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CHAPITRE TROIS : TRAQUE DANS LE DESERT
Une demi-journée de marche avait suffit aux trois jeunes ninjas pour atteindre le lieu de
l’incident. Celui-ci n’était pas difficile à identifier : on pouvait remarquer de très loin l’immense anomalie géographique qui trouait le paysage désertique. C’était comme si une
demi-douzaine de dunes avaient tout simplement disparu.
Et au milieu se trouvaient les corps de la patrouille de Suna.
Une équipe de chunins était déjà là avec un ninja-médecin qui analysait les blessures des morts depuis plusieurs heures dans l’espoir d’en découvrir plus sur l’ennemi inconnu qui les avait attaqué. Shikamaru s’avança aussitôt vers lui pour lui demander de faire son rapport :
- Apparemment, dit le spécialiste, tous les membres de l’équipe ont été tué de la même façon : toute l’eau de leur corps a disparu. Leur sang est complètement desséché, ce qui a interrompu net leurs fonctions vitales.
- Cela signifie donc une technique de Suiton (élément de l’eau) extrêmement puissante, en déduit Shikamaru.
Mais ce qui effrayait le plus le jeune Nara n’était pas seulement la puissance de cette technique, mais le fait que d’après la disposition des corps, les trois ninjas qui en avaient été victimes ne semblaient même pas avoir eut le temps de réagir. Leurs trois cadavres étaient tous réunis au même endroit et n’étaient pas espacés de plus de deux mètres. Or les patrouilles de Suna avaient l’habitude de se déplacer groupés afin d’être le plus discret possible, puis se dispersaient au moindre signe d’un ennemi. S’ils ne s’étaient pas séparé lors du combat, cela signifiait qu’ils n’avaient même pas vu venir l’attaque. Gaara avait raison : l’ennemi qui avait fait cela ne devait pas être sous-estimé.
Mais Shikamaru se doutait bien que même si ces hommes avaient tous été tués par la même personne, il n’y avait sans doute pas qu’un seul ennemi. Même les membres de l’Akatsuki ne se risqueraient pas seuls dans le pays du Vent. Cependant aucun indice ne permettait de connaître combien d’adversaires avaient ainsi pénétré dans le domaine de Suna. S’il y avait eut des traces de pas, le vent et le sable les avaient recouvertes.
- A ton avis, fit soudain Témari. Qu’est-ce qui a créé cette crevasse ?
- Il y avait sans doute une source d’eau enfouie profondément dans le sol. La technique utilisée pour éliminer la patrouille l’a sans doute fait disparaître elle aussi, ce qui implique que cette technique possède une très grande aire d’effet.
- C’est horrible, lâcha Kankouro en observa les cadavres desséchés du coin de l’œil. Comment peut-on tuer quelqu’un comme ça ?
Shikamaru compatissait lui aussi. Ces hommes n’avaient pas mérité de finir comme ça. Personne ne méritait de finir comme ça, vidé de toute son eau jusqu’à ce que le sang ne parvienne plus à se déplacer pour oxygéner le cerveau ou alimenter les muscles. Ils s’étaient retrouvés dans l’incapacité de bouger ou même de tenir debout, avant de perdre toutes leurs facultés sensorielles pour mourir dans la solitude absolue. Cela avait probablement pris plusieurs minutes.
- Qui que ce soit qui ait fait ça, lâcha Shikamaru, il va le payer.
- Mais comment savoir dans quelle direction se trouve l’ennemi ? demanda Témari en regardant aux alentours. Nous n’avons aucun indice.
- Si : la position de la frontière et des autres patrouilles qui n’ont rien remarqué d’anormal. Cela indique que l’ennemi est arrivé par le Nord-Est, et qu’il a probablement continué sa route au Sud-Ouest sans s’arrêter.
- Alors mettons-nous en route immédiatement.
Ce n’est qu’à la nuit tombée que l’équipe de Jounins repéra enfin un groupe d’individu qui avançait au milieu du désert en direction d’un massif rocheux nommé le pic des flèches, en référence à une armée de bandits qui y avait autrefois établi leur forteresse. Cinq silhouettes se dessinaient entre la pleine lune et le sable encore chaud, marchant à pas étrangement lents comme s’ils avaient parfaitement le droit d’être là.
