CHAPITRE SEIZE : REFERMER SES SERRES
Je m'étais enfermé depuis maintenant huit heures dans la bibliothèque du couvent principal de l'Ordre du Cœur Lumineux, seul, à étudier les informations recueillis au court de mon enquête. J'avais étalé devant moi toutes les données concernant les consommations énergétiques des différents secteurs de la ville d'Isanam. Il m'avait fallu plus de trois heures pour repérer ce que je cherchais : plusieurs augmentations brusques et momentanées des besoins énergétiques correspondant à la consommation d'une machine de purification, et qui ne seraient apparues que récemment. Ce phénomène n'était observé que dans le secteur Gamma-7 de la ville, et j'avais donc aussitôt cherché un plan correspondant.
Ce secteur était constituée d'un ensemble de bâtiments administratifs où étaient établis les bureaux de plusieurs des industries les plus florissantes d'Ouragos. Il y avait là des secteurs d'activités incroyablement variés, allant des exploitations minières aux banques de séquences génétiques, en passant par plusieurs agences de protection privées. Ensembles, ces bureaux devaient contenir pas moins d'un tiers de l'économie de ce monde et plus de la moitié des emplois de la population, tout cela dans une surface d'à peine un kilomètre carré. Ces immeubles représentaient la puissance économique d'Ouragos dans sa forme la plus administrative.
Et pour moi, ils représentaient un gain de temps considérable pour mon enquête, car la plupart de ces bureau d'entreprises n'avaient pas l'espace nécessaire pour entreposer la machine de purification que je cherchais. Ce genre d'appareil faisait la taille d'un char de combat super-lourd Baneblade, une chose qui ne s'entrepose pas n'importe où discrètement. Aussi, mon attention se porta uniquement sur les agences qui disposaient des plus grands espaces dans ce secteur, ce qui m'amenait logiquement aux entreprises les plus puissantes.
Après une longue étude des plans et informations fournis gracieusement par les membres de l'Adeptus Arbites chargés de surveiller cette zone, je ne retins rapidement que trois candidats capables d'abriter la machines : les chantiers navals de la maison noble Isfarios, la guilde Sarudienne de transporteurs marchands, et l'agence de construction générale Xanthor. Chacune de ces trois entreprises disposait d'un bâtiment administratif entier, structurellement isolés des autres construction du secteur Gamma-7 qui étaient pour la plupart reliées par des ponts, des passerelles ou d'autres voies de communication diverses. En examinant un peu plus en détail, je m'aperçue que les agents de sécurité du bâtiment des chantiers navals appartenaient à une autre entreprise dont la maison Isfarios louait les services, alors que les deux autres avait leur propre service de protection privée. Ces deux là étaient donc les plus suspectes, car il est plus facile de garder un secret quand on possède sa propre milice.
Il ne restait donc plus qu'à départager la guilde marchande et l'agence de construction. Je laissai mon intuition me guider, et rapidement tous mes soupçons se tournèrent vers la guilde Sarudienne. Les marchands sont, de part leur nature, ceux qui sont les plus en contact avec l'univers extérieur, avec ses richesses, ses ressources, et ses dangers. Si la corruption hérétique avait trouvé le chemin d'Isanam, il y avait de fortes chances pour que les marchands y soient impliqués.
Je me levai finalement de mon siège et quittai la bibliothèque pour rassembler ma suite. La chanoinesse Thérésa m'avais donné le commandement temporaire de deux escouades de sœurs de bataille. Elle m'avait également permis de prendre à mon service deux membres de l'Ordre du Cœur Valeureux pour ma suite personnelle.
Le premier était une sœur hospitalière du nom de Ilda Antares, dont les connaissances de la médecine n'étaient plus à prouver. Bien sûr, elle n'était pas une combattante, mais je ne pouvais plus envisager de mener mon groupe vers le danger sans personne pour soigner les éventuels blessés. Sa robe d'un blanc immaculé enveloppait une armure légère noire comme la nuit, dont les décorations argentée représentant le lys de l'Adepta Sororita brillaient même sous la faible lueur du soleil.
La seconde personne qui me suivait désormais n'était pas réellement un membre de ma suite, mais plutôt un agent de liaison entre l'Ordre du Cœur Lumineux et moi. En effet, la chanoinesse Thérésa avait insisté pour que je sois accompagné par l'une de ses sœurs de bataille, qu'elle avait elle-même choisie pour transmettre mes ordres au reste des troupes. La sœur Claire Ophélias me semblait être quelqu'un de particulièrement douée malgré son jeune âge, qui était la seule raison pour laquelle elle n'avait pas encore été promue sœur supérieure. Elle était d'ailleurs la seule sœur de son rang à avoir reçu une épée énergétique des mains de la chanoinesse elle-même. Tout dans ses gestes, son allure, et son regard, m'indiquait qu'elle était beaucoup plus expérimentée qu'elle ne le laissait penser à première vue.
