheureusement, le psyker de la guilde avait déjà canalisé un flot d'énergie qu'il relâcha en un trait de foudre aveuglant sur nous. Instinctivement, mes hommes se mirent aussitôt à terre en espérant éviter l'attaque. Cependant, je n'avais aucune raison d'en faire autant.

         Le trait psychique disparut instantanément lorsqu'il arriva à un mètre de moi, faisant retomber la pièce dans les ténèbres. Je savourai la surprise que je lu sur le visage du psyker, alors qu'il commençait à reculer d'un pas transpirant l'inquiétude, puis m'approchai lentement de lui. Mon adversaire lança vers moi plusieurs autres attaques psychiques, mais elles s'évaporèrent toutes aussi brusquement que la première lorsqu'elles atteignirent ma sphère de négation. Le psyker comprit alors ce qui se passait, et d'une voix tremblante, il bafouilla :

            -   Tu es... tu es...

-   Et oui, répliquai-je en faisant sortir mes griffes énergétiques. Je suis un Intouchable.

      Le psyker de la guilde trébucha sur un câble alors qu'il reculait et tomba à la renverse, terrorisé. Je m'arrêtai à deux pas devant lui afin de l'englober dans ce vide dimensionnel qui était ma vie, observant la façon dont il y réagissait. Une immense faiblesse s'empara du psyker alors que ses liens avec le warp étaient coupés, et ses yeux fixèrent avec horreur les Lames d'Erudios qui luisaient d'énergies crépitantes sur mes poignets. Avec une pointe de satisfaction dans la voix, je récitai :

            -   Au nom de l'Empereur-Dieu sanctifié, et par autorité de la sainte Inquisition, je vous accuse, vous et vos comparse, de traîtrise et d'hérésie manifeste.

       Puis j'abattis mes griffes sur le visage du psyker, dont la cervelle et les os du crâne furent dispersés sur le sol en une immonde pulpe bouillie.
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SOMMAIRE
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Dimanche 26 octobre 2008

CHAPITRE QUINZE : LES FILLES DE L'EMPEREUR


     L'Ordre du Cœur Lumineux était parmi les ordres les plus puissants de l'Adepta Sororita. Avec ses trois milles deux cent sœurs de bataille, ses centaines de véhicules blindés et plus d'un million de serviteurs de toute sorte, la ville d'Isanam était une forteresse imprenable pour tout ennemi usant de moyens conventionnels. Sous les ordres de la chanoinesse Thérésa Jornilius, les combattantes du Cœur Lumineux étaient réparties dans six couvents différents dispersés à travers la capitale, prêtes à combattre toute menace qui se présenterait.

     Le couvent principal se trouvait non loin du palais de l'Eclésiarchie, et était presque aussi impressionnant que celui-ci, car construits par le même architecte à peu près à la même époque. Par rapport à la demeure du cardinal, ce couvent n'était pas extrêmement haut, mais était en revanche particulièrement étendu, principalement en ce qui concernait le secteur des hangars à véhicules et les plate-forme d'atterrissage des chasseurs Lightwings. Autour de cette zone, les trois ailes de la structure abritaient les chambres de six cent sœurs de bataille, avec au centre de l'aile Nord la cellule de la chanoinesse dirigeante de l'Ordre.

     A cet instant, j'observai longuement les murs dégarnis de la salle incroyablement vide pour quelqu'un d'une telle importance. Les sœurs de bataille ne cherchaient pas la possession matérielle, mais la révélation spirituelle dans le combat au nom de l'Empereur. C'était pourquoi même la chanoinesse Thérésa n'avait comme objets personnels qu'une petite boîte en vieux bois remplis de souvenirs des batailles qu'elle avait mené. Je compris alors ce que c'était que de faire partie de l'Adepta Sororita : dévouer chaque parcelle de son corps et chaque instant de sa vie dans l'unique but de servir l'Empereur divin.

     La chanoinesse était quelqu'un d'incroyablement charismatique, dont le regard pénétrant traduisait la détermination absolue avec laquelle elle accomplissait son devoir sacré. Elle occupait ce poste depuis maintenant plus de dix ans. D'après ce que je savais, l'ancienne chanoinesse de l'Ordre avait disparu mystérieusement lors d'une mission d'investigation contre des hérétiques, et même son corps n'avait jamais été retrouvé. Du haut de ses quatre-vingt-douze ans, Thérésa était une guerrière expérimentée au visage dur, ne laissant paraître aucune faiblesse physique ou morale quant à sa capacité à diriger l'Ordre du Cœur Lumineux. Tout comme sur ma planète natale Eridios, le climat froid d'Ouragos donnait à tous ses habitants un teint extrêmement pâle, et les sœurs de batailles partageaient ce trait de caractère. Comme toutes ses autres sœurs, Thérésa avait les cheveux blancs, décolorés selon un effet secondaire des injections qu'on leur avait fait pour supprimer la production de certaines hormones. Car pour l'Adepta Sororita, des guerrières n'avaient aucune place pour les sentiments inutiles comme la compassion ou l'amour. Seul comptait la dévotion pour l'Empereur et la haine de Ses ennemis.

     Thérésa lu avec attention la plaque de données que je lui avais donné, et qui décrivait ma mission. Lorsqu'elle eut finit, elle me donna un regard amical et annonça :

            -  Je me doutais bien qu'un jour vous finiriez par venir à moi avec de telles instructions. La présence d'hérétiques à Isanam devient de plus en plus évidente ces derniers temps, et je comptais passer à l'action personnellement si aucun ordre du cardinal ne venait. Mais maintenant que vous êtes là, notre chasse sera bien plus facile.

      J'acceptai ces compliments avec un sourire retenu en inclinant légèrement la tête. Du fait de leur rattachement à l'Eclésiarchie, les sœurs de bataille travaillaient toujours en étroite collaboration avec l'Inquisition, car elles constituaient le poing vengeur de l'Empereur qui s'abattait sur ceux qui s'étaient détournés de la foi Impériale, le Lectio Divinitatus. Thérésa avait donc plusieurs fois suivis les ordres d'un inquisiteur afin de purifier la ville d'Isanam des traîtres qui voudraient souiller cette ville sainte, mais jamais encore en tant que chanoinesse. Je pouvais lire tout cela dans son regard, mais je m'abstins de le montrer, et me contentai de donner mes directives :

            -  Je vais réquisitionner plusieurs de vos sœurs pour une traque, ainsi que quelques serviteurs et deux véhicules de transport Rhino.