Les ninjas de Suna observaient leurs ennemis depuis le haut plateau d’un grand canyon qui s’élevait au milieu du pays du vent, et se trouvait à plus d’un kilomètre des silhouettes. Cette distance avait beau paraître rassurante, Shikamaru ne parvenait pas à se sentir en sécurité. Le souvenir des cadavres desséchés de la patrouille semblables à des momies était toujours imprimé sur ses rétines.
- Qu’est-ce qu’on fait, Shikamaru ? demanda Kankouro d’un air inquiet. Ils sont plus nombreux que nous.
- Mais ils ne se dirigent pas vers Suna, remarqua le garçon, ni vers aucune ville ou village de la région. Leur objectif doit se trouver quelque part ici, et nous ignorons totalement ce que c’est.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ? fit Témari. On les suit pour savoir où ils vont ?
- On va essayer.
C’est alors que les cinq inconnus s’arrêtèrent.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Témari. Ils nous ont repéré ?
- Je ne pense pas. Un bon stratège aurait continué de marcher pour nous attirer dans une embuscade. Soit ils sont assez confiant pour vouloir nous affronter directement, soit ils sont arrivés où ils voulaient.
- Mais il n’y a absolument rien là, remarqua Kankouro.
- C’est justement ce qui m’inquiète, répliqua Shikamaru.
Le garçon se tourna vers Témari. Elle avait déjà sorti un parchemin d’invocation d’oiseau messager, celui que toute les patrouilles du pays de Suna possédaient afin de prévenir le village de tout danger imminent. Elle attendait l’approbation de Shikamaru, et celui-ci la lui donna. Aussitôt, elle déploya le parchemin d’un mouvement rapide, puis forma un sceau d’invocation qui le transforma en un grand aigle royale. L’oiseau de proie s’éleva aussitôt dans les airs, comme porté par un puissant vent ascendant, avant de se diriger vers Suna.
- Et maintenant ? demanda Kankouro.
- Maintenant on attaque, répondit Shikamaru en sortant un kunai explosif.
- Ils sont plus nombreux que nous, remarqua le marionnettiste, et un seul d’entre eux a réussi à éliminer une patrouille de chunin. S’ils sont tous aussi fort, c’est du suicide.
- Les renforts seront bientôt en route, mais ils mettront du temps à venir. Je ne sais pas ce que sont venu faire ces types, mais pour qu’ils se risquent à attirer notre attention comme ça, ce doit être sacrément important. Je ne les laisserait pas atteindre leur objectif aussi facilement.
- Tu as raison, l’appuya Témari. On peut au moins essayer de les retenir le temps que les renforts arrivent. Et puis, la nuit est tombée. Cela devrait nous avantager.
Cette dernière remarque diminua quelque peu la confiance de Shikamaru. Le pouvoir de l’ombre qu’il avait hérité de Kuro était certes beaucoup plus puissant lorsqu’il faisait nuit, mais le garçon n’aimait pas l’utilisé à un tel niveau. Depuis les évènements de la Main de l’Ombre, il s’était souvent entraîné à maîtriser de nouvelles techniques, mais il avait toujours redouté de pousser ses limites, de peur d’être transformé par la part de démon qui se trouvait en lui. Maintenant je comprends ce que ressent Naruto à propos de Kyuubi, se dit-il. La peur d’être absorbé par son propre pouvoir, de le laisser prendre le contrôle de son corps et de son esprit. Comment connaître les limites à ne pas franchir ? Et peut-on revenir en arrière si l’on fait un pas de trop ?
Mais le jeune Nara n’avait pas le temps de se préoccuper de ces choses. Ils avait une mission à mener. C’est ainsi qu’il ordonna à son équipe de le suivre, puis il sauta de la falaise du canyon. Il atterrit sur un rocher cinquante mètres plus bas, puis sur un autre, et encore un autre jusqu’à atteindre le sol sablonneux du désert. Les trois ninjas de Suna bondirent de dune en dune en adoptant une formation d’attaque. Quand ils furent à une centaine de mètres des inconnus, Shikamaru lança son kunai dans leur direction, mais celui-ci fut dévié par une force inconnue qui l’envoya droit vers le ciel. Lorsque le parchemin explosif qui y était attaché se déclencha, il était déjà si haut que l’explosion fut à peine remarquable au milieu du scintillement des étoiles.