Lorsque je pénétrai dans la coure intérieure du couvent où m'attendaient ma suite ainsi que les deux escouades de sœurs placées sous mes ordres, j'ordonnai immédiatement le départ pour le secteur Gamma-7.
Quelques minutes plus tard, le rhino transportant ma suite et moi-même se trouva devant le bâtiment administratif de la guilde marchande Sarudienne. D'une hauteur impressionnante de huit cent mètre de haut, c'était un fier édifice cylindrique de métal froid, dont le reflet bleuté semblait chercher à le dissimuler dans le ciel dégagé de ce milieu de journée. Très peu de ses innombrables étages possédaient des fenêtres, et d'après le plan que j'avais examiné, le toit abritait un hangar à navette. C'était un édifice plutôt admirable, mais j'avais appris depuis longtemps que ce genre d'apparence ne signifiait absolument rien.
Je ne pris pas de détours pour pénétrer le building. Je fit arrêter notre transporteur devant l'accès principale et me dirigea ensuite à pied vers l'entrée, suivit de mes hommes de mains. J'avais laissé notre escouade de sœur de bataille aux limites du secteur, ne voulant pas affoler les dirigeant de la guilde au point de détruire précipitamment toute preuve utilisable. Lorsqu'un groupe d'agents de sécurité approchèrent pour nous arrêter, je n'eu qu'à lever mon insigne inquisitoriale pour qu'ils s'écartent sans rien dire. L'un d'eux sortit cependant un dispositif radio et parla un instant dans le combiné, probablement pour informer ses supérieurs de notre arrivée. Fidge les examina avec un œil attentif, et je me penchai alors vers lui pour lui demander :
- Qu'est-ce que vous en pensez ?
- D'après leur posture et leurs manières, je dirais qu'il s'agit d'anciens membres des troupes de défenses de la flotte.
- Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?
- Ils se comportent comme de véritables soldats, et leur démarche montre clairement qu'ils ont passé une bonne partie de leur vie sous une gravité artificielle. Je dirai que ce sont d'anciens combattants de la flotte. Ils sont très prisés par les guildes marchandes pour protéger leurs vaisseaux.
- Pensez-vous qu'ils nous causerons des problèmes ?
- Et bien, fit-il dans un sourire en coin, tout ce que je peux vous conseiller, c'est de ne pas trop les chauffer.
La grande porte d'entrée était équipée d'un système de détecteur de mouvements et s'ouvrit à notre approche dans un bruit de rouages mécaniques bien graissés. Le hall se trouvant derrière était tout simplement gigantesque, prenant tout l'espace de ce qui, dans un immeuble classique, auraient été les six premiers étages. Les murs étaient entièrement recouverts d'or, et ornés de nombreuses décorations venues de planètes aussi diverses que lointaines. Devant la porte d'entrée, deux rangées de statues de bronze représentant les divinités d'un monde féodal reculé formaient un couloirs jusqu'au bureau circulaire de la réception. Au centre du hall, un énorme dispositif holographique affichait l'ensemble des planètes du secteur d'Hullerstorm, colorées dans des teintes assez fantaisistes. Bien sûr, ces images n'avait aucun intérêt en elle-même, mais avaient sans doute l'avantage d'impressionner les visiteurs.
Mais je ne perdis pas de temps à contempler les richesses superficielles de cette salle, et me dirigeai d'un pas rapide vers les agents de la guilde assis derrière leur bureau. C'était des serviteurs à moitié mécaniques, qui manipulaient plus de trois ordinateurs chacun en même temps, même lorsqu'ils levèrent les yeux vers nous à notre approche.
- Par autorité de la sainte inquisition, annonçai-je d'une voix forte en présentant mon insigne, je souhaite m'entretenir avec les dirigeants de votre guilde.
- Nous avons été prévenus de votre arrivée, inquisiteur. Suivez-moi, je vais vous guider.