            -   Vous avez des exigences précises quand aux capacités de ces troupes ?

            -   En effet. Je vous ai préparé une liste complète de ce dont j'ai besoin.

      Je tendis une autre plaque de données à la chanoinesse, et celle-ci parut satisfaite par ces exigences. Sans rien dire de plus, elle se dirigea vers la porte de sa cellule, qu'elle ouvrit pour s'adresser à l'une des sœurs qui y étaient postées en lui confiant l'objet :

            -  Véronica ! Je voudrais que vous rassembliez tout le personnel du couvent qui correspond à ces critères et qui sont disponibles. L'inquisiteur Silverstein procèdera à leur sélection pour une traque.

            -    A vos ordres, ma sœur.

      La sœur s'éloigna dans les couloirs de l'aile Nord et Thérésa referma alors la porte de sa cellule. La chanoinesse se tourna ensuite vers moi, alors que j'observais ses geste d'une manière qui était, je l'admet, particulièrement inquisitoriale.

            -  Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il y a une forte présence hérétique à Isanam ? demandai-je lentement.

            -   Des messages codés laissés un peu partout dans les endroits publiques. Nos scribes et sages tentent de les interpréter sans résultat depuis maintenant trois semaines.

            -    En avez-vous des exemplaires à me...

       Mais je n'avait pas finit ma phrase que Thérésa me tendait déjà une liasse de petites feuilles de mauvaise qualité. Sur ces feuilles, des phrases apparemment sans aucun sens étaient écrites assez salement, mais je savais que plusieurs personnes sur Isanam devaient bien pouvoir les lire autrement. J'avais déjà eut affaire plusieurs fois à ce genre de stratagème, bien que je n'avais pas toujours réussi à en percer leur code. Et malheureusement, les phrases que je lut sur ces papiers ne me donnèrent pas l'impression que je pourrais percer celui-là.

            -   C'est du Haut Gothique, annonçais-je avant de me rendre compte que Thérésa s'en était certainement déjà rendu compte. Cela signifie que ce culte est constitué d'individus très éduqués, et par conséquent très dangereux. Il faut donc orienter nos recherche en ce sens.

            -   Nous sommes arrivés à la même conclusion. Mais si l'on exclue les pèlerins qui cheminent vers Terra, Isanam possède une population extrêmement riche, et la quasi-totalité des habitants connaît donc le Haut Gothique. Ce seul critère ne nous est d'aucune utilité.

            -   La meilleurs cachette des hérétiques est toujours la foule, expliquais-je. Ils utilisent du matériel de mauvaise qualité car il est accessible à tous, et nous ne pouvons absolument pas déterminer sa provenance. L'emploie du Haut Gothique pose le même problème. Est-ce que vos scanners ont décelé quelque chose de particulier sur la composition du papier ou de l'encre ? Un élément présent en des proportions particulièrement grande, par exemple ?

            -  Non, c'est plutôt le contraire : certains constituants sont présents en dessous de la normale.

       Une lueur s'alluma brusquement dans mon esprit. Un début de piste m'apparut lentement, teintée d'un sentiment profond de déjà-vu qui me laissa grandement enthousiaste. Je regardai de nouveau plusieurs des inscriptions codées, puis sortis une minuscule lampe à ultra-violet qui confirma mes doutes :

            -   La coloration est incomplète. Cela ne peut avoir été causé que par une machine de purification particulièrement puissante, qu'ils ont utilisée pour retirer toute trace pouvant les trahir. Or, ce genre d'appareil est extrêmement cher, et ne se trouve pas facilement.

            -    Je comprends. Le nom de celui qui l'a commandée à l'Adeptus Mecanicus doit être sur les registres.

            -    Inutile de chercher dans les registres : les hérétiques ont certainement manipulé quelqu'un pour acheter l'appareil à leur place, avant de le tuer pour qu'il ne puisse pas les dénoncer.  L'indice n'est pas la valeur de cette machine, mais ses caractéristiques propres : elle est volumineuse, bruyante, et consomme une quantité d'énergie particulièrement importante.

            -    Alors que devons-nous faire pour trouver son emplacement ? demanda Thérésa nerveusement.

            -    Dès que j'aurais constitué ma suite, je commencerai mes recherches. Pendant ce temps, je veux que vos sœurs continuent leur office normalement, afin de ne pas attirer les soupçons.

            -   Très bien. Nous ferons selon vos désirs.

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Lundi 13 octobre 2008

CHAPITRE QUATORZE : TRAQUER LES IMPURS



      La grande salle d'audience du palais de l'Eclésiarchie d'Isanam possédait des dimensions tout simplement titanesques. La plupart des gens qui y étaient convoquées ou amenées de force se sentait incroyablement minuscule face à la puissance de l'Imperium. Des rangées de statues représentant les héros et saints d'autrefois étaient plaquées contre les murs, entourées par d'énormes colonnes de pierres ornées des symboles de l'Eclésiarchie. Sur le sol dallé de marbre, des fresques illustrant plusieurs glorieuses batailles datant de la Grande Croisade avaient été sculptées, et un grand nombre de reliques saintes étaient exposées derrière d'épaisses vitres blindées, protégées par des sceaux de pureté et plusieurs sœurs de batailles en armures complètes. Tout, en cette vaste salle, inspirait la puissance de la foi impériale.

      Mais je n'étais en rien impressionnée par toute cette pompeuse mise en scène, car c'était bien la dernière chose dont je pouvais me soucier en cet instant. Le message que je m'apprêtais à délivrer hantait mon esprit à chaque seconde de ma vie depuis que mon équipe et moi avions quitté Tlosma Secondus. Mais ce qui me rendait également nerveux était d'avoir dû laissé mes armes dans le vestibule pour pouvoir rentrer. J'avais beau me trouver dans l'un des lieux les mieux gardés de toute la planète-temple Ouragos, je n'aimais pas me sentir désarmé.

      Depuis que j'avais été affecté par mon Ordo au sous-secteur Hantorius, il y a six mois de cela, je n'avais encore jamais mis les pieds sur Ouragos. Ce monde était un tel symbole de foi et de pureté que la sécurité y était particulièrement importante, et les rares incidents qui s'y déroulaient ne nécessitaient que très rarement l'intervention d'un inquisiteur. Je ne devais donc en aucun cas montrer le moindre signe de faiblesse si je voulais espérer être pris au sérieux. Et c'est donc avec une expression de détermination totale que je traversais la salle d'audience, pour arriver finalement devant le trône où siégeait le cardinal Tantius, le principal dirigeant de la planète sainte d'Ouragos.