Face à cette défense inconnue, Shikamaru et ses amis s’arrêtèrent net. Devant eux se trouvaient cinq personnages aussi insolites les uns que les autres qui ne prirent même pas la peine de prendre une posture de combat. Aucun d’entre eux ne portait de bandeau de ninja, ce qui était particulièrement étrange.
Celui qui attirait le regard en premier était un géant de plus de deux mètres à la musculature impressionnante, qui ne portait qu’une simple tunique en tissu brun, un pantalon ample noir et des sandales. Son visage aux semblait avoir été taillé à la serpe tant il était couvert de cicatrices, et sa large mâchoire remuait sans cesse comme pour mâcher ou déloger quelque chose de coincer entre ses dents. Ses yeux étaient diminués par ses énormes sourcils aussi noir que ses cheveux coupés à ras, mais brillaient d’une volonté intérieure puissante. Il devait avoir une bonne quarantaine d’années, mais il n’était pas pour autant le membre le plus âgé du groupe.
En effet, à côté de lui se tenait un homme aux traits tirés par la vieillesse, accusant une bonne soixantaine d’années. Il était mince, presque squelettique, et son faciès était creusé par cette faible constitution. Ses long cheveux gris en désordre lui tombaient à moitié sur le visage, dissimulant en partie les signes de son âge avancé. Toutefois, il ne semblait souffrir d’aucune faiblesse, ni de cors ni d’esprit, et ses yeux étaient aussi perçant que ceux d’un aigle. Il portait un simple kimono d’un blanc éclatant, soutenu par une ceinture qui portait également un long katana au fourreau entièrement noir, mais il n’avait absolument rien aux pieds. Shikamaru avait du mal à croire qu’il ait pu marché ainsi durant toute la journée sur le sable brûlant.
La troisième personne faisant face aux ninjas de Suna était une femme approchant de la trentaine, aux cheveux aussi bleus que l’océan qui tombaient presque jusqu’au sol. Son visage était magnifique, bien qu’elle ne portait aucun maquillage, sa peau de pêche et ses traits angéliques suffisant à éveiller bien des passions chez n’importe quel homme. Cependant, il suffit de regarder ses yeux pour comprendre qu’elle possède un tempérament froid et sans pitié, probablement dénué d’émotion ou de compassion. Elle portait une tenue de ninja de couleur noir très serrée plongeant sur sa forte poitrine, avec un haut col recouvrant les côtés et l’arrière de son cou délicat, le tout recouvert de quelques légères plaques de protections aux ornements d’argents. Ses mains étaient gantées de noir également, et à sa ceinture se trouvaient seulement quatre petites gourdes d’eau. Mais ce qui était le plus étrange chez cette femme était que malgré le climat aride du pays du vent, son corps était entièrement trempé, comme si elle venait de marcher pendant plusieurs heure sous une pluie torrentielle ou de traverser une rivière à la nage. Il ne faisait aucun doute pour Shikamaru qu’elle devait être celle qui avait tué les hommes de la patrouille. Son affinité au Suiton était d’une évidence frappante.
A la droite de cette femme se trouvait un homme du même âge, de constitution assez moyenne et au dos voûté, lui donnant une apparence presque insignifiante aux côtés de ses comparses. Il était vêtu d’un long manteau à haut col de couleur bleu sombre, aux bordures et ornements blancs, et portait un katana de soldat à la ceinture. Son corps tout entier semblait agité de tics minuscules tandis que ses yeux indiquaient une folie au-delà de l’entendement, appuyé par un sourire malsain qui mettait mal à l’aise. Ses cheveux noirs mi-longs répartis en pic désordonnés n’arrangeait rien à son aspect inquiétant.
La cinquième personne du groupe était une jeune fille d’apparence fragile, au regard témoignant d’un manque de confiance en soit. Probablement l’élément le plus faible de l’équipe selon Shikamaru, qui lui donnait à peine seize ans. Portant une tenue de ninja souple, couleur vert sombre avec des protections argentées, chacun de ses gestes montrait une grande hésitation. Son visage d’adolescente était baissé presque en permanence, mais possédait cependant une grande beauté. Ses yeux bleux lui donnaient un air innocente tandis que ses cheveux blonds coiffés en une longue tresse brillaient sous la lumière de la lune comme une aube naissance.
Ces cinq individus se tenaient donc devant les ninjas de Konoha sans dire un mot ni faire un geste.