Le serviteur se leva alors de son siège pour se diriger vers l'un des grands ascenseurs de verre qui longeaient les murs du halls. Entièrement conçus en verre de façon à permettre de contempler les richesses de la guilde, il était assez grand pour que tout notre petit groupe tienne sans problème à l'intérieur. Après avoir inséré l'un de ses doigts mécaniques dans une serrure intégrée, le serviteur appuya sur une série de touches et l'ascenseur se mit à monter. Nous traversâmes ainsi plusieurs dizaines d'étages où s'affairaient divers serviteurs, marchands et capitaines de vaisseaux, ainsi que plusieurs clients en instance de négociation. Puis, l'ascenseur passa devant quelques niveaux où se trouvaient essentiellement des ordinateurs, cogitateurs et machines de stockage de données où l'on ne voyait absolument personne et où ne se trouvait absolument aucune fenêtre. Et brusquement, l'ascenseur s'arrêta devant l'une de ces étages déserts, toutes lumières éteintes.
- Qu'est-ce que cela signifie ? s'emporta Fidge en saisissant le serviteur par le cou. Qu'est-ce que t'as foutu ?
Mais le pauvre homme semblait tout aussi désemparé face à l'évènement, et ne réussi qu'à bafouiller un flot de mots incompréhensibles. Puis, brusquement, il fut prit de violentes convulsions alors que la partie mécanique de son cerveau semblait subir une surchauffe ou un incident, avant de rendre l'âme. Fidge relâcha le cadavre à moitié fumant dans un geste rageur, avant de dégainer l'un de ses sabres pour attaquer l'épaisse couche de verre constituant la porte de l'ascenseur.
C'est alors que je vit une silhouette surgir de l'ombre derrière les amas d'ordinateurs entreposés là. C'était un homme grand, enveloppé dans une ample robe de cuir brun, dont le grand âge l'obligeait à s'appuyer sur un bâton aussi grand que lui, à l'extrémité duquel on pouvait voir un étrange dispositif sphérique sur lequel courrait de nombreux arcs électriques. Je compris rapidement qu'il s'agissait là d'un psyker, probablement l'un des plus puissants dont devait disposer la guilde. Il était clair que notre ascenseur ne s'était pas arrêté à cet étage par hasard.
Aujourd'hui je reconnais que, en ces temps lointains, j'avais les psykers en horreur. Le lien qui existe entre eux et le Warp en fait des être dangereux, capables d'utiliser les énergies malsaines de cette autre dimension à des fins destructrices. Chaque jour, des milliards de psykers naissent à travers la galaxie, et on ne découvre la plupart d'entre eux que lorsqu'il était trop tard pour contrôler leurs terribles pouvoirs. En tant que membre de l'Ordo Hereticus, j'avais pour mission de neutraliser tout psyker qui n'était pas assermenté et loyal à l'Imperium, que ce soit en les capturant ou en les réduisant en cendres. Et même si ce psyker là semblait clairement avoir été mis sous contrôle, sa loyauté me semblait très douteuse...
Lorsqu'elle aperçut notre ennemi inattendu, Claire écarta violemment Fidge et activa son épée énergétique pour découper la porte beaucoup plus efficacement. Il ne lui fallut que quelques instants avant d'avoir créé une large ouverture dans la couche de verre renforcé et sortir la première. Malheureusement, le psyker de la guilde avait déjà canalisé un flot d'énergie qu'il relâcha en un trait de foudre aveuglant sur nous. Instinctivement, mes hommes se mirent aussitôt à terre en espérant éviter l'attaque. Cependant, je n'avais aucune raison d'en faire autant.
Le trait psychique disparut instantanément lorsqu'il arriva à un mètre de moi, faisant retomber la pièce dans les ténèbres. Je savourai la surprise que je lu sur le visage du psyker, alors qu'il commençait à reculer d'un pas transpirant l'inquiétude, puis m'approchai lentement de lui. Mon adversaire lança vers moi plusieurs autres attaques psychiques, mais elles s'évaporèrent toutes aussi brusquement que la première lorsqu'elles atteignirent ma sphère de négation. Le psyker comprit alors ce qui se passait, et d'une voix tremblante, il bafouilla :
- Tu es... tu es...
- Et oui, répliquai-je en faisant sortir mes griffes énergétiques. Je suis un Intouchable.
Le psyker de la guilde trébucha sur un câble alors qu'il reculait et tomba à la renverse, terrorisé. Je m'arrêtai à deux pas devant lui afin de l'englober dans ce vide dimensionnel qui était ma vie, observant la façon dont il y réagissait. Une immense faiblesse s'empara du psyker alors que ses liens avec le warp étaient coupés, et ses yeux fixèrent avec horreur les Lames d'Erudios qui luisaient d'énergies crépitantes sur mes poignets. Avec une pointe de satisfaction dans la voix, je récitai :
- Au nom de l'Empereur-Dieu sanctifié, et par autorité de la sainte Inquisition, je vous accuse, vous et vos comparse, de traîtrise et d'hérésie manifeste.
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