           Dans sa tenue d'apparat, l'homme de foi était assez impressionnant pour le commun des mortels, mais un œil bien attentif pouvait voir qu'il était d'une constitution assez faible, même comparé à moi. Le grand âge du cardinal aurait déjà dû montrer des signes depuis plusieurs années déjà, mais bizarrement il n'en était rien, probablement grâce à des techniques de soin que lui seul pouvait se permettre, identiques à celles utilisées par le couple Klaw. Devant lui, ses conseillers et plusieurs autres dirigeants importants d'Isanam étaient assis devant une longue table de pierre blanche, où étaient étalés des rapports écrits venant des quatre coins de la planète, et qu'ils épluchaient méticuleusement. Je ne fis pas attention à eux, et concentrai mon attention sur le seigneur qui m'observait depuis son trône.

            -  Votre Honneur, commençai-je avec un respect mesuré, je me présente devant vous en tant que loyal serviteur de l'Inquisition pour vous mettre en garde d'un grand danger.

            -  Vraiment ? fit le cardinal avec une surprise que je devinai fausse. Et quel est donc ce danger, inquisiteur Silverstein ?

      Il semblait que cet homme n'était pas convaincu par mes paroles, ce que je comprenais assez bien si l'on considérait les puissantes défenses d'Ouragos. Je devais d'autant plus faire très attention aux mots que j'employai :

            - Cela fait maintenant plusieurs mois que je traque un hérétique extrêmement dangereux nommé Travis Meldios. J'ai récemment découvert qu'il a rassemblé un grand nombre d'artéfacts chaotiques afin de mettre en place un large plan de destruction des cinq plus importantes planètes du secteur Hullerstorm, et Ouragos en fait partie.

            -   Et comment cet hérétique compte-t-il détruire ma planète ?

       Je réprimai une expression d'irritation en entendant cela. Les cardinaux avaient certes la charge de diriger les mondes-temples de l'Eclésiarchie, mais ceux-ci appartenaient d'abord à l'Imperium et à l'Empereur. Même les gouverneurs planétaires savaient que les mondes qu'ils administraient leur appartenaient autant qu'une machine appartient à l'ouvrier qui travail dessus. Cependant, je n'avais pas envie de me faire un ennemi du cardinal Tantius en lui rappelant ces devoirs. Pour le moment, j'avais besoin de son aide, mais si jamais je parvenais à arrêter Meldios, je me ferais une grande joie de remettre à sa place ce ramassis d'orgueil. Calmement, je continuai mon explication :

            -   Un technaugure d'Accatran qui avait été capturé par les hommes de Meldios m'a révélé que la Place de l'Empereur est liée à son plan d'une manière ou d'une autre. J'ignore encore comment il compte utiliser les artéfacts qu'il a récupéré, et c'est pourquoi je suis venu ici le plus vite possible.

            -  Je vois, se contenta de dire Tantius. Dans ce cas, je ne vois aucune raison de m'opposer à votre enquête. D'ailleurs je pense même pouvoir vous y aider à ma manière : depuis quelques temps, plusieurs rapport ont fait état d'une forte présence hérétique dans certains quartiers de notre ville sainte.

            -  Quelle sorte de présence ? Propagande ? Actes de vandalisme ou purement agressifs ?

            -  Et bien, à vrai dire, je ne connais pas les détails moi-même. L'enquête est actuellement mené par les sœur de bataille de l'Ordre du Cœur Valeureux, aussi je vous conseil de vous rendre au couvent principal pour obtenir plus de renseignements.

            -   Je vous remercie pour votre coopération, seigneur Tantius.

    Je m'inclinai respectueusement et se retournai vers la sortie. Je n'avais jamais aimé les manières pompeuses de ce genre d'individus, qui traduisaient clairement la situation aisée dans laquelle ils pantouflaient. A partir d'un certain rang de responsabilité, et donc de richesses, les hommes changeaient, quels qu'ils soient. Même le plus saint homme possédait en lui la graine de la décadence, qui germait lorsqu'elle était trop arrosée par l'argent, la vanité et l'orgueil. Un enseignement que j'avais appliqué à ma propre vie lorsque j'avais renoncé à la fortune de mes ancêtre pour la léguer à ma sœur cadette. J'avais rejoint l'Inquisition avec quelques maigres possessions dans le but de traquer ceux qui favorisaient la corruption dans l'Imperium, mais j'avais fini par retrouver les mêmes dirigeants prétentieux et hautains, uniquement soucieux du maintient de leur propre situation. Peu importe l'endroit, un homme est un homme, toujours avec les mêmes faiblesses, et cela m'écœurait profondément.

     Alors que je marchais vers l'immense porte dorée, mon regard fut attiré par les sœurs de bataille qui gardaient les reliques d'Isanam. Ces guerrières étaient la première ligne de défense de ce monde, que ce soit contre le mutant, l'hérétique ou le xénos. Il y avait bien une garnison de gardes impériaux et une puissante flotte de protection standard en orbite, mais c'était surtout les combattantes de l'Adepta Sororita qui se chargeaient des affaires militaires au sol de la planète. L'Ordre du Cœur Lumineux auquel elles appartenait rassemblait plus de trois mille sœurs sur cette seule planète, toutes prêtes à donner leurs vies pour défendre l'Imperium. Je n'avais encore jamais eu l'occasion de voir ces guerrière en action, mais tous les hommes un tant soit peu éduqués savaient qu'elles étaient des combattantes d'élites extrêmement compétentes. Et d'après ce que venait de me dire le cardinal, j'allais certainement devoir faire autant appel à leur puissance qu'aux renseignements qu'elles détenaient.





Au même moment...

     Le conseil de guerre d'Elthir n'avait pas été réuni depuis des années, lors de la crise ork sur le monde exodite de Hulir San. C'était un évènement extrêmement rare que de voir rassemblés ainsi tous les autarques et grands prophètes du vaisseau-monde, mais c'était toujours un signe de grand danger pour la race eldar. Et même si le danger qui planait sur le monde humain d'Ouragos ne menaçait pas directement le vaisseau-monde, Elia avait jugé que la situation était suffisamment grave pour justifier une telle réunion.