- Qui êtes-vous ? demanda Shikamaru d’une voix autoritaire. Et que faites-vous ici ?
Personne ne lui répondit.
- Shikamaru, fit Témari en pointant de son énorme éventail l’homme en kimono blanc. Cet homme, c’est Toshiro Nagasi, un bandit du pays du Vent qui avait disparu depuis plusieurs années.
- Il est fort ?
- Non. A peine au niveau jounin.
- Alors on devrait se concentrer sur les autres.
Mais Shikamaru n’eut pas le temps d’élaborer une stratégie plus avancée. D’un simple geste, le dénommé Toshiro donna l’ordre d’attaquer. Il retint cependant le géant à ses côté et resta en arrière à observer le combat. C’est lui le chef ? s’écria Shikamaru intérieurement. Pourtant cette femme aux cheveux bleus semble être d’un niveau bien supérieur. Et pourquoi n’envoie-t-il que ces trois-là contre nous ? A-t-il une stratégie derrière ça ou est-il simplement très confiant ?
Les questionnements du garçon restèrent en suspend alors qu’il dû esquiver une attaque verticale portée par le sabre de l’homme au regard de fou. Il attaquait avec une rapidité stupéfiante, mais enchaînait les coups simples sans démontrer une réelle maîtrise du talent d’épéiste. Il ne cherche pas à feinter ou à concevoir un enchaînement. Avec une telle vitesse, un maître du sabre m’aurait déjà tué. Il ne devrait pas me poser trop de problèmes…
De son côté, Témari était aux prises avec l’étrange femme aux cheveux bleus, restant à une distance raisonnable d’où elle pouvait réagir rapidement à toute attaque. Elle n’avait nullement l’intention de subir le même sort que la patrouille de Suna. Son adversaire ne semblait pourtant pas vouloir utiliser cette technique, se contentant de lancer des attaques de Suitons basiques comme des projectiles d’eau. Sa capacité à utiliser l’eau atmosphérique était colossale, et laissait présager qu’elle ne faisait que s’échauffer.
Kankouro, lui, attaquait la jeune fille hésitante. Celle-ci ne faisait qu’éviter les coups des trois marionnettes déployées par le ninja qui les contrôlait à distance. C’était comme si elle ne voulait pas se battre, qu’elle voulait simplement discuter pour résoudre un malentendu. Mais aucun des cinq individu ne prononça un seul mot.
Soudain, la femme qu’affrontait Témari recula en portant la main à l’une de ses gourdes. Le bouchon sauta d’une simple pression et elle plongea deux de ses doigts à l’intérieur avant de lancer une volée de goutte d’eau en direction de son adversaire. Oh non ! fit Shikamaru. Pas maintenant ! Pas elle !
D’un simple réflexe, Shikamaru forma le sceau de l’ombre et se concentra. Son bras noir devint soudain aussi noir que la nuit et changea de forme pour prendre l’apparence d’une grande lame qui stoppa le sabre du fou qui l’attaquait comme un forcené. Dans le même temps, son bras gauche effectua la même transformation, mais s’étira en un grands mur noir qui alla s’interposer entre Témari et les projectiles liquides de son adversaire.
Les gouttes percutèrent la surface d’ombre et s’évaporèrent aussitôt, sans causer aucun dégât. Cela causa une certaine frustration chez Toshiro.
- Et bien Iralia ? dit-il à la femme aux cheveux bleus. Je croyais que ta technique était imparable ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
- Elle n’est pas imparable, expliqua Shikamaru. Elle utilise simplement de l’eau chargée de son chakra pour déclencher une réaction d’évaporation instantanée sur la cible qu’elle touche. Ce procédé se répand jusqu’à se trouver à court d’eau avec laquelle réagir. Mais cette technique est sans effet contre une surface totalement dépourvue d’eau, comme une ombre.
Subitement, tous les combats cessèrent et les ninjas de Suna en profitèrent pour reculer d’une bonne dizaine de mètres. Shikamaru dissipa rapidement son ombre, redoutant d’approcher de la limite fatale trop rapidement, puis donna ses ordres :
- On va échanger nos adversaires. Je prends cette Iralia. Kankouro, tu prends le taré avec son sabre, et Témari tu te charges de la fille.
Les compagnons de Shikamaru acquiescèrent.
- Très bien, fit-il. Maintenant, le vrai combat va pouvoir commencer…_
LA SUITE
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