     La salle du Conseil de Guerre était constituée de deux grandes tribunes se faisant face, avec d'un côté les grands prophètes, guides spirituels du vaisseau-monde, et de l'autre les autarques, chefs militaires des armées eldars. Elia se tenait debout entre les deux tribunes, finissant de décrire la vision qu'elle avait eut dans son rêve, voyant clairement les regards de son auditoire devenir de plus en plus inquiet. Et lorsqu'elle eut finit son récit, un long silence régna dans l'assemblée tandis que chacun réfléchissait le plus calmement possible pour éviter de trop hâtives réactions.

      Le premier à réagir fut le grand prophète Nagash Irlios, qui avait facilement deux fois l'âge d'Elia, et qui s'adressa pourtant à elle avec respect en utilisant le rang de haute dirigeante d'Elthir qu'elle tenait :

            -  Comment interprétez-vous cette vision personnellement, Prophétesse Suprême ?

            -  Il est clair que le portail démoniaque que j'ai vu s'ouvrir sera d'une taille telle que les humains n'auront certainement pas la puissance nécessaire pour le refermer.

            -  Pourtant, d'après les renseignements que nos espions ont récolté sur le monde d'Ouragos, les forces militaires présentes dans la capitale sont plutôt importantes.

            -   Je le sais, grand prophète Irlios. J'ai également consulté les archives. Mais j'ai de très fortes raisons de penser que les forces démoniaques qui vont se déchaîner sur cette planète seront d'une dimension rarement atteinte dans l'histoire de notre race.

       L'assemblée se tue une nouvelle fois. Tous les habitants d'Elthir connaissaient les remarquables facultés de prédictions d'Elia, l'un des deux Enfants Prodiges. Dès son plus jeune âge, elle avait démontré des capacités psychiques dépassant de loin celles de tous les autres grand prophètes. Il était inutile de chercher à remettre en cause ses visions, ou même ce qu'elle avait pensé par rapport à celles-ci.

            -  Et en quoi la disparition d'un monde mon-keigh pourrait nous inquiéter ? lança subitement un jeune autarque encore trop impétueux.

        Elia s'attendait à ce genre de remarque, qui était habituelle parmi la race eldar où l'orgueil de la race était particulièrement présent. Le terme mon-keigh était d'ailleurs un moyen très péjoratif pour parler des humains, une chose que la Prophétesse Suprême n'aimait pas vraiment. Elle s'apprêtait à répondre lorsque le Commandant Suprême Irul Elronir se leva de sa place. Irul était le second Enfant Prodige, l'époux d'Elia Réa, et celui qui partageait avec elle le titre de Haut Dirigeant d'Elthir. A eux deux, ils guidaient leur peuple depuis des décennies à travers une ère de bonheur et de prospérité, qui rappelait aux plus anciens l'époque où leur race régnait en maître sur la galaxie. Les décisions de ceux que l'on nommait les Amants Eternels étaient respectées par tous. Et lorsque Irul prit la parole, tous l'écoutèrent aussitôt avec la plus grande attention :

            -  Il y a deux raisons pour lesquelles nous devons intervenir. D'abord parce que le chaos est notre ennemi, et que nous ne pouvons ignorer aucune de ses intrusions dans le monde réel lorsque nous pouvons encore les contrer. Et ensuite parce que si la Grande Ennemie parvenait à souiller Ouragos et sa ville sainte Isanam, l'espoir que cette planète fait rayonner sur ce secteur de l'empire humain disparaîtrait. Cela rendrait les autres planètes impériales beaucoup trop vulnérables face aux nombreux ennemis qui les guettent, et finirait par provoquer la chute de tout ce secteur. La foi et la détermination des mon-keighs, comme vous les appelez, se mettra à fondre comme neige au soleil, et leur empire s'effondrera progressivement.

            -   J'accepte le fait que nous devons combattre le chaos, répliqua le jeune commandant, mais pourquoi ne pas plutôt profiter de cette intrusion pour laisser les mon-keigh disparaître comme vous l'avez si bien décrit ?

            -    Parce que nous avons besoin d'eux.

            -    Quoi ?!

       Le jeune autarque était profondément outré par la réponse du Commandant Suprême, et cela se lisait clairement sur son visage. Plusieurs autres membres du grand conseil eurent la même réaction, mais cela ne changea pas l'avis d'Irul, qui continua son explication :

            -  Depuis la Chute de notre race, d'innombrables ennemis sont apparus dans cet univers dans l'unique but de dominer ou de détruire toute vie. Chaos, orks, genestealers, Taus, sans compter nos sombres cousins, tous combattent aussi dur que nous pour étendre leurs empires et devenir les maîtres de cette galaxie. Il serait fou de penser que nous pouvons tous les contenir.

            «   C'est pourquoi nous avons besoin d'une enclume forte et indestructible contre lequel les écraser avec le puissant marteau de nos armées. Et l'Imperium de l'Humanité a toujours été l'outil idéal pour cela. Si cette enclume disparaissait, nous aurions comme seule option de combattre nos ennemis avec des moyens standards, ce qui nous mènerait inévitablement à notre perte.

            «   Voilà pourquoi nous avons besoin de maintenir l'équilibre dans les forces de cette univers. Voilà pourquoi l'empire humain doit rester fort, fier et déterminé. Voilà pourquoi nous devons protéger Ouragos. Parce que sinon, tôt ou tard, notre race sera écrasée par nos nombreux ennemis.

       Un tonnerre d'applaudissements raisonna contre les murs de la grande salle, et Irul lança un sourire de satisfaction à Elia, qu'elle lui rendit au centuple. Le Grand Conseil était définitivement rallié à leur avis.

            -  Maintenant que nous sommes d'accord sur le fait de devoir intervenir, fit le grand prophète Irlios, quelle solution envisagez-vous pour résoudre ce problème ?

            -   Une action directe contre le culte de la Grande Ennemie est absolument hors de question annonça Elia d'un ton froid. Si nous éliminions les dirigeants principaux de la planète sans avoir dévoilé leur nature démoniaque, nous attirerions irrémédiablement sur Elthir la colère des humains à un point encore jamais atteint.

            -   Vous préconisez donc une action indirecte par influence ? Très bien. Et qui sera notre outil pour cela ?

            -    L'écheveau du temps m'a déjà révélé une personne que nous pourrions utiliser, répondit Elia.
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Lundi 22 septembre 2008

CHAPITRE TREIZE : LES PIONS SONT EN PLACE



         Le lendemain, nous examinâmes les documents qui avaient été laissés dans l'installation des hérétiques. La quantité d'information était tout simplement énorme, et n'était rangée selon aucun ordre nous permettant d'en avoir une vision d'ensemble. Afin d'éviter tout incident, je demandai à Eric et Franck de rester sur le Phœnix et de nous attendre. La corruption peut prendre de nombreuses formes, et celle de l'écriture est la plus subtile.

        Par chance, le technaugure Xan-D6 possédait des facultés d'enregistrement incroyablement développées. Ses implants et augmentations cérébrales lui avait donnée la mémoire d'un ordinateur, aussi précise et gigantesque que les systèmes de stockages de données standard de l'Adeptus Mecanicus. De plus, sa nature à moitié cybernétique lui confiait une certaine protection contre l'aura chaotique dont cette pièce était imbibée. A ses côté, Fidge, Rayne et moi-même tentions de comprendre ce qu'étaient en train de préparer Meldios et ses hérétiques en fouillant les pilles de rapports entassés là.

        Ils étaient écrits en Bas Gothique, le langage courrant mais qui, malheureusement, peut varier énormément d'une planète à l'autre. Il devait y avoir au moins une dizaine de dialectes différents employés sur les divers écrits, ce qui signifiait que Meldios avait rassemblé une équipe d'hommes venus de nombreux mondes différents, et qui avaient chacun rédigé ces textes dans leurs langages communs. Je connaissais certaines notions pour deux ou trois de ces dialectes, mais de nombreux détails m'échappaient. Apparemment, ces hommes avaient eut pour tâche d'examiner des artéfacts de natures et d'origines diverses, dont des croquis trop grossiers pour être considérés valables avaient été dessinés à la main. Ils leur avaient fait subir plusieurs tests, et principalement des études de résonance Warp, consistant à connaître le rayonnement émis par ces objets dans l'Immaterium. Et si j'en jugeais par la taille de ces archives, le nombre de ces objet devait être assez inquiétant.

         Leur nature m'étais cependant totalement inconnu. Leurs formes ne ressemblait à rien de ce que je connaissait des artefacts chaotiques communs, ce qui signifiait qu'il devait s'agir d'objets plus importants que de simples armes ou équipements liés au Warp. Ceux qui avaient été chargé de les étudier ne devaient pas en savoir beaucoup plus, et s'étaient contenté d'effectuer leurs analyse sans comprendre réellement ce qu'ils avaient entre les mains. Plus j'étudiais ces rapports, et plus je comprenais que ce qu'était en train de mettre au point Meldios était quelque chose aux dimensions tout simplement titanesques, qui pourrait changer à jamais le visage du secteur Hullerstorm.

        Au bout de plusieurs heures de lecture, j'estimais que nous en avions assez vu et nous retournâmes donc à bord du Phœnix pour prendre un peu de repos. J'en profitai pour prendre à part Xan et l'interroger un peu plus sur sa présence sur Tlosma-II.

            -   J'avais été envoyé ici il y a 38 jours standards de cela, m'expliqua-t-il. Un défaut est survenu dans le fonctionnement de l'une des foreuses des installations minières civiles, et j'ai reçu la noble tâche de le corriger. J'étais alors accompagné par quatre serviteurs techniques.

            -   Et que leur est-il arrivé ? demandai-je.

            -  Ils ont été jetés dans un broyeurs de déchets sur la citée mobile Golius par mes ravisseurs.

            -   J'aimeriez que vous me parliez des bâtiments qui intéressaient les hérétiques, ceux que vous aviez aidé à construire.

            -   Il y en a cinq en tout : le palais du gouverneur Floger de Hullorden, la basilique St Hélène sur Dunerre, la grande place de l'Empereur d'Ouragos, les casernes du bastion Alpha de Kores, et la grande chapelle de la forteresse monastère de Rynn.

        Alors que Xan m'énumérait ces lieux, mon sang se glaça pour devenir plus froid que le vide absolu de l'espace. J'en eut le souffle coupé rien que d'imaginer l'importance de chacun, et pourquoi Meldios avait voulu en connaître plus sur eux.

        Hullorden était le monde-capitale du secteur Hullerstorm, et il abritait de ce fait les plus importants dirigeants des institutions impériales, que ce soit de la Garde Impériale, de l'Administratum, du Munitorum ou même de l'Inquisition. Les régiments de Dunerre étaient la principale force mobilisée pour contenir les Waaagh incessante de l'empire ork de Charadon, qui menaçait constamment pas moins de six planètes impériales. Ouragos la magnifique formait l'une des étapes du pèlerinage vers Terra, et c'est là que se trouvait le siège de l'Eclésiarchie dans le secteur Hullerstorm. Kores était le troisième plus important monde forteresse de ce côté de la galaxie, et l'un des principal ports d'attache de la flotte impériale de cette partie du Segmentum Ultima. Quand à la verdoyante planète de Rynn, il s'agissait du monde chapitral des Crimson Fist, de l'Adeptus Astartes, sur qui reposait une grande part de la protection d'Hullerstorm.

        Tous ces mondes étaient d'une valeur stratégique énorme, et Meldios avait décidé de les détruire. S'il réussissait, des dizaines d'autres mondes deviendraient alors des proies extrêmement faciles pour les nombreux ennemis de l'Imperium. J'ignorais encore totalement comment Meldios avait l'intention d'agir, mais j'étais certains qu'il possédait désormais toutes les cartes pour mettre son plan à exécution.

        Nous n'avions donc plus de temps à perdre.

            -   Nous devons faire route vers l'un de ces mondes, déclarai-je.

            -   Mais lequel, seigneur ?

        Je me dirigeai alors vers la salle principale et sortis une carte stellaire du secteur Hullerstorm. D'après notre position, la capitale Hullorden était la cible de Meldios la plus proche de nous, mais à bien y réfléchir, le palais du gouverneur était une structure bien trop grande pour que nous puissions y découvrir à temps la nature du danger. De plus, je craignais que le gouverneur n'apprécie pas totalement le fait que son palais soit le sujet de fouilles minutieuses ordonnées par un jeune inquisiteur à peine expérimenté. Il serait plus sage d'envoyer un rapport à mon maître Kantores afin qu'il gère l'affaire là-bas, où il aurait beaucoup moins de difficulté à imposer une inspection.

        La deuxième cible la plus proche était le monde-temple d'Ouragos, avec pour lieu-clé la Grande Place de l'Empereur, dans la ville-capitale d'Isanam. J'avais autrefois eut l'occasion d'admirer cet endroit merveilleux érigé à la gloire du Maître de l'Humanité, et je savais donc de quoi il était question. Ce n'était pas le genre d'endroit où il était facile de dissimuler quelque chose, et ce serait probablement le lieu où nous pourrions le plus facilement obtenir des résultats. Sans compter que la population d'Ouragos fait partie des plus pures de tout le secteur en ce qui concerne les mutants et hérétiques. C'était le siège de l'Eclésiarchie et le monde-couvent de l'Ordre du Cœur Valeureux de l'Adepta Sororitas. Nous y trouverions donc très rapidement de l'aide pour notre enquête.

         Sans hésiter, je me dirigeai vers la chambre de Franck, qui était en train de se reposer sur sa couchette. D'une voix que je m'efforçais d'être détendue, je lui ordonnai :

            -  Prépare notre départ. Nous devons nous rendre sur Ouragos.

         Juste avant que nous ne partions, je retournai à la base des hérétiques et mis le feu à la salle des archives.




    La ville sainte d'Isanam, capitale de la planète Ouragos, était resplendissante sous la faible lumière de son soleil. Les sommets dorés ou argentés de ses temples et autres édifices sacrés, érigés à la gloire de l'Empereur, brillaient d'une pâle lumière qui semblait presque surnaturelle. Ou du moins, pour les esprits de simples humains. Chaque jour, des millions de pèlerins posaient le pied sur ce monde sacré, qui faisait partie des étapes du pèlerinage vers la grande Terra. Leurs prières résonnaient à travers toute la planète pour prouver la pureté de leurs âmes, dans le but d'être dignes de faire un pas de plus vers la terre sainte de l'Empereur où ils espérait trouver l'illumination salvatrice. Ainsi, malgré son climat froid et parfois même presque inhospitalier, Ouragos faisait partie des mondes les plus sacrés de tout l'Ultima Segmentum.

     Mais tout ceci ne signifiait rien pour la grande prophétesse Elia Réa.


     Flottant haut dans les airs au-dessus de la ville humaine, la jeune eldar était vêtue d'un simple pagne blanc, comme elle l'avait été dans chacune des visions qu'elle avait eut le long de ces deux derniers siècles. Cette vision là lui était déjà apparue plusieurs fois dans ses rêves, se faisant de plus en plus long d'une nuit à l'autre, comme si à chaque fois elle revoyait un peu plus longtemps le même enregistrement holographique. Mais après plus d'une dizaine de visionnage, le message de ce rêve lui restait obscur, dissimulé à la fin de cette scène qu'elle voyait se rejouer chaque nuit devant ses yeux.

      Elia savait parfaitement que ce rêve était un élément de l'avenir, d'un avenir proche, et dont les évènements ne pouvaient être ignorés. Un cataclysme était sur le point de s'abattre sur ce monde, mais elle en ignorait la nature. La plupart des visions qui venaient à la caste des grands prophètes se manifestaient lorsqu'ils étaient éveillés et qu'ils sondaient le labyrinthe des futurs possibles, mais les présages les plus importants ne venaient qu'en rêve. Et si on en jugeait par l'insistance de celui-ci, son message était d'une importance vitale pour la race eldar.

      Comme à chaque fois, Elia fut transportée par les vents jusqu'à la grande place de la cité sainte humaine. C'était un lieu calme, apaisant, car accessible uniquement à ceux munis d'une autorisation écrite de l'Eclésiarchie, l'ordre religieux qui gouvernait ce monde. Organisée en plusieurs cercles concentriques ascendants, la grande place pavée était ornée de gigantesques statues représentant l'Empereur de l'Hummanité, placé au centre, avec autour de lui les Primarques qui lui étaient restés fidèles durant ce que les humains nommaient l'Hérésie d'Horus. Devant chacun de ces monuments sacrés étaient postées des femmes en armures argentées et aux cheveux blanchis malgré leur jeune âge. Lourdement armées et leurs longues capes ornés de nombreux symboles religieux, ces femmes étaient des sœurs de bataille, la chambre militante de l'Eclésiarchie chargée de protéger tout ce que l'Imperium avait de plus sacré. Le vaisseau-monde d'Elthir, dont Elia était la grande prophétesse, n'avait jamais eut affaire à ces combattantes, mais la jeune eldar savait qu'elles étaient plus que compétentes dans l'exercice de leurs fonctions.

      La vision continua, et Elia flotta lentement vers la statue de l'Empereur qui, depuis le centre de la place, dominait de sa hauteur tout le reste de la ville. Dans le même temps, un cardinal accompagné de sa suite de prêtres gravissait les marches menant à l'imposant édifice d'or pur. Ils étaient vêtus de leurs amples habits de cérémonie, et allaient sans doute procéder à quelques rituel propre à leur religion car les gardiennes s'écartèrent sans rien dire à leur approche. La dernière fois, la vision d'Elia s'était arrêté à cet instant, et alors qu'elle ignorait quant est-ce qu'elle finirait par se réveiller, la grande prophétesse concentrait toute son attention sur la délégation qui approchait de la statue.

      Devant le monument se tenaient plusieurs sœurs de batailles faisant partie des troupes d'élite que l'on nommait les Célestes. Reconnaissables au casque blanc orné de la fleure de Lys qu'elles portaient, ces troupes resplendissaient de pureté, dégageant autour d'elles une incroyable force de conviction. Bien qu'Elia était à l'abris des croyances de cette race, elle était fascinée par la prestance de ces femmes et par la dévotion dont elles faisaient preuve. Elles étaient menées par une sœur supérieure, dont les nombreux sceaux de puretés témoignaient des actes de foi qu'elle avait accompli tout au long de sa vie.

     C'est cette sœur supérieure qui s'avança vers le cardinal pour s'incliner respectueusement devant lui, tandis que ses guerrières mettaient un genoux au sol.

            -  Mon seigneur Tantius, dit-elle lentement. Nous sommes honorées par votre présence.

      Mais le cardinal ne répondit que par un sourire sadique, doublé d'un regard de fou. Puis, avec une rapidité déconcertante, il dégaina une longue épée scintillante de sous sa robe et frappa la sœur supérieure qui s'effondra dans une gerbe de sang. L'instant d'après, ses prêtres sortirent d'étranges armes soniques et ouvrirent le feu sur les célestes. Les guerrière n'eurent pas le temps de réagir, et malgré la protection de leurs armures énergétiques, les projectiles démoniaques qui sortires des armes des prêtres transpercèrent leur corps aussi facilement que si elles avaient été nues.

      Attirées par le bruit des coups de feu, les autres guerrières postées sur la place gravirent les escaliers menant à la statue de l'Empereur afin de venger leurs sœurs. Mais les prêtres tournèrent leurs armes soniques vers elles et les forcèrent à se mettre à couvert. Pendant ce temps, le cardinal s'avança vers la sœur supérieure qui agonisait sur le sol pavé. Faisant preuve d'une force surnaturelle, il la souleva d'une seule main par le cou et la plaqua contre la statue. Le rictus de douleur qui tordait le visage de la vétérante s'accentua alors qu'elle affrontait le regard dément de celui qui avait autrefois été un humain.

       Le cardinal leva soudain sa lame démoniaque et la plongea dans la poitrine de la femme, transperçant entièrement son corps pour la clouer à la statue de l'Empereur. La sœur fut soudain agitée de nombreuses convulsions de plus en plus violentes, et une douleur intense lui arracha un cri qui réjouit son bourreau. Puis, brusquement, tout son sang s'échappa de son corps en une multitude de flots qui aspergèrent le monument sacré, et alors que le cardinal s'éloignait d'elle, l'espace commença à se déformer autour de la statue. La lumière elle-même fut aspirée par le gigantesque portail qui s'ouvrit sur le Warp, et d'où une multitude de démons se mit à surgir sous les yeux ravis du cardinal possédé.

       C'est à ce moment qu'Elia se réveilla.

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SOMMAIRE

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Jeudi 11 septembre 2008

CHAPITRE DOUZE : UN PAS DE PLUS


     Ce qui avait été une salle bourdonnante d'activité quelques instants auparavant n'était plus qu'un grand espace totalement dépeuplé et sans vie. Les artéfacts qu'étaient en train d'étudier les hommes de Meldios avaient également disparu, ainsi que certaines machines parmi les plus rares, probablement. Il y avait deux raisons possibles à cela. La première était que cette évacuation était prévue, mais j'en doutais sérieusement. La seconde était que nous avions été repérés.

            -  Que fait-on, Asphar ? demanda Eric. On se tire ?

            -  Non. Nous n'aurons peut-être pas d'autres chances. Descendons dans le laboratoire et tentons de trouver Meldios.

      Rayne fut la première à agir. Avec sa souplesse naturelle, elle se laissa tomber de la passerelle avant de se rattraper aux poutrelles de soutient en métal, puis lâcha prise et atterrit en dégainant ses armes. Cette fois-ci, ce fut moi qui passa devant Fidge et Eric, mais en descendant simplement les escaliers tout en surveillant les alentours. La salle devait faire environ trente mètres en longueur et en largeur, avec une seule porte d'accès en dehors de celle par laquelle nous étions entrés. C'était une grande porte en bois à double battants qui n'était verrouillé par aucun système de sécurité.

            -  Ca pue le piège à plein nez, lâcha Rayne.

            -  Peut-être, fis-je, mais on a pas le choix.

        La chasseuse de prime sortit une fibre optique de sous sa combinaison et la passa sous la porte pour espionner ce qui se trouvait derrière. Quelques instants plus tard, elle annonça :

            -  C'est une salle d'archivage. Il y a quinze hommes équipés de fusils mitrailleurs et d'armures légères. Ils nous attendent.

            -    Qu'est-ce qu'on fait, Asphar ? demanda Fidge avec le sourire.

            -   On leur rentre dedans. Mais veillez à ne pas abîmer les preuves éventuelles.

       Aussitôt, Fidge s'avança vers la porte et prit l'une des grenades étourdissantes qu'il portait à la ceinture. Délicatement, il s'appuya contre l'un des battants de la porte puis retira la goupille en comptant les secondes avec précision. Au bout de trois, il entrouvrit l'autre battant et jeta la grenade dans la salle suivante, où elle détonna en libérant un flash aveuglant doublé d'un bruit à très haute fréquence capable de percer un tympan.

       L'instant suivant, nous ouvrîmes la porte en grand et engagèrent le combat. Fidge partit sur la droite, Rayne sur la gauche, et moi au centre tandis que Eric nous couvrait avec son fusil. Sortant les Serres d'Eridios de leurs gantelets, je me jetai sur les hommes de Meldios totalement désorientés pour planter mes griffes énergétiques à travers leurs armures. Les lames baignées d'électricité perforèrent ces protections aussi facilement que la chaire qui se trouvait derrière, arrachant les vies des hérétiques comme une feuille morte emportée par une tornade. A ma droite, je pouvais voir Fidge Klaw employer toute son talent dans la maîtrise du combat à deux sabres, tandis qu'à ma gauche son épouse faisait des merveilles avec une simple dague et un pistolet. Une fois de plus, je béni le jour où je les ai rencontré.

       Soudain, alors que je levai mon poing pour frapper mon adversaire suivant, je vis sur son uniforme l'insigne de sergent. Au lieu de le tuer, je lui administrai un violent coup de coude dans la mâchoire et il s'effondra par terre, me laissant le temps de finir son escouade. Il semblait claire que ces hommes avaient autrefois fait partie de la Garde Impériale. Lorsque le combat fut terminé et que je put les observer plus calmement, je remarquait que leurs uniformes étaient semblables à ceux de la Garde de Fer de Hullorden, sauf qu'ils étaient de couleur noire au lieu d'être gris. J'empoignai alors le sergent et le soulevai pour le plaquer contre un mur. 

            -   Où est Meldios ?

        L'homme grogna en serrant les dents. Apparemment, il voulait répondre mais une sorte de conditionnement psychique le lui interdisait. Cette technique était souvent utilisée par les hérétiques pour conserver leurs secrets même s'ils étaient capturés. Cependant, Meldios ne pouvait pas avoir verrouillé l'intégralité des informations dont disposait ce soldat :

            -   Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? continuai-je.

            -   C'est pas assez clair pour vous ? répliqua-t-il vulgairement en haletant. C'est ici que sont étudiés les objets qu'Il a récupérés.

            -    « Il » ? Tu veux dire Meldios ?

        Le sergent hocha la tête.

            -   Où sont les artéfacts, maintenant ?

            -   On... on les a évacué. Ils ont déjà dû quitter la planète, maintenant. C'est inutile.

            -   Où ont-ils été emmenés ? fis-je en sortant à nouveau mes griffes éclaires. Parle vite !

            -   J'en sais rien ! J'vous jure !

            -   Dans ce cas, tu ne me sers plus à rien.

       Je me préparai à porter le coup fatal lorsque l'homme leva les mains en suppliant :

            -   Attendez ! Attendez ! Y a un prisonnier dans les cellules un peu plus loin ! Il pourra peut-être vous aider !

            -    Merci.

       Puis, sans la moindre pitié, je lui lacérais la gorge. La plus dure leçon que tout inquisiteur se doit d'apprendre est qu'il ne faut jamais tolérer les traîtres, quel que soit l'ampleur de leur trahison. Il n'y a rien de plus abjecte dans tout l'univers qu'un homme qui rejette consciemment les paroles de l'Empereur et se détourne de Sa lumière. De tels être ne méritent pas de vivre, et doivent servirent d'exemple. Cette leçon n'est pas difficile à apprendre, mais il ne suffit pas de connaître cette règle pour pouvoir l'appliquer. Il faut y croire. Aucune faiblesse ne doit jamais être montrée envers les traîtres.

            -  En avant, dis-je. Cherchons ce prisonnier.

        Nous traversâmes alors la salle d'archivage, qui faisait une bonne trentaine de mètres en longueur et contenait d'innombrables ouvrage rangés sur des étagères alignées et numérotées. C'était à n'en pas douter des rapports sur les études des artéfacts récupérés par Meldios. Une mine de savoir hérétique incroyablement riche que j'hésitais à purifier par le feu tant l'aura néfaste qui l'enveloppait me donnait la nausée. Au bout de la salle se trouvait une porte hermétique dont Rayne contourna le verrou de sécurité.

         De l'autre côté se trouvait un long couloir qui, au bout d'une centaine de mètres, arrivait à un croisement en T. Ne voulant pas diviser mon équipe, je décidai de l'emmener à droite. Au bout de quelques pas, nous tombâmes devant une rangée de cinq portes blindées à côté de laquelle étaient posée une table et deux tabourets. Sur la tables et par terre, des cartes de jeux avaient été laissées par les gardes qui devaient être en poste ici lorsque l'alerte a été donnée. Lentement, je m'approchai de la première porte et regardai à travers le judas pour constater qu'il n'y avait personne. Les deux cellules suivantes étaient vides elles aussi.

          Mais lorsque j'inspectait la troisième, j'aperçut une silhouette humaine assise dans un coin d'ombre, à peine visible et seulement recouverte d'un pagne en lambeaux. Je me penchai donc sur le panneau de contrôle de la porte, appuya sur une série de touches et celle-ci s'ouvrit dans un bruit sourd. Je me mis bien dans la lumière pour que le prisonnier voit que j'étais un inquisiteur de l'Imperium. Sa réaction ne fut pas longue, et lorsqu'il se leva pour s'avancer vers moi d'un pas lent, j'entendis le bruit mécanique caractéristiques des jambes biotiques.

          Mais il n'y avait pas que ses jambes qui était artificielles. Son bras également était un implant mécanique, tout comme une partie de sa poitrine, presque tout son dos et la moitié arrière de son crâne rasé. Sur la région métallique de son buste était gravé l'insigne de l'Adeptus Mecanicus.

            -  Vous êtes un disciple du culte de Mars ? demandai-je pour confirmer mes impressions.

            - Affirmatif inquisiteur. Je suis le technaugure Xan-D6, humble serviteur de l'Omnimessie rattaché au monde-forge d'Accatran.

       Sa voix avait beau être parfaitement humaine, la façon dont il parlait le rapprochait plus d'une machine que d'un être vivant et pensant. Ses yeux étaient vifs, mais ne brillaient d'aucune expression émotionnelle, et son visage était si raide qu'on aurait cru un masque de peau sans aucun nerf pour l'agiter.

            -   Pourquoi ces hommes vous retenaient-ils prisonnier ?

            -  Ils voulaient des renseignements sur l'architecture de plusieurs bâtiments pour lesquels j'ai participé à la construction.

            -   Ont-ils eut ce qu'ils voulaient ?

            -   Malheureusement oui, seigneur. Ils ont réussi à pirater mes implants mémoriels et à télécharger les données concernant ces structures.

       Une fois de plus, Meldios avait une longueur d'avance sur nous. Cependant, nous avions découvert une pièce de plus dans son plan, et notre enquête progressait de plus en plus. Je ne devais pas perdre espoir. Ma cible était presque à ma portée et je devais redoubler d'ardeur pour l'atteindre.

            -   Nous allons vous faire sortir d'ici, dis-je au technaugure. Suivez-nous.

            -   Mon équipement a été placé dans la cellule voisine. J'aimerais le récupérer.

            -   Très bien.

       Xan-D6 sorti de sa geôle et se dirigea vers la quatrième cellule où il entra pour en ressortir deux minutes plus tard, entièrement équipé. Il portait l'armure rouge réglementaire des technaugures qui lui donnait une allure impressionnante, ainsi qu'un servo-harnais complet capable de démonter presque n'importe quel équipement. Le respirateur qui masquait le bas de son visage le rendait encore plus mécanique, ainsi que les multiples câbles qui connectait son armure à l'arrière de son crâne.

            -   Je suis prêt à vous suivre, annonça-t-il de sa voix sans émotion.

      Tout au long de notre cheminement à travers les installations souterraines du repère de Meldios, nous ne rencontrâmes plus personne, pas même le moindre cyber-serviteur qui aurait été abandonné derrière. L'évacuation des hérétiques avait été trop rapide pour ne pas avoir été prévue de longue date.  La seule chose étrange était qu'il n'aient rien prévu pour leurs archives, et qu'ils ne l'aient ni emportée, ni détruite. Mais ce n'était pas encore le moment de se soucier de cela.

       Il nous fallut un quart d'heure pour trouver le hangar à navette par lequel s'étaient enfuis le